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Une maternité cernée par les cochons

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Ecrit le 20 mai 2009

 Débat sur un projet

Vritz, Loire-Atlantique, 30 km de Châteaubriant, 755 habitants et plus de 120 personnes à la réunion provoquée par l’association CPE, Candéen Patrimoine Environnement. Des agriculteurs (mais pas seulement), des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux : une bonne variété. Face à face : l’association CPE et la SCEA, groupement de producteurs voulant lancer une maternité collective au village de Huettière, commune de VRITZ.

Ces agriculteurs (7 familles et la coopérative Terrena) expliquent qu’ils ont l’intention de cesser d’être des naisseurs : ils n’ont pas les moyens de financer les mises aux normes demandées d’ici 2013, en ce qui concerne le bien-être des animaux. Ils veulent donc se contenter d’être des engraisseurs. Mais il faut bien les faire naître, les petits cochons ! D’où leur idée : reprendre la ferme de la Huettière et y installer une maternité : 1035 truies, 2 verrats, 54 places de cochettes et 1450 places de porcelets.

La SCEA explique qu’il s’agit d’une nécessité vitale pour les 7 producteurs, parce qu’on trouve de moins en moins de naisseurs. Elle affirme que toutes les précautions seront prises en matière d’intégration paysagère, stockage des déjections, couverture de la fosse, récupération des eaux de pluie. Le lisier est estimé à 6000 m3/an ce qui exigera une surface d’épandage de 254 ha.

Carte de la pollu
Carte de la pollu

L’association CPE, Candéen Patrimoine Environnement, au vu du dossier d’enquête, se pose des questions, par la voix de son président Yves Aubry.

- sur la rentabilité de cet équipement.
«  Vous produirez des porcelets à 38 €, alors qu’ils sont sur le marché à 28-32 €, alors, où est l’intérêt ?  »

- sur une possible surproduction :
«  Vous avez besoin de 18 000 porcelets par an, actuellement. Vous annoncez une production de 25 000 porcelets dans votre projet. Nos calculs montrent que ce sera plus près de 30 000.  ». La surproduction conduit à une baisse des prix. Or le prix du porc tourne autour de 1,20 euro du kilo, couvrant à peine le coût de revient. «  Le niveau d’endettement des éleveurs atteint des sommets. Pour se désendetter, il faudrait un prix moyen de 1,35 euro du kilo en prix de base pendant trois ans. C’est-à-dire qu’en période de forte demande comme l’été, le prix devrait atteindre 1,50 à 1,60 euro  ». On n’y est pas !

- sur le bilan carbone :
«  Vous prévoyez une alimentation des animaux à base d’achats extérieurs. Cela occasionnera des dépenses d’énergie considérables  ».

- sur la pollution des eaux :
«  Dans la région de Candé les résultats des deux affluents de l’Erdre sont mauvais en ce qui concerne les nitrates et passables en ce qui concerne le phosphore. Dans les ateliers de naissage on utilise beaucoup d’antibiotiques, quels résidus trouve-t-on dans les eaux ? Qu’avez-vous prévu à ce sujet ?  ». La question est restée sans réponse.

- sur le site de La Huettière :
«  Vous avez choisi un site contraint, limité en espace entre le voisin, la maison, le bâtiment existant. Vous n’aurez pas de possibilité d’extension si les normes européennes exigent davantage d’espace  ». Pas de réponse.

- sur le rôle de Terrena :
L’association CPE s’étonne de voir Terrena dans la liste des associés de la SCEA, même si c’est pour 3 ans seulement. «  Est-ce bien le rôle d’une coopérative ?  »

A toutes ces questions, la SCEA a répondu comme elle a pu, ou n’a pas répondu. Mais la discussion est toujours restée courtoise.

Il a été question aussi de la disparition progressive des naisseurs et des engraisseurs - des conditions sanitaires - du lisier («  une vraie richesse, les céréaliers en demandent  »). Les agriculteurs de la salle ont réagi quand il a été question de pollution.

On a parlé du bien-être des animaux, et du coupage de la queue des porcelets (sans anesthésie !) pour éviter la caudophagie ! Car les sacrés p’tits cochons ont tendance à têter la queue du voisin comme s’il s’agissait d’une mamelle !

Plus globalement le débat a porté sur la question : «  quelle agriculture voulons-nous ?  ». «  On souffre actuellement d’un excédent de production. Il faudrait adapter l’offre à la demande, mais nous sommes en système libéral. Chaque éleveur, dans son coin, produit le plus possible pour écraser ses charges  ». «  La filière porcine va mal. La filière lait prend le même chemin. Chaque fois, la concentration con-duit à la disparition d’agriculteurs, mais on se résigne, on a intégré l’idée que les agriculteurs doivent continuer à disparaître  » a dit Dominique Lebreton, de la Confédération Paysanne. Les paysans de la salle ont applaudi.

Globalement : un débat intéressant même s’il ne débouche sur rien de concret pour l’instant. Les occasions de débattre de problèmes de fond sont devenues trop rares à notre époque où l’on se contente de laisser «  les gens d’en haut  » décider à notre place sans même nous laisser la possibilité d’émettre une idée.


 Nitrates

Dans un courrier daté du 25 avril 2009 la Commission européenne a fait part de ses critiques et de ses interrogations sur l’efficacité de la lutte contre les nitrates en France. Elle s’inquiète notamment de la reprise des épandages à partir de la mi-janvier et du plafond d’unités d’azote épandables par hectare. Elle estime que les rejets azotés produits par les animaux sont sous-estimés notamment pour les porcs et les volailles. C’est aussi ce que dit l’association candéenne.

 

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