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Accueil > La Mée ? > La Mée : qu’est-ce ? > Jean Gilois

Jean Gilois

Annexe : cancer et rémission

 MONSIEUR JEAN

 
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Jean
 
Tiens dans mon petit bourg y’avait un mec en or
Un type silencieux qui était plein d’idées
Qui derrière ses yeux bleus veillait à un trésor
La Liberté m’sieurs-dames contre vents et marées
 
Sur la race des hommes il ne se trompait guère
Et il analysait en deux temps trois mouvements
Untel bien trop poli sous ses belles manières
Pour être fréquentable honnête et de son camp
 
Mieux valait pour lui plaire lui montrer patte rouge
Et être de son bord du côté des manants
Car le bougre malin tirait sur tout c’qui bouge
La bourse les profits les flics et les puissants
 
Le bonhomme n’était pas d’un naturel avenant
Mi-bourru mi-timide souvent déconcertant
Pourtant c’était un tendre sous ses allures austères
Un tendre qui se battait pour que tourne la terre
 
Pour que change le monde et pour que les petits
Gardent la tête haute et gagnent mieux leur vie
Et pour que les seigneurs les nantis les patrons
Cessent de berner le peuple et de tourner en rond
 
Le bonhomme n’était pas un de ces va-t’en-guerre
Qui confondent le verbe et la lutte sincère
Il observait jaugeait et pesait ses idées
Avant que de tremper sa plume dans l’encrier
 
Et lorsqu’il écrivait ça déménageait fort
Ca phosphorait d’partout et ça faisait du tort
Aux princes des villages qui l’prenaient pour pécore
Mais qui de ses formules ciselées tremblent encore
 
Voilà c’est terminé le bonhomme est parti
Avec ses rêves doux avec ses utopies
La justice pour tous et la démocratie
Pour que dignes soient les hommes et que change la vie
 
Monsieur Jean maintenant que vous êtes ailleurs
Cendres volant au vent et poussières d’ici-bas
Je voulais juste vous dire vous étiez des meilleurs
Quand trop ont oublié de vous saluer bien bas
 
Tiens dans mon petit bourg y’avait un mec en or
Un type silencieux qui était plein d’idées
Qui derrière ses yeux bleus veillait à un trésor
La République m’sieurs-dames contre vents et marées
 
A. Naunime.

Jean Gilois, une figure locale, a disparu prématurément le 19 janvier 2006 à l’âge de 74 ans. Syndicaliste redouté par la précision de ses analyses et la vigueur de sa « plume », ancien conseiller municipal et adjoint au maire, il fut l’initiateur, à la fin des années 50, du « Comité d’expansion économique du Castelbriantais » (ancêtre lointain du Comité de Bassin d’Emploi). Par la suite il contribua notamment au lancement du « Groupe d’Etudes Socialistes » (organe de réflexion) et à l’organisation politique de la gauche dans le castelbriantais.

Il était aussi une « mémoire » de Châteaubriant, mémoire des hommes et des femmes, mémoire des faits et des lieux.

Il était le fondateur du journal « La Mée » et animateur du Mouvement des Citoyens.

Homme de conviction, homme de parole, soucieux de la défense des travailleurs, observateur attentif et critique de la vie locale et des questions de politique intérieure et internationale, il a contribué à la formation et à la réflexion de nombreux militants à qui il a su apporter des idées neuves, et souvent non-conformistes, dans le souci de l’intérêt général. Son départ frappera tous ceux qui, en travaillant avec lui, ont apprécié aussi bien l’homme que le militant.


Communiqué :

Les militants du Mouvement Républicain et Citoyen, du Parti Communiste, des Verts et du Parti Socialiste de Châteaubriant tiennent à exprimer leur profonde émotion à l’annonce du décès de Jean Gilois. Ils souhaitent rendre hommage à Jean, qui a tant consacré de son énergie à l’intérêt général en luttant comme militant syndical et politique et en oeuvrant comme Adjoint dans les municipalités Buron, pour l’émergence de plus de solidarité et de justice sociale dans notre ville et sur d’autres fronts. Ils saluent « l’honnête homme », sincère dans ses convictions, l’analyste pertinent et pédagogue du journal « la Mée », dont il fut le fondateur et l’un des journalistes bénévoles, et regretteront son humour et sa grande culture. Ils s’associent à la douleur des membres de sa famille et de ses proches."


Communiqué :

Le comité Châteaubriant-Athlone a appris avec regret le décès de M. Jean Gilois qui fut l’initiateur du jumelage avec la ville irlandaise d’Athlone et l’un des fondateurs du Comité . Il perpétuera son souvenir en développant les échanges et l’amitié avec notre ville jumelle. Il présente à sa famille ses amicales condoléances.


Lu sur le blog : http://autrevoixchateaubriant.over-blog.com/ :

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Jean Gilois

La nouvelle de la disparition de Jean Gilois aujourd’hui nous bouleverse. Beaucoup ont lu ses articles dans « la Mée » dont il a été l’âme et le fondateur avec quelques camarades infatigables, ont écouté avec grand intérêt ses analyses très affûtées et fort pertinentes sur la démographie, les résultats des élections... ont partagé ses batailles syndicales et électorales... ont apprécié et accompagné le travail remarquable qu’il a accompli en tant qu’Adjoint au Maire entre 1989 et 2001. A chaque rencontre, le débat était toujours riche. Nous n’étions pas d’accord sur l’Europe, ah ça non ! Mais nous nous retrouvions sur des valeurs partagées et sur les enjeux politiques locaux. Jean était l’instructeur et beaucoup parmi nous étaient encore ses apprentis. Son expérience, ses petites phrases qui savaient toucher juste, et le petit blanc du mercredi midi avec les papys de gauche... tout cela nous manquera.


Article paru dans “La Mée” du 23 janvier 2006 :

 Le « Clown » est parti trop vite

Le clown est mort
 
S’accompagnant d’un doigt
ou quelques doigts
le clown se meurt
S’accompagnant d’un doigt
ou quelques doigts
le clown se meurt
sur un petit violon
et pour quelques spectateurs
sur un petit violon
et pour quelques spectateurs
 
Ma chè n’ha fatto de male
sta povera creatura
ma chb c’iavete da ridere
et portaije iettatura !
 
D’une petite voix comme
il n’en avait jamais eue
D’une petite voix comme
il n’en avait jamais eue
il parle de l’amour
de la joie, sans être cru
 
Se voi non comprendete
si vous ne comprenez pas
Se voi non comprendete
si vous ne comprenez pas
almeno non ridete
au moins ne riez pas !
almeno non ridete
au moins ne riez pas !
 
Ouvrez donc les lumières
puisque le clown est mort
Ouvrez donc les lumières
puisque le clown est mort
et vous applaudissez
admirez son effort
et vous applaudissez
admirez son effort.
 
Hou ou ou ou ou ou ou.......
 
(chanté par Giani Esposito)

Cette chanson, Jean Gilois l’avait spécifiquement choisie il y a 15 ans, en prévision de son enterrement.

Avec « Balade en novembre » :
« un oranger, sur le sol irlandais,
on ne le verra jamais ... »

Et cette chanson de Mouloudji :
(paroles de Sacha Guitry)

« La vie est une douche écossaise
Et ça dit bien ce que ça veut dire
Sitôt qu’une chose vous fait plaisir
Faut qu’il y en ait une qui vous déplaise !
Mais bien que ce soit à mon avis
Comme une espèce de complot
On ne peut pas passer sa vie
à s’foutre à l’eau. ».

Ces chansons dessinent bien les contours du personnage tout en auto-dérision et en pudeur. Ultimes messages d’un homme qui n’aimait pas parler de lui.

Départ

Jean Gilois est mort le 19 janvier 2006, à 74 ans (il était né le 17 novembre 1931). Sans doute aurait-il voulu vivre encore. Ses derniers jours il les a passés avec son épouse et ses enfants. On peut dire qu’il les a vécus pleinement. Puis il est parti quasiment sans crier gare, une mort comme il aurait pu la souhaiter : il n’aurait pas aimé être prisonnier d’un corps affaibli et privé de sa liberté d’aller et venir et de penser.

 Vie rime avec engagement

Apparemment sombre et intimidant, en raison d’un asthme qui limitait ses mouvements, il était très chaleureux avec ses amis et implacable avec les ennemis de la Démocratie et des Droits de l’Homme. Tous ceux qui ont travaillé avec lui ont apprécié sa hauteur de vue, son ouverture d’esprit, son intelligence et son humour.

Jean Gilois a consacré beaucoup de sa vie au syndicalisme. Ce sont d’ailleurs les grèves de 1955 qui l’ont fait virer des PTT alors qu’il n’y était que stagiaire. Il avait été sollicité, à l’époque, pour être journaliste à Combat. Son histoire personnelle en a décidé autrement.

Revenu à Châteaubriant et salarié à l’usine Huard, il était membre du Comité d’Entreprise et de la section syndicale CFDT, membre aussi de la « branche métallurgie ». Son engagement syndical sans faille, il l’a payé très cher : sa « carrière » professionnelle n’a pas été à la hauteur de ses capacités mais jamais il n’a renoncé à la défense de ses camarades.

Pendant longtemps il a été le rédacteur des tracts de la CFDT. Une expression dense, ardue parfois, car il avait le goût de la précision, du mot exact, de la situation convenablement décrite. Il utilisait de temps en temps des mots compliqués, non pour le plaisir mais parce que c’était à son avis, le seul mot juste. C’était alors un jeu dans l’entreprise : les salariés attrapaient le dictionnaire pour savoir ce que cela signifiait. Jean Gilois a toujours parié sur l’intelligence de ses interlocuteurs.

Ce qu’il supportait mal : la morgue et la suffisance des « puissants », l’injustice envers les salariés de base. Il avait fait un « choix de classe » comme on disait à l’époque.

C’est à La Mée qu’il a réalisé ce qu’il n’avait pu faire à « Combat » : donner la parole aux sans-voix, aux gens privés d’expression. En 1972 il a donc lancé ce journal bénévole, irrégulomadaire, qui, 35 ans plus tard, a pris l’ampleur et l’influence qu’on lui connaît. Il en lisait soigneusement tous les textes, avant parution, jusqu’à ces derniers mois.

Il était aussi une « mémoire » de Châteaubriant, mémoire des hommes et des femmes, mémoire des faits et des lieux. C’est grâce à lui que les recherches menées par La Mée ont pu être menées à bien.

Il exprimait de temps en temps dans « La Mée » un point de vue personnel, que ce soit sur la reconstruction de la gauche (qui reste à faire) ou sur l’Europe (qu’il voulait Europe sociale, Europe des Nations). Chacun des mots de ses articles était pensé, pesé : c’est pourquoi ils faisaient mouche. Jean Gilois n’était pas un homme de slogans, d’idées toutes faites, de lieux communs, il tenait à une expression forte, charpentée, argumentée.

Homme de grande valeur, il ne marchait pas dans les traces des uns ou des autres. Il avait des convictions et savait les défendre. il n’a pas eu la place qu’il méritait. Peut-être en raison de son refus des mondanités, des courbettes et des faux-semblants

Jean Gilois est mort.
La Mée continue.
Elle a besoin de ses lecteurs
pour passer ce mauvais cap.
Et pour garder l’esprit qui fut toujours le sien : celui d’un journal sérieux qui ne se prend pas au sérieux.

 Message d’émotion


Note du 1er février 2006 :

« Je tenais à vous faire part de mon émotion suite au décès de Jean Gilois. Pendant les quelques années où j’ai été au conseil municipal, je pense avoir beaucoup appris de lui, à ne pas prendre pour acquis tout ce que l’on me présentait, à réfléchir un peu plus sur l’intercommunalité, l’Europe, etc. Aujourd’hui, je me souviens toujours de sa rigueur d’analyse, ses propos longs (surtout en fin de réunion) mais toujours argumentés. Bref pour moi c’était quelqu’un de bien. Continuez tous son travail à La Mée. J’ai plaisir à vous lire, de loin, sur internet »

C’est là l’un des nombreux messages d’émotion que “la Mée” a reçus après la disparition de son fondateur, Jean Gilois.

Des lecteurs se sont étonnés du titre de la semaine dernière : le « clown » est parti trop vite. Loin de nous la pensée de traiter Jean de clown. C’était simplement un clin d’œil, comme il les aimait, au chant « Le clown est mort » choisi tout exprès par lui pour accompagner son corps. Avec Corne d’Aurochs (Brassens), Balade en si bémol (Sacha Guitry, Mouloudji), L’homme (Léo Ferré, Catherine Sauvage) et Quand j’aurai du vent dans mon crâne (Boris Vian , Reggiani).


 Les chants choisis par Jean Gilois pour son incinération

– Corne d’Aurochs (Brassens),
– Balade en si bémol (Sacha Guitry, Mouloudji),
– L’homme (Léo Ferré, Catherine Sauvage)
– Quand j’aurai du vent dans mon crâne (Boris Vian , Reggiani)
– Le clown (Giani Esposito)


 Souvenirs rappelés le jour de l’incinération,


le 23 janvier 2006


Par André ROUL et Guy ALLIOT :

« Parler de Jean, retracer toute une vie militante, ne peut se faire en quelques minutes. Près de 50 ans d’action militante commune syndicale et politique nous permettent d’en aborder quelques aspects. »

Homme de convictions fortes il s’est battu toute sa vie pour une société plus juste, plus solidaire, quitte à recevoir des coups (et il en a reçu), quitte aussi à sacrifier sa carrière professionnelle.

Discret, réservé, timide, peu démonstratif, le contact n’était pas facile, mais pour ceux qui le connaissaient bien, derrière sa cuirasse on trouvait une grande sensibilité, un grand cœur, une fidélité et une amitié à toute épreuve. Ceux qui ont travaillé avec lui ont pu le constater.

Avec son intelligence, sa capacité d’analyse, la sûreté de son jugement, il nous étonnait toujours. Même si sa précision, sa minutie, son sens de la nuance pouvaient agacer.

Dans l’équipe syndicale il était l’intellectuel. Intransigeant sur l’emploi des mots, ses tracts analysant la situation de l’entreprise étaient très appréciés mais aussi redoutés de certains.

Jamais en avant, mais en retrait, il contrôlait, animait, orientait. Son poste préféré étant celui de secrétaire administratif dans le syndical comme dans le politique.

Son engagement syndical débute à la Poste à Paris où pendant les grèves de 53 il assume des responsabilités à la Fédération National.

Suite à son drame familial il revient à Châteaubriant en 1956 et s’engage résolument dans l’action syndicale à la CFTC. Avec quelques autres il participe activement à l’évolution de l’Union Locale lui assurant un rôle reconnu dans le Castelbriantais, ainsi que la transformation de celle-ci vers la CFDT.

En 1958 il fut élu secrétaire du Comité d’Entreprise Huard, lui faisant jouer tout son rôle. Délégué du personnel, il fut apprécié des employés et redouté de la Direction et de certains chefs de service.

Dans ses tracts ses expressions comme « il suffit d’être copain de chambrée pour devenir tout à coup personnage de haut-vol » ou « la sademesque cohorte » sont restées gravées dans les mémoires.

Pendant des années il fut l’un des animateurs au niveau national de la branche CFDT du machinisme agricole qui comptait alors près de 50 000 salariés.

Farouchement anticapitaliste, militant pour une économie au service de l’homme, il milita parallèlement sur le plan politique : au PSU, au PS, au mouvement des Citoyens où il retrouvait sa passion de la République et de ses valeurs : liberté, égalité, fraternité.

Il ne se sentait pas à l’aise dans les grands rassemblements. Il préférait les rencontres   en petits comités, moment privilégiés d’échanges passionnés mais combien fraternels.

« Pour toute cette action menée avec tes copains, dans l’unité, Pierre Grangé, Maurice Barracand, Roger Ridel, Auguste Barat et ceux qui sont encore là, nous tenons à te dire : merci Jean, merci aussi pour tous les moments, nombreux, vécus ensemble dans l’amitié. Ta vie peut être pour nous une leçon »

André Roul, Guy Alliot


Par Paul Bonnier :

« J’ai particulièrement connu Jean Gilois à partir de 1989, année où la liste d’union de la gauche l’a emporté aux élections municipales, dit Paul Bonnier. Il avait été auparavant candidat malheureux aux municipales de 1959, de même qu’en 1983 où il siégea en tant que conseiller minoritaire. »

J’avoue qu’en 1989 son aspect bourru, on attitude peu ouverte ne m’inspiraient pas une sympathie débordante. Ce devait être réciproque. Il fallut percer l’écorce ce qui fut fait au cours de deux mandats électoraux que nous avons vécus ensemble, et au delà ...

Au cours de la première municipalité 1989-1995 je l’ai côtoyé quasiment chaque jour. Nous avons échangé et je l’ai apprécié. Nos points de vue, nos analyses se rejoignaient souvent et j’ose le dire, l’estime et la confiance réciproques aidant, nous sommes devenus d’excellent camarades. Et je ne suis pas un cas isolé.

(...) Pendant 12 ans il va mener à bien les tâches confiées et peu à peu nous allons découvrir l’homme qu’il était :un démocrate, farouche défenseur de l’union de la gauche, un laïc convaincu, un homme de conviction, modeste, ne recherchant pas les honneurs mais conscient de sa valeur, attaché à certaines valeurs ou idées telles que le rattachement de la Loire-Atlantique à la Région Bretagne, sa conception de l’Europe. Sujets qui parfois nous opposaient.

« Homme de culture, fin lettré (...) son esprit d’analyse, de synthèse, ses statistiques, son expérience, sa connaissance de la ville étaient appréciés de tous (...). »

Paul Bonnier.

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Jean Gilois

Alain Minguet rappela ce que fut Jean pour le Comité de Jumelage avec l’Irlande et pour le Mouvement des Citoyens.


Par Yves Le Gall et Bernadette Poiraud :


« Après la face syndicale de jean et l’aspect politique de son engagement il est un autre champ d’action qui
touche un peu à tout : celui du
journalisme. »

Jean n’a pas été « poursuivi par ses
études » comme il le disait : la maladie
l’a contraint longtemps à rester à la
maison.
– Ce fut un regret sûrement : Jean aurait
souhaité être instituteur.
– Ce fut une chance aussi d’une certaine
façon : le jeune garçon a beaucoup
regardé autour de lui, beaucoup écouté
les gens qui venaient chercher le lait à
la ferme familiale. Il a surtout
énormément lu.

Son intelligence vive et son excellente
mémoire ont fait de cet autodidacte un
être de culture, appréciant les beaux
textes, les mots justes, les idées bien
étayées.

Jean avait été sollicité pour être
journaliste à Combat, à Paris, vers le
milieu des années 50. lI en avait l’envie,
il en avait les capacités. Mais un drame
familial l’empêcha de poursuivre ce
projet.

C’est alors, tout naturellement, qu’il
exerça ses talents d’écrivain au sein de
sa section syndicale. Mais cela ne lui
suffisait pas.

En 1971, il avait 40 ans, la liste de
gauche aux élections municipales, mit
dans son programme la création d’un « bulletin municipal », innovation
importante pour Châteaubriant à
l’époque. La liste n’eut pas d’élus. Le
système électoral ne donnait aucune
représentation aux minorités.

Mais Jean tenait à ce projet. Il voulait
montrer que la gauche est capable de
tenir ses promesses. C’est alors qu’il a
proposé la création de ce journal dont il
a aussi donné le titre : « la Mée
socialiste ».

– La Mée, en référence historique au
Pays de la Mée, appellation ancienne,
guère usitée à l’époque mais que Jean a
contribué à remettre en mémoire.

– Et puis « socialiste » au sens large,
drapeau d’un engagement à gauche,
clairement affiché.

Ainsi est né cet “irrégulomadaire” qui est
devenu mensuel puis hebdomadaire.

Tout de suite il a voulu La Mée comme
l’expression des sans voix, de ceux qui
ont subi « toutes les exploitations et
toutes les aliénations des sociétés
rurales et semi-rurales ». Il a voulu ce
journal comme « Echo et moyen »,
« témoin et outil » à la disposition des
minorités, pas de Droite bien sûr,
« auxquelles la presse officielle ou
commerciale refuse les communiqués
ou tronque les textes. »

Dans ce journal Jean a joué un rôle
considérable.

Il était la mémoire, permettant de
dépasser l’actualité, de faire le lien avec
le passé de la ville et de la région, pour
mieux comprendre le présent.

Il était le gardien de la ligne, veillant à ce
que le journal reste bien du côté des
sans-grades et des sans-voix.

Il était, à sa façon, l’historien, loin de
l’histoire officielle, l’historien de la vie
quotidienne des gens de ce pays. Une
grande partie de ce que La Mée a pu
écrire vient de ses connaissances
personnelles.

Il était aussi une source d’humour et
de culture
, citant, comme si ça allait de
soi, Jacques Prévert et Bons Vian,
Georges Brassens et Victor Hugo,
Sacha Guitry et Léo Ferré..

Nous avions l’habitude de déceler, par
un certain sourire sur son visage, le
moment où il avait trouvé l’expression
qui ferait mouche. C’était presque
rituel : il contrôlait dans un dictionnaire
en trois volumes qui se trouvait à portée
de mains, que les mots auxquels il
pensait avaient bien le sens souhaité,
puis il attrapait un bloc de papier et, tout
joyeux, écrivait le titre qu’il proposait.
Nous discutions alors ... C’était un peu
comme un jeu.

Les comités de rédaction de la Mée,
tous les vendredis soirs, ont été, pour
lui et pour nous, des moments
d’échanges d’informations politiques et
sociales, locales et nationales voire
internationales. Nous n’étions pas
toujours d’accord, nous critiquions
parfois ce qui nous paraissait excessif
dans certains de ses propos, mais la
discussion, toujours, était
enrichissante.

Jean, lorsqu’il était en petit comité, était
un débatteur redoutable et redouté, du
fait de l’ampleur de ses connaissances,
de la force de ses arguments, de cette
façon qu’il avait de démonter les
ressorts cachés d’une situation.

Il n’aimait pas répéter les propos des
autres : il leur apportait toujours une
contribution personnelle, une réflexion
personnelle dont l’ampleur surprenait.

Même s’il y a eu des coups durs, autour
de la Mée, on peut dire que le journal
répondait à son besoin d’échanges
intellectuels.

Il nous a obligés à avoir l’esprit toujours
en éveil, à exercer notre sens critique, à
préciser notre pensée.

C’était pour lui une lourde
responsabilité qui le prédisposait à
encaisser les attaques de ses
adversaires. Il en a souffert, car c’était
un homme très sensible. Il y a trouvé
aussi une émulation, le sentiment que le
journal dérangeait l’ordre établi,
empêchait les pouvoirs de ronronner en
ignorant les citoyens.

Ce combat-là il l’a mené sans cesser,
sans pouvoir le gagner, car les choses
sont toujours à refaire. II nous a donné
l’exemple, à nous de continuer son
œuvre.

Les comités de rédaction étaient bien
plus que de simples jeux intellectuels
ou des échanges d’informations.
C’étaient des moments riches
d’échanges plus profonds où les uns et
les autres racontaient les conflits ou les
réussites de la semaine. Et trouvaient
les ressources pour poursuivre les
actions quotidiennes.

Retrouver une équipe de copains, avec
lesquels on est en confiance, c’est un
élément précieux pour maintenir ou
retrouver une assise et Jean était de
bon conseil.

Jean était le pilier, le roc, l’homme de
sagesse, celui qui parlait vrai, celui qui
nous a permis de découvrir qui nous
sommes. Il était le guide et le repère sur
cette route qui, nous l’espérons, conduit
à une société meilleure.

Discret, il savait écouter et même
lorsqu’il était, lui, dans la peine, il savait
être attentif aux autres.

Il est dommage qu’un tel homme soit
parti si vite.

S’il était là, il citerait Brassens qui disait
« les morts sont tous de braves types ».
Mais derrière cette auto-dérision il serait
heureux de savoir qu’il a pu marquer de
son empreinte l’esprit et le cœur de
ceux qui l’ont approché.

Il avait encore des choses à dire.
Il avait encore des choses à faire.
Nous avions besoin de lui

Pourquoi a-t-il fallu que les
contingences de la vie l’usent
prématurément ?

Il n’a pas été reconnu à sa juste valeur,
du temps de son vivant.

Sa mort est l’occasion d’un hommage.
D’un rattrapage trop tardif.

De nombreux lecteurs ont envoyé des
messages de sympathie.

Jean, si quelque part tu nous entends, songe à ceux qui, ici, restent sans toi et prennent l’engagement d’être fidèles aux combats menés ensemble