Séance d’installation – 26 mars 2010
Jacques Auxiette, réélu président du Conseil régional, dénonce avec force l’attitude du Gouvernement
Dans son discours d’investiture, prononcé à l’issue de sa réélection à la tête de la Région des Pays de la Loire, Jacques Auxiette a dénoncé avec force l’attitude du gouvernement, dans le cadre d’une décision conjointe de tous les présidents de Région présents à Paris le 23 mars dernier.
Jacques Auxiette a pris l’initiative de cette fronde au cours du récent dîner de l’ARF, fronde relayée par la plupart de ses collègues qui considèrent qu’aujourd’hui l’Association des Régions de France doit servir de rempart démocratique et républicain à la tentative de dépeçage des collectivités entreprise par le Gouvernement.
« Il n’est pas coutume de terminer un discours d’investiture par une prise de position politique comme celle qui va suivre. Je veux que vous compreniez qu’il ne s’agit pas là d’une opposition partisane, mais bien de la défense de la décentralisation, à laquelle je suis profondément attaché, comme nombre d’entre vous sur tous les bancs de cette assemblée.
J’ai dit tout à l’heure que nous ne comptons pas faire de la figuration. Je dis souvent que nous ne sommes ni les sous-produits, ni les sous-traitants, ni des prestataires de services de l’Etat, nous sommes tout simplement des élus du peuple.
C’est pourquoi, pour conclure mon propos, je veux m’adresser de façon solennelle au Gouvernement. Elu sur un programme clair, et soutenu par la volonté fermement exprimée des électeurs, je serai comptable du respect des engagements pris. La réforme territoriale, dont on nous dit qu’elle sera achevée dans la précipitation pour clore au plus vite cette séquence politique d’impopularité au plus haut sommet de l’Etat, a pour principal objectif d’étouffer les collectivités locales ; et tout particulièrement les régions. Asphyxiées par des charges nouvelles d’un côté, empêchées de fixer leurs recettes de l’autre, nos régions vont se trouver très vite dos au mur. Nous l’avons dénoncé avec force durant cette campagne.
Après l’engagement du Président de la République, président de l’UMP, du premier ministre, chef de la majorité parlementaire, de 20 ministres de l’actuel gouvernement impliquées dans les listes pour ces élections régionales, et tous minoritaires, la République française et la démocratie seraient honorées de constater que les responsables nationaux tiennent compte effectivement du vote de dimanche dernier.
Je demande donc au Gouvernement de retirer son projet dont l’ultime finalité sera d’empêcher les exécutifs régionaux, à peine élus, de mettre en œuvre leur programme. Maintenir ces textes serait un déni de démocratie.
J’en fais la demande solennelle aujourd’hui, en même temps que mes collègues nouvellement élus. Et avec eux, je veux dire à l’Etat que nous sommes prêts à nous battre sur tous les fronts. Nous ne laisserons pas une réforme partisane et inique confisquer aux électeurs par la Loi, ce qu’ils ont exprimé par les urnes.
Dès aujourd’hui, je vous annonce ma décision de geler la part régionale du Contrat de projet 2007-2010. Cette décision est grave, mais je m’en explique. Dans les Pays de la Loire nous avons signé un contrat pour 6 ans. Ce contrat porte sur 1,378 milliards d’euros. L’Etat paie 490 M€ ; la région, 510 M€. A la date d’aujourd’hui, quasiment à mi-parcours, l’Etat a réalisé environ 40% de sa part ; nous, plus de 50%.
Lorsque nous avons signé ce contrat, nous avions les moyens de décider de nos investissements et de nos politiques. Aujourd’hui, nous sommes dépossédés de ces moyens. Il y a rupture du contrat ! Rupture unilatérale !
Les règles du jeu ne peuvent pas changer en cours de route. Si la réforme n’est pas retirée, nous revisiterons totalement nos priorités à l’occasion des prochaines négociations de mi-parcours. Nous refuserons de continuer à financer la part de l’Etat dans ses propres domaines de responsabilité. Et d’ici là nous gelons nos financements.
Par cette décision, nous montrerons à tous nos concitoyens le caractère cynique et pervers d’une stratégie délibérée qui, encore une fois, aura pour conséquence de leur voler leur vote.
Le suffrage universel est de même nature, à quelque niveau territorial qu’il s’exprime. Nous avons tous ici dans cette assemblée la même légitimité qu’un Président de la République ou qu’un Maire, seul change le périmètre sur lequel elle produit son effet.
La Révolution française a donné le droit de lever l’impôt aux représentants du suffrage universel, la réforme territoriale l’a ôté aux assemblées régionales sans aucune garantie démocratique.
On veut demain faire des assemblées régionales des tiroirs-caisses, pour des projets locaux ou pour financer des infrastructures nationales, sans leur donner la possibilité de réfléchir sur la stratégie de leur territoire. A cela je dis non, et je sais que bien au-delà des clivages politiques, nombre de nos collègues élus sur les territoires pensent de même.
C’est pourquoi, d’ores et déjà, je vous annonce mon intention de réunir d’ici l’été tous les maires, les responsables d’intercommunalités, les conseillers généraux, les conseils de développement, élus du peuple et militant des territoires pour réaffirmer que la France n’a pas trop d’élus du peuple, et qu’au contraire ils constituent l’ossature de la citoyenneté nationale, le bouclier républicain à l’heure où la détresse sociale provoque des ravages dans la société.
Soyons fiers de notre mission, ne nous laissons pas dénigrer, tel est mon message à l’issue de mon propos de ce matin.
Vive les Pays de la Loire, vive la République indivisible, laïque, démocratique, sociale et décentralisée. Et, chers collègues, vive la France (qu’on aime) ! ».
Contact presse : Olivier Ryckewaert – 06 32 55 05 30 – Laurence Guimard – 02 28 20 60 61 – 06 83 50 10 83

