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Niger : lettre à Alain Juppé

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Ecrit le 16 janvier 2011

 Vincent Delory et Antoine de Léocour

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Vincent Delory et Antoine de Léocour

Deux jeunes Français, Vincent Delory et Antoine de Léocour, ont été enlevés le 7 janvier 2011 à Niamey et ont été retrouvés morts le lendemain, dans le désert malien, après une opération militaire franco-nigérienne à la frontière avec le Mali.

Le 10 janvier, Alain Juppé, Ministre de la Défense, a déclaré sur TF1 que le gouvernement «  assumait pleinement  » la décision de lancer cette opération, visant à la libération des deux otages.

«  Ne rien faire, c’était prendre un double risque, d’abord le risque de voir nos otages emmenés par les ravisseurs dans une de leurs bases refuges du Sahel et on sait ensuite comment ils sont traités […] Ensuite un deuxième risque, plus global si je puis dire, ne rien faire, c’est donner un signal que la France finalement ne se bat plus contre le terrorisme. Voilà la décision qu’il fallait prendre. Elle était grave, elle était lourde, nous l’avons prise et nous l’assumons pleinement  », selon le ministre.

 Lettre ouverte à Alain Juppé

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France-Niger
Lettre à Alain Juppé

Six jeunes, ayant fait leurs études avec Antoine de Léocour, ont écrit à Alain Juppé :

Nous condamnons unanimement l’acte de barbarie qui nous prive aujourd’hui d’un ami cher. Cependant, votre empressement à justifier l’intervention militaire qui a conduit à la mort d’Antoine de Léocour et Vincent Delory nous a beaucoup surpris.

Réduire l’analyse de ce drame à un discours sécuritaire ne fait qu’alimenter grossièrement la presse à sensations. Cela occulte totalement les enjeux globaux de la situation économique et politique que traverse la zone sahélienne. Les épiphénomènes que nous vivons actuellement participent des conséquences de politiques étrangères occidentales vis-à-vis de ces régions.

« Ne rien faire, c’est prendre un double risque »

Vos déclarations nous amènent à nous interroger sur la mission de l’armée française : consiste-t-elle à abréger les souffrances de ses ressortissants (emmenés par les ravisseurs [...] et on sait ensuite comment ils sont traités) lorsque vous, M. Le Ministre de la Défense et M. Le Président de la République, Chef des Armées n’êtes pas en mesure d’envisager une autre solution, plus digne ?

Ou a-t-elle pour objectifs de démontrer – quel qu’en soit le prix – que la France est prête à entrer dans l’escalade de la violence au nom de son combat pour la démocratie et contre le terrorisme (ne rien faire, c’est donner un signal que la France finalement ne se bat plus contre le terrorisme) ? Sachez qu’à nos yeux la raison d’Etat ne doit jamais l’emporter sur le respect de la vie des citoyens. Nous sommes particulièrement indignés par le ton de vos propos et de ceux de la majorité de la classe politique française dans un consensus national sans fausse note. Nous croyons comprendre que la France, patrie des Droits de l’Homme, sacrifie ses ressortissants sur l’autel d’orientations stratégiques occultes. Vous avez effectivement pris le parti de vous mettre à l’abri de tous moyens de pression en excluant l’option des négociations.

Nous nous inquiétons également du traitement différencié réservé aux citoyens et victimes en fonction de ce que leurs employeurs représentent pour les intérêts de la France.

En conclusion, si vous « assumez » si bien cette mission, sachez dire aux Français qu’elle est un échec et prenez véritablement vos responsabilités en démissionnant. Si un tel courage vous manque, alors ayez au moins la décence de laisser reposer en paix les âmes d’Antoine et de Vincent en stoppant toute récupération politique de cet assassinat sordide.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos salutations distinguées.

Les amis d’Antoine de Léocour
– Régis Belmonte, Amélie Benokba
– Elodie Bordrie, Marielle Cartiaux
– Marion Leriche, Marie Marchand

 La politique de la France

Dans le courrier adressé à La Mée, ces six jeunes s’interrogent sur «  les enjeux sahélo-sahariens, notamment ceux en liens avec la politique de la France dans la région  ».   Les organisations, privées comme publiques, qui spolient des ressources naturelles [de ces régions] avec l’accord tacite des gouvernements ne sont-elles en partie responsables des risques qu’encourent nos ressortissants dans ces territoires ? (…)   Enfin, il paraît difficile d’affirmer aujour-d’hui que tous les citoyens français sont égaux dans la mesure où certains semblent avoir plus de valeur au regard du gouvernement français que les membres des ONG et des organisations des sociétés civiles.    Nous rappelons que les populations sahélo-sahariennes sont les véritables otages de la situation géopolitique, privées de leurs droits civiques et des ressources qui les entourent.

Et le risque est grand pour nous, citoyens français, de nous retrouver otages de nos gouvernements dans l’escalade de la violence et l’acceptation de la désinformation ».

C’est pour avertir sur ce risque, qu’ils ont adressé une lettre ouverte au Ministre de la Défense.

 

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