Ecrit le 22 juin 2011
Les Indigènes
On sait que le 27 juin 1944, un train de 35 wagons d’explosifs fut mitraillé en gare d’Issé. On sait qu’il ne restait plus de vitres dans le bourg. On sait que pour dégager les décombres, l’occupant allemand utilisa des prisonniers de l’armée française. Des nettoyeurs, des liquidateurs. Plusieurs d’entre eux se firent sauter en manipulant des caisses de torpilles ou de roquettes. On sait que les trois menuisiers du bourg furent requis pour fabriquer les cercueils. On sait que plus tard l’artisan Moinard fabriqua le monument funéraire qui est toujours près du mur au fond du cimetière d’Issé.
On ne sait pas les noms de ces soldats. On ne sait pas combien ils étaient. On ne sait pas leur nationalité. On ne sait pas si un pasteur ou un curé colonial les avaient convertis. On ne sait pas s’ils étaient animistes comme leurs aïeux. On ne sait pas s’ils étaient musulmans. Ils reposent sous le croissant, les Indigènes.
(A.Borgone)


