Ecrit le 22 juin 2011
Une cérémonie ... politico-religieuse
Un bon curé ne peut refuser de « dire » la messe pour un défunt. C’est évident. Mais s’il apprend qu’il y a, dans cette de- mande, un prétexte à réunion politique ? Les morts ont parfois « bons dos » ! Le mélange de la politique et de la religion est rarement heureux .
C’est ce qui vient d’arriver le 10 juin 2011 dans un joli village des Vosges : Darney. Il se trouve qu’un certain Colonel Argoud, l’un des quatre leaders de l’OAS (Organisation d’Armée Secrète, pour l’Algérie Française ) est né et enterré à Darney après une carrière militaire d’autant plus tapageuse que le dit Colonel prônait la légitimité de la violence et de la torture comme armes de guerre . Cinquante ans après, ses amis l’en félicitent encore. Et s’apprêtaient à prendre le chemin de Darney le 10 juin 2011, pour lui rendre hommage. Avec la complicité d’Internet, on le devine.
Vive la torture
Tout Darney fut en émoi. Et bien d’autres. Si bien que le Préfet intervint pour que l’ordre public soit respecté : toute ma- nifestation dans la commune fut inter-dite. Le maire ferma le cimetière. Et l’Evêque in- terdit tout « culte » dans l’Eglise. Les nostal- giques de l’OAS ne purent déployer leurs drapeaux. Ni déposer une plaque à la gloire du ci-devant Colonel-tortionnaire.
Un potin de village ? Pas seulement, car on sait qu’un certain nombre de mani-festations du même genre ont lieu, actuellement, en diverses régions de France. Mieux vaut le savoir . Et y réfléchir.
Ceci pose, d’ailleurs, le problème des Commémorations Officielles avec messe inévitable dont se passeraient bien tous ceux qui ne peuvent se démarquer de ces cérémonies patriotico et politico-religieuses. Le curé, lui, est toujours embarrassé : où est Jésus-Christ en tout cela ? Le culte des morts est un tabou, donc intouchable ...
Le Général Jacques de Bollardière, né à Châteaubriant, avait des idées sur la question. Officier le plus décoré de l’armée française, il renvoya à son ministre ses étoiles et ses rubans, pour clamer : NON à la torture. Il écopa de six mois de forteresse. Mais fut honoré d’une impasse à Châteaubriant, du côté de Carfort. Mais il fut entendu : sa veuve, Simone, est devenue Présidente d’4/ACG : les quatre fondateurs de l’Association Contre la Guerre des Anciens appelés d’Algérie.
Une curieuse association, il faut le dire : ses membres refusent de garder pour eux leur pension d’Anciens Combattants : ils la consacrent à une action humanitaire en Algérie-même. Une Association constituée d’anciens soldats des deux côtés de la Méditerranée. Un lien fraternel s’est développé entre les deux continents. Jacques de Bollardière n’a pas perdu son temps ...
Emile Letertre

