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Irlande, l’insurrection de 1916

Ecrit le 18 mai 2016

Nos amis irlandais, de la ville d’Athlone, sont venus passer quelques jours à Châteaubriant, début mai, pour nous régaler de leurs chants et de leurs danses, en compagnie de la chorale Méli Mélo. Ils n’ont pas manqué de rappeler leur histoire et notamment les « Pâques sanglantes » d’avril 1916 qui, malgré la répression impitoyable, conduisit à l’indépendance de l’Irlande.

L’Irlande fut, pendant des siècles, territoire de colonisation des Britanniques tout proches. Une longue histoire de souffrances et de mort. Citons, selon l’historien Bertrand Berrou : au XVIe siècle la colonisation massive de l’Ulster par des protestants écossais ; un peu plus tard, les massacres et déportations de Cromwell ; au XVIIIe siècle, les sinistres Lois pénales privant les catholiques irlandais de toute dignité humaine ; le siècle suivant, la terrible famine de 1845-1849 qui fit un million de morts et un million d’émigrés.

Dans son recueil Fictions, Jorge Luis Borges qualifia l’Irlande de pays opprimé et tenace. Car aucun peuple n’a vocation à demeurer asservi. Tout s’est joué il y a cent ans, le 24 avril 1916, à Dublin.

Il fait très beau ce 24 avril 1916, c’est la première guerre mondiale. Un groupe d’Irlandais se soulève contre le colonisateur britannique autour du Sinn Fein nationaliste et de l’IRB (Irish Republican Brotherhood). Ils occupent plusieurs bâtiments stratégiques au centre de Dublin, dont la Poste, l’Hôtel de ville, le Palais de Justice et des gares, et déploient le drapeau tricolore au-dessus de la Poste. L’un de leurs chefs, le poète Patrick Pearse, lit une proclamation aux badauds : « Au nom de Dieu et des générations mortes dont elle reçoit la vieille tradition nationale, l’Irlande, par notre voix, appelle ses enfants à son drapeau. Soutenus par nos frères exilés en Amérique, nous déclarons que le droit du peuple irlandais à la propriété de l’Irlande et à la libre détermination de sa destinée est libre et imprescriptible ».

Proclamation

Document « Proclamation » imprimé à la hâte et sur une vieille presse

Les insurgés espèrent que les badauds vont se rallier à l’insurrection. Las, ils sont conspués par la foule qui commence à se rassembler devant le bâtiment. Qui plus est, ils s’abstiennent d’occuper le Château, résidence du vice-roi et siège du gouvernement général, bien qu’il n’ait pas de défenseurs. C’est l’échec.

L’armée britannique amène de l’artillerie lourde et bombarde méthodiquement le centre de Dublin. Après cinq jours de résistance, les insurgés capitulent sans conditions. Bilan humain : une soixantaine de morts parmi les insurgés, une centaine parmi les assaillants et plus de deux cents parmi les civils, environ 3 000 arrestations.

Un Conseil de guerre condamne à mort tous les meneurs (James Connolly, blessé, doit être calé contre une chaise pour être fusillé comme il convient).

Affiche 2016

Parmi les condamnés à mort figure John MacBride dont le fils, Seán MacBride, deviendra député et Ministre des Affaires Etrangères de la République d’Irlande avant de fonder Amnesty International et d’obtenir pour cela le Prix Nobel de la Paix en 1974. Un certain Eamon de Valera échappe à l’exécution du fait de sa citoyenneté américaine (il est né d’un père espagnol et d’une mère irlandaise). Il deviendra le premier Président de la République d’Irlande…

A noter la violence de la répression anglaise et aussi l’attitude de l’église d’Irlande, lors de la guerre civile, les évêques dénonçant le mouvement républicain de guérilla comme « un système de meurtre et d’assassinat ». A noter aussi les hésitations des républicains irlandais entre l’acceptation d’un compromis (défendu par Michael Collins) et le jusqu’au-boutisme (choisi par Eamon De Valera).

Hibernia

Le dessin représente la statue d’Hibernia, érigée au sommet de la Poste centrale de Dublin, dont l’occupation en 1916 a marqué le début du soulèvement de Pâques. Elle est un symbole de l’Irlande. Son nom reprend le terme utilisé en grec ancien pour désigner ce pays. Œuvre du sculpteur John Smyth, cette statue est considérée comme un témoin des événements de 1916. Depuis un siècle, elle observe la nation s’épanouir à la lumière des valeurs inscrites dans la Proclamation. Son regard reste résolument tourné vers l’avenir. Elle symbolise à la fois le passé, le présent et l’avenir du pays.

Dans la partie supérieure du cercle intérieur, l’inscription « HIBERNIA » semble avoir été écrite à la main, dans un style rappelant celui d’un célèbre manuscrit, le Livre de Kells. Les rayons du soleil illustrent le concept sous-jacent du soulèvement et de la Proclamation, qui marquent l’aube d’une nouvelle nation et d’une nouvelle République.