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Relais-Rencontres (02)

Ecrit le 24 décembre 2003

Et vous êtes difficiles ?

Vendredi 12 décembre 2003, des personnes sont revenues en larmes de la réunion du Relais-Rencontre (1) : il n’y aura pas de repas de Noël cette année, cette année, ont-elles appris.

Supprimer un repas festif, est-ce si grave ?

Le Relais-Rencontre est né le 3 juillet 1997, « un lieu convivial » « permettre à ceux qui y viennent de sortir du cercle relationnel assisté/assistant » dit le rapport de Marie Jeanne Thébault, agent de développement de la Circonscription d’Action Sociale de Châteaubriant, (Conseil Général), qui a fait une enquête sur cette structure. Le Relais-Rencontre est un lieu, ouvert à tous les castelbriantais et personnes des communes voisines :
- bénéficiaires d’aides, rencontrant des difficultés sociales ponctuelles ou durables
- bénévoles d’associations souhaitant investir un peu de leur temps dans l’aide à la réinsertion.

La coordination est assurée par Jacques Clergeaud, agent du CCAS  . Un « groupe de pilotage, définissant les orientations et contrôlant l’activité » se réunit tous les 2 mois environ, avec les services sociaux, la caisse d’allocations familiales et les associations de solidarité de Châteaubriant. Le centre médico-psychologique   est partenaire

En 2002, 53 personnes sont passées au Relais Rencontres  , pour 576 participations, ce qui veut dire que, en moyenne, chaque personne est venue 10 fois dans l’année.

Le Relais Rencontre c’est d’abord l’accueil le vendredi de 14 h à 16h30. Les bénévoles qui s’en occupent ont vite senti le besoin de se former pour se préparer aux fonctions d’écoute et d’aide. Les personnes accueillies viennent de Châteaubriant, et d’ailleurs (Moisdon, Abbaretz, Martigné, etc). « On discute, on prend un café, certains jouent aux cartes, chacun se fait sa place, ce qui compte c’est d’être là avec les autres ». Le mercredi et le jeudi, un atelier informatique a été mis en place dans un esprit d’échange de savoirs.

Le Relais-Rencontres   organise également des sorties d’une journée l’été, et propose des spectacles au Théâtre de Verre   à des prix réduits.

Le Relais Rencontre a donc une fonction éminemment sociale que traduit très bien un poème écrit pour la journée « portes ouvertes » du 20 juin 2003 :

Relais Rencontre tu nous accueilles
Nous évitant de rester seuls
Avec nos peurs et nos souffrances
__Et parfois la désespérance

Difficiles

Hélas, cette structure n’agrée point à la municipalité de Châteaubriant qui, de plus en plus, met des bâtons dans les roues. Par exemple, c’est le CCAS   qui finance le café et les gâteaux secs du vendredi. Oh ! pas des gâteaux haut de gamme. Ce sont plutôt des gâteaux que l’on achète, cassés, sous pochette plastique. Une personne en a fait la remarque anodine un jour, sans penser à « mal » et a reçu en pleine figure la réponse de l’adjoint aux affaires sociales : « Vous n’allez quand même pas être difficiles ! »..On admirera la délicatesse du propos. Une personne commente : « Nous sommes peut-être des pauvres, mais nous avons besoin aussi de notre dignité ».

On peut être frappé, en effet, par les pratiques municipales :
- D’un côté, des « vins d’honneur » offerts à tout propos. Petits gâteaux fins, vins, jus de fruits, et personnel en tablier blanc.
- De l’autre, des gens à qui l’on sert des gâteaux cassés.

Vous appelez ça comment, vous ? Mépris ? Discrimination sociale ?

Heureusement que certains bénéficiaires apportent des gâteaux faits à la maison. Ils ont le goût d’autrefois, celui de la convivialité et de l’amitié

C’est cela le relais Rencontre
C’est pouvoir s’exprimer librement
Et être aidé sur tous les points
Physiquement et moralement
Venez tous et vous verrez
C’est une grande famille.

(un participant)

On donne,
On reçoit encore plus

Les bénévoles qui animent le relais-Rencontre s’accordent à dire « ce qui est formidable, c’est que l’on donne mais que l’on reçoit encore plus ». La satisfaction est de voir les personnes accueillies s’ouvrir, progresser, « des personnes retrouvent le goût de vivre à l’extérieur ». « Les comportement sociaux évoluent, ce qui permet une meilleure intégration sociale ». Cela se remarque sur des petites choses : sourire, saluer les autres en arrivant et en partant, se lever de table pour rendre un service, parler à ses voisins, commencer à parler de soi, parler d’autre chose que de son mal-être.

Il ne s’agit pas du tout d’un ghetto. Au contraire une certaine mixité sociale est recherchée.

L’unique repas festif

En dehors des sorties de l’été, une date est particulièrement remarquée par les habitué-e-s du lieu : le repas de Noël. Il existe depuis 1998. Plusieurs personnes ont signalé qu’il s’agit pour elles de leur seul temps festif pour les fêtes de fin d’année. Financé par le CCAS   de Châteaubriant (centre communal d’action sociale), sa préparation se fait avec une recherche de participation des convives. En général, une trentaine de personnes.

Mais cette année, l’animateur a dû annoncer, le 12 décembre, qu’il n’y aurait pas de repas de Noël, la municipalité n’ayant pas d’argent à y consacrer.

La nouvelle a vite fait le tour de la ville. La Mée s’en est fait l’écho dans le numéro qu’ont reçu les abonnés le 16 décembre.

Cocktails

Vraiment, s’interrogeaient les bonnes gens, la municipalité n’a pas 200 € à y mettre ? Sans blague ! Lorsque s’est faite la soirée rétrospective des « Promenades littéraires », c’est la municipalité qui a payé l’apéritif dînatoire pour une centaine de personnes. Il ne s’agissait pas de pain et de pâté, ou de cuisses de poulet rôties, mais de jolies petits toasts sur pain de mie comme savent faire les traiteurs.

Et le cocktail servi lors de l’inauguration du bowling ? Ce n’était pas non plus du pain et du saucisson. C’est bien plus important, n’est-ce pas, qu’un repas festif pour des personnes isolées.

Il y a les cocktails pour les personnes « importantes » (qu’est-ce qu’une personne importante ?) . Et puis rien pour les personnes isolées. L’information a fait scandale.

Le mardi 16 décembre 2003 au soir, on apprenait que l’adjointe aux affaires sociales avait finalement accepté de signer le financement du repas de Noël du Relais Rencontre. Tout est bien qui finit bien.

Mais tout de même, à Châteaubriant la fracture sociale se fait gouffre. Cela finira-t-il un jour par poser question à l’ensemble de nos concitoyens ?

B.Poiraud

(1) Le Relais-Rencontre ne doit pas être confondu avec l’association Rencontres