Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Texte seul |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Châteaubriant > Enfance, jeunesse > Tahnee et les peuples oubliés

Tahnee et les peuples oubliés

Ecrit le 6 novembre 2013

 Le peuple d’Amazone

Soirée « connaissance du monde » , avec l’ARCEL   le samedi 9 novembre à St Aubin des Châteaux : le film exceptionnel propose d’entrer dans l’intimité des peuples de la grande forêt amazonienne et de les accompagner dans les défis qui sont les leurs, depuis leurs premiers contacts avec le monde « du dehors » jusqu’à nos jours. Un témoignage unique sur ces tribus amérindiennes confrontées à l’exploitation effrénée de la plus grande forêt du monde.

Une grande fresque présentée par une passionnée des cultures autochtones : Tahnee Juguin. Cette jeune aubinoise a reçu le prix exceptionnel d’anthropologie pour les voyages qu’elle réalisa à 17 et 18 ans. En 2013, elle rencontre les Yawalapitis et retourne prendre des nouvelles des indiens Wayana avant d’entamer ses premiers pas à Connaissance du monde.

Entrée gratuite pour les enfants et participation libre pour les adultes, espace Castella  , 20h, samedi 9 novembre 2013


Ecrit le 20 novembre 2013

 Tahnee Juguin, partie à 17 ans

Il y a des jeunes qui s’ennuient et/ou font des bêtises. Il y en a d’autres qui se bougent et partent à la découverte … C’est le cas de Tahnee, une jeune fille de St Aubin-des-Châteaux. Avec un prénom d’origine « sioux », cette jeune Française s’est intéressée très tôt aux cultures du monde entier, intérêt renforcé quand, au festival de La Gacilly, elle a découvert les photos d’Olivier Föllmi et les reportages de l’ethnographe Patrick Bernard. Tout en préparant son baccalauréat (qu’elle a obtenu), elle a organisé son voyage vers la Guyane française, avec l’appui de ses professeurs du lycée Guy Môquet qui lui ont parlé des bourses Zellidja. Monter un dossier de candidature, préciser le sujet d’étude, établir un budget prévisionnel : Tahnee a ainsi obtenu une bourse de 600 €uros. Après deux mois de travail en juillet-août 2010, elle a donc arrivée à Maripasoula, 8500 habitants, la commune la plus étendue de France, à plus de 300 km de Cayenne, sur la frontière entre la Guyane, le Surinam et le Brésil. Les distances ne veulent d’ailleurs rien dire … quand il n’y a pas de route ! On accède à cette commune par les airs à 1h de vol au-dessus de la forêt amazonienne ou par le fleuve Maroni en pirogue entre 3 et 7 jours en fonction de la saison (pluie ou sèche). Par chance, Tahnee avait pu joindre l’institutrice de Maripasoula et, par elle, les Indiens Wayana. « Ils m’attendaient. Nous sommes donc remontés en pirogue jusqu’au village de Antécume-Pata, 400 habitants environ ».

« Ils étaient très timides envers moi. J’étais très timide aussi. J’ai dû aller vers vers eux, vivre chez eux, dans les grandes huttes de bois ». Tahnee a passé ainsi une quinzaine de jours avec les Wayanas de France et une quinzaine aussi avec leurs frères du Surimane, de l’autre côté du fleuve. « J’ai pu vivre leur vie, partager leurs traditions et découvrir leurs problèmes ». En effet, la région connaît une grande insécurité, due à la présence des orpailleurs (chercheurs d’or) qui polluent les rivières au mercure et entretiennent entre eux un climat de violence. « Leur présence éloigne le gibier, le poisson est contaminé par le mercure, le manioc que cultivent les Amérindiens, et qui est la base de leur nourriture, est fréquemment volé ». Il n’est pas rare que soient volés aussi les moteurs des pirogues et les Wayanas doivent dormir auprès de leur fusil pour empêcher l’incursion d’hommes ivres dans leur village.

Les Wayanas vivent le long du fleuve Maroni, dans de vastes huttes disposées en cercle autour du Tukushipan (la maison de cérémonies, mais aussi des visiteurs de passage). Ce sont des huttes avec ossature bois, couvertes de chaume, du sol au toit … mais la « modernité » conduit maintenant à une couverture en tôle ! Dans ces huttes, comme dans la hutte des charbonniers chez nous, autrefois, la vie se déroule : manger, dormir, préparer la peinture des corps, et tout cela pour plusieurs familles du même clan.

Wayanas
Les
Wayanas
vivent
presque nus. La peinture
des corps
est une
tradition
surtout pour
les cérémonies

La vie reste très rurale dans cette communauté. L’existence du RSA   (revenu social d’activité) apporte des facilités, mais il faut aller à Maripasoula pour faire des achats et l’essence coûte de plus en plus cher. L’argent sert à acheter des vêtements, des pirogues, et à payer les études des enfants. Rares études, quand l’enfant doit se loger loin de chez lui, à Cayenne ou à Paris.

 Déculturation

Et après les études, quoi ? « Les jeunes sont attachés à leurs coutumes ancestrales. Mais ils sont aussi attirés par les gadgets modernes, le smartphone et l’ordinateur, et la vie animée des cités. Le déchirement entre ces deux mondes, l’impossibilité de concilier les deux, conduit de nombreux jeunes au suicide ». dit Tahnee. L’électricité (panneaux solaires) a fait son apparition, la télévision aussi, avec les risques de déculturation que cela comporte, la disparition des veillées où l’on partageait les exploits de pêche et de chasse et les traditions populaires.

 Déforestation

Gros souci des Wayanas et des autres tribus : la forêt amazonienne, ou plutôt la disparition de cette forêt que des sociétés privées rasent et exploitent en production de soja … transgénique.

Entre hommes et femmes Wayanas, les tâches sont très bien réparties. Les hommes chassent et pêchent. Les femmes font les hamacs et la cuisine et s’occupent des enfants petits. « J’ai eu le sentiment d’une société très égalitaire, d’une bonne entente entre hommes et femmes, d’une grande liberté sexuelle aussi ». Mais seul l’homme peut devenir chamane (homme médecin). Vivant au cœur de la forêt, les Wayanas en con-naissent les atouts et les dangers. Et les secrets ! Par exemple, une femme qui ne désire plus d’enfant, s’en va passer une semaine en forêt … Les secrets médicaux des Wayanas sont l’objet de convoitise des industriels de la pharmacie …

Jeunes filles Wayanas

En cas de maladie grave, un hélicoptère peut venir chercher les cas urgents. Les personnels spécialisés (instituteur, infirmier) sont des métropolitains, seuls capables d’avoir pu payer des études. Il y a cependant maintenant un instituteur wayana car tout le village s’est cotisé pour payer ses études.

Le film « le peuple de l’Amazone » retrace bien la vie des Wayanas et d’autres tribus comme les Yawalapiti. Il a été réalisé par Patrick Bernard, mais les jeunes Wayanas ont appris à manier la caméra et à faire le montage sur ordinateur. Ils sont les seuls à savoir ce que signifient leurs cérémonies et à pouvoir transmettre aux plus jeunes générations les secrets du maraké (rituel de passage), le sens des dessins traditionnels qui habillent les corps, la fabrication du roucou (peinture rouge pour les corps) et du génipa (peinture bleue-noire) et toutes les traditions ancestrales.

On peut voir des extraits du film ici

Tahnee Juguin De retour en métropole, après une période salariée (il fallait bien trouver des fonds), Tahnee est retournée auprès des Wayanas. Puis elle a obtenu une deuxième bourse pour partir en juillet-août 2011 auprès des Mentawai (les hommes-fleurs), en Indonésie qui, après 30 ans de dictature et de répression de Suharto, sont retournés vivre en forêt. En lien avec la fondation Anako et avec ICRA International, elle veut agir avec les peuples oubliés (qui représentent 200 millions de personnes, soit 4 % de la population mondiale). « C’est dans ce cadre que des caméras ont été confiées aux jeunes Mentawai pour enregistrer les cérémonies traditionnelles qui risquent de disparaître » dit Tahnee.

Dans un proche avenir, Tahnee souhaite continuer à aller vers ces peuples indigènes avec des outils audio-visuels pour contribuer au maintien des cultures traditionnelles et constituer une mémoire pour les générations futures. Sa passion : l’anthropologie, discipline qu’elle va étudier avec, pourquoi pas, un diplôme d’anthropologie scénique. Elle a juste 20 ans. Bravo !

A lire : le livre « Le peuple de l’Amazone » (éditions Pages du Monde) et le CD du même nom

(ndlr : Au Brésil, la déforestation de l’Amazonie a augmenté de près de 30% en un an, ce qui représente plus de 5.843 km2 de forêt détruits au profit de la production de soja et l’élevage de bovins. Info du 14/11/2013)