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Tunisie : le peuple, le palais ou l’armée ?

Ecrit le 26 janvier 2011

 Le Peuple, le Palais ou l’Armée ?

Tunisie : on suit avec attention l’évolution de la situation en ce pays. Voici un point de vue intéressant, saluant « le vaste et remarquable mouvement social qui a ébranlé le régime, le courage dont ont fait preuve les manifestants, reprenant le flambeau des protestataires des années précédentes qui avaient déjà exprimé leur colère, notamment à Gafsa, en 2008 et 2009, et à Benguerdane, en 2010, au péril de leur liberté, voire de leur vie ».

Néanmoins, « Ben ALI a été chassé vendredi 14 janvier 2011 par une révolution de palais plutôt que par la foule : soit par les hiérarques du parti unique, qui se sont débarrassés de leur fondé de pouvoir avant que celui-ci ne les entraîne dans sa chute ; soit par l’armée, dont l’un des chefs d’état-major, Rachid AMMAR, venait d’être renvoyé, qui désapprouvait le bain de sang et qui n’était sans doute pas fâchée de prendre sa revanche sur la police. Le Tunis de janvier 2011 fait plus penser au Bucarest de décembre 1989 qu’à une situation réellement révolutionnaire. La chute a été trop rapide pour être honnête.

Le risque est donc grand de voir le régime se refermer comme une huître à la première occasion venue. »

Trois considérations le font redouter.

— En premier lieu, le parti islamique Ennahda est sans doute la seule force politique organisée, en dépit de la terrible répression qu’il a subie et de l’exil de ses principaux leaders. S’il menace d’arriver au pouvoir, l’opinion tunisienne peut être tentée de se réfugier à nouveau derrière une dictature « protectrice » qui sans nul doute bénéficiera du soutien de l’Occident.

— En deuxième lieu, ceux que l’on nomme les « démocrates », quelle que soit la détermination de certains d’entre eux, n’ont précisément pas hésité à cautionner l’écrasement policier de la mouvance islamique entre 1989 et 1994. Leur capacité à démocratiser le pays est sujette à caution.

— En troisième lieu, le régime Ben ALI ne reposait pas seulement sur la coercition, mais aussi sur de multiples transactions, en particulier économiques, qui garantissaient le contrôle politique et social de la population. Rien ne dit que le renversement de la « Famille » suffira à réorienter la politique économique et sociale. Il y a donc risque d’un « désenchantement national » avec toutes ses conséquences négatives...

Jean-François BAYART (par internet) -
- http://mampouya.over-blog.com/article-tunisie-vaincre-la-passion-et-l-orgueil-identitaire-pour-se-democratiser-65358751.html


Ecrit le 26 janvier 2011

 Ondes de choc

On commence à peine à mesurer les conséquences de la « révolution en Tunisie » où le peuple ne se contente plus de vagues promesses de changement. Le gouvernement de transition formé le 17 janvier comporte un tiers d’anciens ministres de Ben Ali, ce que contestent de nombreux manifestants. « Le peuple vient faire tomber le gouvernement », scandaient les participants de la « caravane de la libération » arrivés à Tunis le 23 janvier après un circuit de 280 km en partie à pieds, en partie en voiture. « Nous sommes venus de Menzel Bouzaiane, de Sidi Bouzib, de Regueb pour faire tomber les derniers restes de la dictature », a expliqué un vieil homme drapé dans un drapeau tunisien. Les policiers tunisiens manifestent aussi, en uniforme et à visage découvert.

La chute de Ben Ali a entrouvert les portes de l’avenir. Le présent est marqué par le chômage massif, la pauvreté. Le symbole de la Révolution tunisienne n’est-il pas la baguette de pain brandie dans les manifestations ? Mais ces populations fragiles sont bien davantage politisées et éduquées que les gueux des siècles précédents. Le développement concordant de l’éducation, de la santé et d’internet peut déboucher sur des réels changements.
« Dans les décennies à venir, le modèle de la révolution tunisienne peut s’étendre partout où les plus puissants refusent de partager les richesses. Il peut renaître dans tous les pays où les élites pratiquent l’autisme et s’enferment dans « l’entre soi ». Il va donc falloir qu’elles ouvrent les yeux et changent de discours » écrit un analyste. C’est valable pour de nombreux pays du Proche-Orient. Mais c’est valable aussi … pour la France !

Le 21 janvier, en Albanie, une violente manifestation a exigé la tenue de nouvelles élections après la démission du vice-Premier ministre accusé de corruption. En Jordanie une marée humaine a défilé dans les rues de Amman, pour protester contre la flambée des prix alimentaires mais aussi contre la chute vertigineuse de leur pouvoir d’achat.

Le 22 janvier, en Algérie, une manifestation pour la démocratie appelée par le chef du principal parti d’opposition, le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), a été empêchée par la police faisant 42 blessés parmi les manifestants. Ainsi, après les 5 jours d’émeutes contre la vie chère qui avaient coûté la vie à 5 personnes et fait plus de 800 blessés au début du mois, la population algérienne fait entendre de nouveau sa colère...


Ecrit le 9 février 2011

En Tunisie, trois semaines après le renversement du président Ben Ali, la Tunisie commence à dédommager les familles des victimes des semaines d’émeutes qui ont conduit à la chute du régime. Les autorités de transition verseront 20 000 dinars (14 000 $) par personne décédée et 3000 dinars (2100 $) par blessé, selon un communiqué officiel. Le dernier bilan provisoire de l’ONU rapporte 219 morts et 510 blessés

Signe que les troubles s’estompent depuis quelques jours, le gouvernement de Mohammed Ghannouchi a décidé de rétablir dès le 7 février la journée de travail complète dans les administrations et les entreprises publiques. De brèves grèves sectorielles perturbent encore le pays, mais dans l’ensemble

Voir aussi la chronique en gallo

Soulèvement en Egypte


27 février 2011 : Démission du premier ministre tunisien - M. Ghannouchi a démissionné pour faciliter la tenue d’élections censées solder l’ère Ben Ali. Il a été remplacé par Béji Caïd Essebsi. Ce dernier a notamment été ministre des affaires étrangères au temps d’Habib Bourguiba.