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Réseau social castelbriantais

Ecrit le 27 avril 2011

 Naissance du réseau

Premier avril 2008 : non, c’était pas une blague. Une réunion a eu lieu à Châteaubriant à l’initiative   du Conseil Général, avec de nombreux représentants d’associations travaillant dans le domaine social. Il en est résulté la volonté de ces associations de se retrouver régulièrement pour mieux se connaître et mettre en commun leurs problèmes et leurs actions. Une sorte de « veille sociale » dont le nom sera abandonné par la suite puisque le Sous-Préfet JP Trioulaire avait adopté lui aussi cette appellation pour le groupe qu’il réunissait tous les mois. Un nouveau nom s’est donc imposé peu à peu : réseau social castelbriantais. Des rencontres   ont été fixées au rythme de trois par an par exemple sur l’urgence, le logement, la précarité monétaire … etc.

Reseau social

Avec le temps, les associations ont exprimé le besoin d’une réflexion commune. C’est ainsi que, le 14 avril, elles ont fait appel à un sociologue, Philippe Labbé, de l’université de Rennes, qui a travaillé sur l’insertion des jeunes, le développement local et les solidarités.

 Nanoseconde

Pour lui, le temps de la veille, de nos jours, correspond à la nanoseconde (un milliardième de seconde !) mais « à force de sacrifier l’essentiel à l’urgence, on parvient à oublier l’urgence de l’essentiel ».

Le réseau du castelbriantais doit s’appuyer sur deux principes de base :
1 - la réciprocité, l’intelligence partagée : chacun apporte sa pierre à l’édifice et bénéficie de celle des autres
- 2 - la mise en place de règles de fonctionnement. « Car tout réseau est plastique, avec risque de déperdition. Tout système tend vers la désorganisation. Les règles sont un moyen d’éviter cela ».

 Des nains sur les épaules des géants

Mais pourquoi veille-t-on ? Pour connaître, partager, changer. Il faut prendre le temps de connaître le projet des autres associations. Il faut partager : passer de la compétition à la coopération. Passer de la capitalisation à la mutualisation. Passer de l’individualisme à la solidarité. Enfin on ne veille pas pour veiller, mais pour changer, pour innover.

L’innovation, c’est pas le trait de génie ! Ce n’est ni la pomme de Newton, ni la baignoire d’Archimède. L’innovation c’est … la veille, la façon d’observer ce que les autres font ailleurs, puis d’expérimenter, d’évaluer ce qui a été fait, de corriger si nécessaire et de diffuser. Il faut vampiriser ce qu’ont fait les autres et garder la mémoire de ce qui a été fait, pour n’être pas toujours obligé de recommencer.

Comme disait Bernard de Chartres au 12e siècle : « Nous sommes des nains juchés sur les épaules des géants. Nous voyons ainsi davantage et plus loin qu’eux, non parce que notre vue est plus aiguë ou notre taille plus haute mais parce que nous sommes élevés par eux. » .

Aussi étrange que cela paraisse, la veille correspond à une norme AFNOR ! Elle est justifiée par la complexité du monde qui nous entoure, la pression concurrentielle (même dans le domaine social), les évolutions réglementaires et économiques rapides.

 Territorialité

Le sociologue distingue le programme (objet rigide) et le projet (souple, adaptable). Il distingue la politique territorialisée (qui s’applique à un territoire) et la politique territoriale qui se doit d’être ascendante : « de porter la parole des petits vers les grands ». « Le territoire est un espace sur lequel on peut encore exercer un pouvoir ».

 Principes d’action pour un réseau

Réseau Social Castelbriantais
  • -1 - accepter l’aléatoire : c’est une caractéristique de la complexité, on ne sait pas de quoi demain sera fait.
  • -2 - être modeste : on ne peut pas tout savoir.
  • -3 - être vigilant : les conditions d’atteinte des objectifs comptent autant que la réalisation des objectifs.
  • -4 - regarder les dysfonctionnements, c’est épuisant et stigmatisant. Il faut aussi regarder et dire ce qui fonctionne bien. Le sociologue rappelle à ce sujet l’effet Pygmalion : le regard fait l’objet. (1)
  • -5 - avoir des objectifs mobilisateurs, ambitieux et explicites sachant que « les projets les plus fous sont ceux qu’on parvient le plus facilement à mettre en place ».
  • -6 - raisonner de façon « systémique » : un réseau de veille doit répondre à des besoins et transmettre des valeurs.

Des besoins ? Des besoins internes ou des besoins du territoire, besoins de partage, d’échange, de compréhension. Des valeurs ? Des valeurs ajoutées pour les individus, ou pour la collectivité ou pour les organisations..

Les conditions du changement ?

  • - l’écoute : entendre et écouter les acteurs eux-mêmes,
  • - le consensus, porté par l’ensemble des acteurs,
  • - la place : donner la parole à ceux qui ne sont habituellement pas consultés, cela leur donne une existence, une place dans la société.
  • - le concret : s’intéresser aux besoins quotidiens.

 A qui s’adresse l’action sociale

Chaque personne est concernée par quatre notions : l’individuation, la sociabilité, le sociétal et l’économique. Chaque personne est à la fois Sujet, Acteur, Citoyen et Producteur.

Le sujet

Le Sujet évolue dans le monde de l’intime qu’on appelle l’individuation. Il y est question de sa santé, de son équilibre psychologique, de ses relations avec ses proches, de son logement. Le Sujet aspire à l’accomplissement. Chacun d’entre nous cherche à s’accomplir et cela passe par des aspirations originales : celui-ci a besoin d’avoir du temps pour courir ou faire du vélo, celui-là rêve de compléter sa collection de timbres par la pièce unique qu’il recherche depuis des années… Dans les deux cas, et tous les autres, il est question de passion.

L’acteur

L’Acteur navigue dans l’archipel des relations qu’on appelle la sociabilité. L’acteur est un être social et communiquant ; il rencontre les autres, il se lie d’amitiés durables mais se plaît aussi de sympathies brèves ; il participe, fait avec les autres et s’associe ; il investit son quartier, constitue le voisinage ; il reconnaît, il est reconnu. L’Acteur aspire à la relation. Chacun d’entre nous a son réseau, ses repères, sa tribu avec laquelle il fait ce qu’il ne ferait pas seul.

Le citoyen

Le Citoyen regarde la société, il retrousse ses manches et plonge ses mains dans les enchevêtrements institutionnels et politiques qu’on appelle le sociétal. Le Citoyen a des convictions et se veut responsable ; il veut jouir de ses droits ; il respecte aussi ses devoirs… du moins en principe ; il constate que la société ne fonctionne pas comme elle le devrait et il agit pour la changer. Le Citoyen aspire à l’émancipation. Chacun d’entre nous, sauf égoïsme pathologique, au minimum voudrait que « ça fonctionne mieux »… Certains s’engagent concrètement pour faire changer les choses.

Le Producteur

Le Producteur gagne son pain en travaillant mais, comme le travail ne se résume pas à produire, il évolue dans un monde fait de codes, de signes de reconnaissance et d’appartenance qu’on appelle l’économique. Le Producteur aspire à l’autosubsistance, à l’identité professionnelle et sociale.

Le travail social traditionnel évolue dans la sphère de l’individuation. L’animation socio-culturelle s’adresse à la sociabilité. L’éducation populaire s’intéresse au sociétal. Le monde de l’insertion joue plutôt dans la sphère économique.

 Sept atouts capitaux

Pour bien vivre, il faut pouvoir disposer de sept capitaux : l’affectif, la mobilité (pour gagner en stabilité), la santé, le symbolique (une bonne image de soi), le culturel, le social et l’économique. Si l’un manque, il est nécessaire de développer les autres, de même qu’un aveugle développe son odorat et son ouïe.

Aider une personne, c’est donc la prendre dans sa globalité et susciter le développement de ses atouts capitaux.

 Les personnes … mises en ...

Il faudrait dire « les personnes MISES EN difficulté ». En effet les problèmes financiers, psychologiques, médicaux et autres arrivent souvent en conséquence du chômage, de la mise au chômage.

Le schéma de l’exclusion est celui-ci :

  • - d’abord, la déqualification. « Vous étiez salarié, vous teniez bien votre tâche, et tout à coup on n’a plus besoin de vous »
  • - la déliaison : les liens sociaux s’effilochent. La perte des liens avec les collègues de travail conduit à un enfermement dans la famille.
  • - La disqualification : la personne intériorise le rejet, elle perd l’estime d’elle-même
  • - dernière étape : l’exclusion. La personne perd peu à peu ses atouts capitaux : les ressources économiques, mais aussi la santé, les liens affectifs, etc.

 Elargir le cercle et faire un pas de côté

Se retrouver entre élus-professionnels et bénévoles de l’action sociale, c’est nécessaire « mais il faut mettre en place l’expression des usagers, regarder les solidarités qu’ils créent entre eux ».

« La question de l’innovation, outre la veille qui est sa condition première, implique souvent de faire un pas de côté ou de déplacer le regard » dit Ph  . Labbé.

 Quelques phrases

La notion de programme est obsolète : tout va si vite qu’on ne sait pas ce qui va se passer dans un an, dans cinq ans. Il vaut mieux parler de projet : notion souple, adaptable.

Qu’on ait la culture du résultat dans le social, c’est normal. Mais l’obligation de résultat est une absurdité.

L’idéologie, c’est la faculté d’apporter des réponses sans avoir écouté la question.

Il faut regarder « les gens » comme des ressources et non comme des problèmes.


 Réflexion sur l’engagement

Toujours de Philippe Labbé, mais piqué sur son blog, cette fois, voici une réflexion sur l’engagement.

L’engagement est le lien de cohérence entre le logos (discours et idées) et la praxis (les activités humaines transformant la réalité).

Pourquoi s’engage-t-on ? Cette question pourrait sembler inopportune tant la réponse spontanée pourrait être « parce qu’on y croit ». Or, là comme ailleurs, il faut raboter l’évidence.

 Intérêt

Tout d’abord, on s’engage parce qu’on y trouve ou l’on y projette un intérêt. Il n’y a rien de plus suspect qu’un engagement précédé d’une formule comme « je n’y ai aucun intérêt » car, outre qu’elle recèle immanquablement un mensonge, une hypocrisie, elle annonce une posture sacrificielle qui, en tout état de cause et sauf pathos, ne pourra perdurer et que la personne fera tôt ou tard payer à celles et ceux pour qui elle s’est « sacrifiée ». Sauf à être suicidaire ou se prendre pour le Rédempteur (mais il y en a déjà eu un), on ne se sacrifie pas et, pour rester en vie, encore faut-il avoir des raisons … un intérêt. L’intérêt est individuel, c’est-à-dire doit bénéficier au Sujet… même s’il est énoncé en termes d’ « intérêt général ». Un homme ou une femme politique qui s’engage pour l’intérêt général, argument communément avancé, le fait parce que cet intérêt général correspond à sa conception individuelle de ce qui justifie l’engagement politique. Autrement dit intérêts général et individuel ne s’opposent pas même si, une fois engagé, le Sujet devra(it) incorporer comme règle de vie que l’intérêt général subordonne (sans les annihiler) les intérêts particuliers.

 Détermination

On s’engage également parce qu’on occupe une position dans le champ social qui influence la vision du monde, les goûts, en un mot : l’habitus. Cet habitus, concept compliqué, peut être compris comme une structure incorporée, comme une identité dynamique, sans cesse en évolution mais avec un socle stable, constitué de sédiments (les origines, la culture…) et des leçons que l’on tire des expériences. L’habitus, qui est à la fois empreinte et détermination (de l’origine de classe, etc.) et choix contingentés, permet d’adapter les rôles sociaux – on n’agit pas de la même façon selon la situation, l’interlocuteur -, influence les choix et stratégies, et conforte la position initiale : chacun sait, sinon objectivement du moins intuitivement, où sont ses forces et ses faiblesses, où s’appuyer et où compenser.

Pour faire simple, on est construit par ses origines et l’on construit par son expérience, produisant des engagements qui, même lorsqu’ils sont exactement à l’opposé de ceux de ses géniteurs, sont déterminés par ceux-ci : la socialisation repose sur les pères et, soit dit en passant, le hiatus majeur de l’actuelle socialisation des jeunes, du moins de nombreux jeunes, est qu’elle est horizontale : c’est une socialisation des pairs, des égaux et des ego… « meilleure » garantie d’un déficit d’altérité.

 Hétéronomie

On s’engage parce qu’on y est contraint de façon hétéronome, par l’environnement. La contrainte est en effet un facteur d’engagement (…). L’exemple le plus immédiat est celui de la crise écologique : a-t-on le choix de s’engager ou de ne pas s’engager face au cataclysme écologique ? On peut certes creuser son trou et s’y enfoncer la tête et le cou mais, outre que la posture recèle des risques postérieurs, ce non-engagement correspond aujourd’hui, par la force des choses, à une démission, à une lâcheté. Autrement dit, le problème n’est plus l’engagement (qui devient la norme) mais le non-engagement.

 Social

On s’engage parce que « on y croit » et que l’on a intériorisé le fait que ce qui est beau, bon et juste ne peut demeurer dans le seul espace privatif, intime. Animal singulier, le Sujet est aussi un animal social, une Personne et, en s’engageant, il devient un Acteur. L’anachorète dépouillé dans sa grotte est exceptionnel. Il n’appartient pas au monde social ou, plus exactement, il croit ne pas y appartenir. Il établit (ou tente d’établir) une jonction entre un moi de l’individuation apuré des scories sociales et un cosmos, abandonnant aux piou-piou le soin de gérer les affaires courantes… Mais, parmi celles-ci, il y a des affaires qui, si elles ne sont pas saisies, traitées, reviendront en boomerang, y compris dans la grotte. L’exemple de la crise écologique est ici également pertinent. C’est le yogi aux mains propres mais sans mains. Son engagement peut être tout-à-fait sincère – ce qui n’est pas synonyme de juste – et s’il ne concerne a priori que lui, il concerne en fait les autres parce que, a-social, il fait reposer exclusivement sur les autres la responsabilité d’un social dans lequel, qu’il le veuille ou non, il est inclus. L’anachorète joue au mistigri : il refile le social au voisin mais le mistigri circule et lui revient. Mauvaise pioche.

 Insatisfaction

On s’engage parce qu’on est insatisfait. L’engagement, par exemple, est à la base de l’éducation populaire qui est une théorie du changement social : vouloir changer l’ordre des choses (dans un sens ou dans un autre, réactionnaire ou progressiste), c’est d’abord constater que celui-ci n’est pas conforme à ce que l’on souhaite et imagine. La question est celle-ci : si l’insatisfaction appelle la critique sociale puis l’engagement pour modifier cet ordre, encore faut-il que cet engagement soit arrimé à un projet, par exemple celui de « faire société ».


NOTES:

(1) En pédagogie, l’effet Pygmalion est une prophétie autoréalisatrice qui consiste à influencer l’évolution d’un élève en émettant une hypothèse sur son devenir scolaire. Le problème est d’importance, car si les enfants des milieux défavorisés réussissent moins bien à l’école que les enfants des milieux favorisés, la cause pourrait ne pas être uniquement liée aux carences de ces enfants et de leurs milieux.

(2) Source : http://plabbe.wordpress.com/