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Gilles Servat

Gilles Servat

C’est le peuple qui parle et c’est votre voix

« Les chanteurs ne sont pas des gens à part. Et ce qu’ils font, tous vous pouviez tous le faire. Si vous ne le faîtes plus c’est qu’on vous a fait taire . Pour vous rendre muets on vous donne des stars » Gilles SERVAT n’est pas une star qui brille seule dans un coin de ciel en regardant les autres de très haut. Dans les coulisses du Théâtre de Verre  , une heure avant le spectacle, l’homme nous reçoit, sympathique, ouvert, détendu, chaleureux. Tignasse bouclée. Au doigt, la bague porte l’emblème irlandais de Claddagh, symbole d’amitié. Gentiment, il répond à nos questions et parle de lui, de la poésie, de l’émotion, des langues vivantes.

Lui ? il est né à Tarbes en février 1945, ses parents ont vécu à Nantes et à ... Ste Reine de Bretagne où sa mère a bien connu René-Guy Cadou, quand il était écolier.Alors, breton, Gilles Servat ? Bien sûr, parce que, pour lui, la Loire-Atlantique fait toujours partie de la Bretagne. C’est pourquoi, par militantisme, Gilles Servat a commencé à apprendre le breton « et puis j’ai continué, pour le plaisir » dit-il. « d’autant plus que j’ai goûté les sonorités du français en apprenant la langue bretonne ». Plaisir que l’on comprend en écoutant son récital, où il mélange le français, le breton, l’anglais et même le gaélique.

Arcturus

C’est d’ailleurs en apprenant le gaélique que Gilles Servat a eu l’idée des « Chroniques d’Arcturus », une épopée mythique, galaxique, gaélique dont le quatrième tome va sortir prochainement. Car ce diable d’homme, en plus d’écrire les paroles et la musique de ses chansons, touche à la peinture et à la sculpture dans « cette maison d’Irlande » qu’il affectionne et où « il entend la nuit les camions fous du vent » rugir au dessus de son lit « Chérissons les instants, qui se meurent aussitôt, et qu’on ne retrouv’ra qu’au cim’tière des photos »« C’est dommage qu’à l’école on ne fasse pas de comparaisons entre les langues. En France, le soleil est masculin et la lune est femme. En Allemagne, soleil est féminin et lune est homme. C’est alors la femme l’astre brillant, qui éclaire la terre. Et ça change tout ! En Irlandais, soleil et lune sont neutres .... Les Chinois ne connaissent pas le verbe « être », il est intéressant de savoir comment ils se débrouillent . En France, nous avons des gens qui parlent de nombreuses langues, non indo-européennes. Et cela induit des façons différentes de penser. Si seulement on pouvait ne pas se rejeter les uns les autres, comprendre qu’il y a des tas de façons de penser, d’exprimer la subtilité de la pensée humaine »« Pourquoi j’utilise une langue plutôt qu’une autre ? Je ne sais pas. Je n’analyse pas. Cela dépend de la personne à qui je m’adresse, cela dépend des émotions du moment. La pratique de plusieurs langues permet d’ouvrir des rimes. En français, amour rime avec toujours. En anglais, glad (heureux) rime avec sad (triste) ».

C’est le peuple qui parle et c’est votre voix
Emotion

Alors, le spectacle ? « C’est une histoire d’émotion entre le public et moi. Le chanteur donne le déclic, et les gens partent dans leur imaginaire. Il y a tellement de pensées qui ne passent pas par le langage. J’ai chanté un jour Retrouver Groix et partir. A la fin du spectacle, des gens sont venus me dire qu’ils avaient retrouvé l’émotion qui avait été la leur ... dans un coin de Savoie que ma chanson sur l’Île de Groix leur a rappelé. Mon imaginaire n’appartient qu’à moi. Ma chanson peut toucher l’imaginaire des spectateurs. La poésie n’est pas dans le sujet, elle est dans le non-dit, dans l’émotion ». Et Gilles Servat cite le poète turc Nazim Hikmet qui est pour lui « une gourmandise de la langue »On sent d’ailleurs, en l’écoutant chanter, qu’il y a le temps des paroles, et le temps de la musique, sans que celle-ci, omniprésente et variée, n’écrase celles-là. Le public ne s’y trompe pas, qui écoute religieusement les textes et ne tape des mains que pour accompagner le rythme musical.

Erika, Erika - voir article Marée noire

La chanson-phare de Gilles Servat, c’est bien sûr La Blanche Hermine qui évoque les combats des Bretons contre les Francs. Elle fut interdite à la radio FR3 jusqu’en 1982. (Récemment elle fut « récupérée » par les lepénistes, ce qui a provoqué une grosse colère de l’artiste ! )

Gilles Servat est toujours « le barde », le partisan des écoles Diwan, l’homme de tous les combats pour l’identité bretonne, et si la véhémence des premières années s’est un peu calmée, c’est parce qu’il a compris que « la sérénité peut être aussi efficace, au service de convictions inchangées » comme dit Roger Gicquel dans « Ar Mor » (novembre 99).

Mais quand l’actualité se fait noire, quand la marée noire « souille les rivages de l’enfance, les amours de vacances et le sable de la mémoire » Gilles Servat sort sa colère intacte :
« un pavillon de complaisance
un armateur digne de confiance,
le bénéfice pour étendard (...)
Ce qu’on ramasse avec nos pelles
naviguait dans une vieille poubelle
pour économiser quelques dollars
Erika, Erika, je n’irai plus chez ton affréteur par hasard ».

« Ou bien les hommes politiques ont baissé leur culotte devant les pétroliers, et ce sont des lâches, ou bien ils ont cru à ce qu’on leur disait, et ce sont des cons » dit-il encore. « Le siècle du progrès s’achève et c’est plutôt sur un cauchemar »

Un territoire d’accueil

Gilles Servat, en 30 ans de chansons, est riche d’une œuvre ne comprenant pas moins de 18 enregistrements discographiques. Le prochain CD va sortir sous peu avec douze ou treize chansons inédites. En 2001 devrait être réédité, à l’occasion du cinquantenaire de sa mort, le disque « Giles Servat chante R.G Cadou »Après avoir joué aux côtés de groupes bretons (An Triskell), avec Alan Stivell et Dan ar Braz, avec le bagad de Lokoal-Mendon, et de nombreux autres musiciens venus de tous les pays celtiques, Gilles Servat se produit maintenant avec de jeunes musiciens : Philippe Bizais (Claviers), Connor Keane (accordéon), Ronn Le Bars (Uillean pipes), Christian Lemaitre (violon), Nicolas Quemeneur (Guitare). Pour notre plus grand plaisir.