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Serge Reggiani, Henri Cartier-Bresson

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 Serge Reggiani

Les hommes politiques croient gouverner le monde mais seuls les artistes le modèlent durablement. Ecrivains, poètes, chanteurs, comédiens, restent dans la mémoire populaire pour des siècles. On oubliera les trémolos d’un Jean Louis Borloo avec sa « cohésion sociale », on oubliera la faconde d’un Jacques Chirac avec « fracture sociale » mais on chantera encore la misère du pauvre Rutebeuf (XIIIe siècle.) ....

_ « Avec pauvreté qui m’atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d’hiver... ».

Jacques Brel, Georges Brassens, Barbara, Edith Piaf, Damia, Fréhel, Claude Nougaro, Yves Montand, Serge Gainsbourg, Léo Ferré, Charles Trenet, Mouloudji, Serge Reggiani (sans oublier Juliette Gréco qui, elle, n’est pas morte) .... leurs chansons continueront à émouvoir, à marquer la mémoire, à guider les actions des hommes et des femmes.

Serge Reggiani est mort le 22 juillet 2004, à 82 ans. Comme d’autres Français célèbres, il était étranger d’origine, arrivé en France en 1930, à l’âge de 8 ans. Son père avait fui l’Italie où montait le fascisme : Serge Reggiani défendra toute sa vie des idées libertaires, contre le racisme, le fascisme, l’atteinte aux droits de l’homme, l’abus de pouvoir et la connerie.

A son arrivée, l’enfant n’est qu’un « rital » : il comprend vite qu’il doit se battre, devient le premier de sa classe, y compris en français (tout en conservant son italien natal). Il pratique la boxe et, à 13 ans, commence un apprentissage de coiffeur, d’où sa chanson « Le barbier de Belleville ».

Mais les hasards de la vie lui font découvrir un Conservatoire   des arts cinématographiques. Il en sortira avec un premier prix de comédie et un second prix de tragédie. Il n’a pas vingt ans. Jean Cocteau le remarque rapidement et lui fait jouer une de ses pièces de théâtre. Mais Reggiani préfère le cinéma et connaît son premier succès dans « Le carrefour des enfants perdus » en 1943. Après le tournage il fuit Paris pour échapper au STO et à son enrôlement dans l’armée italienne.

Après la guerre, on le remarque dans Les Portes de la nuit (Marcel Carné), La Ronde (Max Ophuls) et surtout Casque d’Or (Jacques Becker) en 1952. Il a 30 ans, il tourne alors des rôles de dur, de méchant, dans des histoires qui finissent mal ...

 Boris Vian et les autres

A 43 ans, en 1965, il est incité par Jacques Canetti à se lancer dans la chanson. Son premier disque, qui reprend des textes de Boris Vian, est tout de suite reconnu par le premier prix de l’Académie Charles Cros. L’amour, la tendresse, l’humour parfois vache, l’esprit frondeur et rebelle .... les étudiants de Mai 68 s’y reconnaîtront.

Serge Reggiani alterne ensuite le cinéma, le théâtre, la chanson, la poésie. Il emprunte ses textes à Guillaume Apollinaire, (Le Pont Mirabeau), Arthur Rimbaud (Le dormeur du Val), Charles Baudelaire (La mort des amants), Jacques Prévert (l’effort humain) :

L’effort humain porte un bandage herniaire
Et les cicatrices des combats
Livrés par la classe ouvrière
Contre un monde absurde et sans lois
(...)
L’effort humain n’a pas de savoir vivre
L’effort humain n’a pas l’âge de raison
L’effort humain a l’âge des casernes,
L’âge des bagnes et de prisons
L’âge des églises et des usines
L’âge des canons....

Serge Reggiani enregistre aussi des chansons originales dont le terrible « Les Loups », mais encore des chansons plus tendres dues aux talents de Georges Moustaki, Maxime Le Forestier, Didier Barbelivien, Jean-Lou Dabadie, Serge Gainsbourg et d’autres

Qui ne fredonne pas encore Sarah, Ma Liberté, Ma Solitude, Le Petit Garçon, et Le Déserteur.?

Les années 80 sont endeuillées par le suicide de son fils. Serge Reggiani sombre alors dans la dépression et l’alcoolisme. Cette situation, qu’on pardonne à l’homme aux multiples talents, devrait bien faire réfléchir ceux qui sont prompts à condamner ceux qu’une vie trop dure et sans joie entraîne dans la même maladie.

Serge Reggiani abandonne la chanson, essaie la peinture :

"Et moi je peins ma vie
Polichinelle, à la triste figure,
Je peinturlure...« Il revient enfin sur scène, pour notre grand plaisir, interprétant les Fables de La Fontaine, ajoutant à ses talents de chanteur celui d’écrivain dans »Dernier courrier avant la nuit" : une quarantaine de lettres à ses amis et à son public.

D’un de ses derniers concerts, en Belgique, Karine Cuccia écrira : « Il avait les yeux comme des taches de lune et comme les voyageurs qui ont trop voyagé, des valises sous les yeux et de la pluie dans les valises. Il a chanté l’absence des gens qui s’aiment, qui partent au bout du monde mais jamais ensemble, dont les mains se retrouvent pourtant sur le dos d’un chat qui les aime... ».

Homme blessé, mais toujours battant, Serge Reggiani nous a laissé la tendresse et le goût de vivre, sans cesser de combattre.

« Quand le temps s’arrêtera
Je t’aimerai encore
Je ne sais pas où, je ne sais pas comment
Mais je t’aimerai encore
D’accord ?

Quelques disques : « Intégrale studio », coffret de 13 disques ; « Serge Reggiani chante Boris Vian » ; « La compilation » de deux disques parue en 2002, « Olympia 83 », chez Universal ; « Reggiani 89 » et « 70 balais » chez Tréma.

Ecouter Boris Vian : http://www.deezer.com/fr/boris-vian.html

Ecouter Serge Reggiani : http://www.deezer.com/fr/serge-reggiani.html


Ecrit le 11 août 2004

 Henri Cartier-Bresson

Henri Cartier-Bresson, mort en août 2004, avait offert des photos à « reporters sans frontières » en 1999, en hommage à la liberté de la presse. A cette époque, Robert Badinter écrivait : « Les visages des enfants abandonnés en Inde, en Espagne, en France, les échines courbées des portefaix pakistanais, des dockers grecs, les corps allongés sur le sol des mendiants de Calcutta ou du clochard parisien, disent mieux que tous les discours la douleur de cette immense partie de l’humanité dont la misère est le seul horizon » (...). En contrechamp, la solitude est toujours présente. (...) A observer la cruelle condition humaine, Henri Cartier-Bresson refuse cependant toute désespérance. L’amour est là qui réunit deux amants à New-York dans l’étreinte d’une éternelle jeunesse. Sur ces visages fixés par l’objectif nous découvrons cette mystérieuse flamme u regard humain qui donne à nos pauvres destins, ici-bas, cet horizon infini du rêve symbolisé par ce vol de mouettes planant dans le ciel pour l’éternité. Grâce soit rendue à Cartier-Bresson pour tant de beauté, d’humanité et d’espérance »