Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Texte seul |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Châteaubriant > Culture, expositions, livres, loisirs, spectacles, sports > Spectacles > Une troupe de théâtre, pourquoi faire ?

Une troupe de théâtre, pourquoi faire ?

Ecrit le 8 mai 2013

 A quoi sert le théâtre ?

Le Théâtre Messidor a tenu son assemblée générale annuelle le 18 avril dernier, au moment où se pose la question de son maintien à Châteaubriant. Voici une réflexion intéressante, apportée par Alexis Chevalier. (extraits)

C’est de lucidité qu’il nous faut parler à l’heure de ce rendez-vous annuel que le Théâtre Messidor entretient depuis 17 ans avec vous, membres actifs, adhérents et sympathisants. Une lucidité salutaire, pour analyser la situation de la culture dans son ensemble et les nouveaux positionnements institutionnels d’Etat, de Région ou de Département.

Une lucidité salutaire pour comprendre les évolutions de pratiques culturelles de la population, tant dans sa participation décroissante aux propositions artistiques spécifiquement théâtrales qu’à sa recherche croissante de divertissement au travers de spectacles plus accessibles et moins exigeants.

Une lucidité salutaire pour reconnaître que la crise qui sévit sur l’ensemble de l’économie, loin d’épargner le secteur artistique l’affecte au plus haut point et provoque une hémorragie considérable parmi les intermittents du spectacle.

Enfin, une lucidité salutaire pour nous convaincre que la politique d’implantation et de présence du Théâtre Messidor sur le territoire, nous permet d’être encore en activité même si la marge de manœuvre est aujourd’hui réduite à sa portion congrue.

 La question de la création

Alexis Chevalier, Christine Maerel

L’action du Théâtre Messidor dans l’ensemble de ses activités auprès des populations locales n’a de sens que dans l’équilibre trouvé avec la réalisation de créations professionnelles : la démarche de création est le moteur essentiel de l’existence du Théâtre Messidor. Ainsi depuis 17 ans, les œuvres classiques ou contemporaines se sont succédé : Cet été en décembre de Pierre Joffroy, Ubu Roi d’Alfred Jarry, La base de Jean-Bernard Pouy, les deux spectacles sur René Guy Cadou, Dom Juan de Molière, Candide d’après Voltaire ou A m’Aime la Terre d’Alexis Chevalier. Elles ont servi d’axe artistique et de raison d’être de notre théâtre dans sa démarche vers le monde amateur, tant en formation qu’en réalisation de spectacles collectifs avec l’ensemble de la population.

A raison d’une création professionnelle tous les 2 ou 3 ans, le Théâtre Messidor a ainsi mené une action riche et cohérente dans sa démarche artistique et dans sa mission d’animation culturelle.

Mais, à l’occasion de cette Assemblée Générale 2013, il faut reconnaître que depuis la saison 2009/2010, malgré une activité toujours aussi abondante sur le plan local : spectacles d’été, spectacles de Noël, évocations artistiques à la Carrière des Fusillés, ateliers de formation en milieu scolaire, accompagnement de troupes amateurs entre autres, nous n’avons plus les moyens de produire de nouvelles créations professionnelles. Prendre le risque aujourd’hui de mettre en scène un nouveau texte, c’est engager 30 ou 40 000 euros dans une aventure dont on ne peut maîtriser ni la diffusion à court terme, ni l’exploitation dans le temps.

Les politiques de soutien à la création sont devenues drastiques et la recherche d’aides et de financements est un véritable parcours du combattant : montage de dossiers de plus en plus complexes, pré-achats obligatoires, partenariats avec des structures de diffusion régionales exigés, passage devant des commissions d’attributions disposant de moins en moins de moyens financiers, exigences de plus en plus grandes de ces « experts » quant aux formes proposées et à la recherche de contenus plus spectaculaires. Ajoutons à cela que l’orientation affirmée du Théâtre Messidor sur une parole de plus en plus engagée ne facilite en rien l’adhésion de ces décideurs à quelque niveau que ce soit.

Face à ce constat et à cette réalité et parce que nous ne souhaitons pas endetter la structure « Théâtre Messidor » en nous imposant des conditions de création trop contraignantes, nous avons choisi de surseoir à la mise en chantier d’une nouvelle aventure professionnelle pour 2011, 2012 et aujourd’hui pour 2013. Ce report d’échéance peut bien sûr se concevoir pour traverser une ou deux saisons plus délicates, mais force est de constater que depuis 2010, nous n’avons pas eu la possibilité de réunir les conditions nécessaires à la réalisation d’un nouveau projet et à ce jour, les perspectives d’une nouvelle production ne se font pas jour.

Par honnêteté envers nos engagements statutaires, nous devons nous poser cette question du sens de la démarche du Théâtre Messidor. Et cette question nous concerne bien sûr tous, car, loin de vouloir rompre l’action ou les actions vers les projets amateurs, c’est une dimension fondamentale de notre démarche qui est en jeu, celle de la nourriture artistique qui alimente l’ensemble de notre activité théâtrale. Encore une fois, il s’agit bien de repréciser que la crise est prioritairement d’ordre financier et partant d’une politique globale de restriction culturelle, mais l’inspiration ou le désir de création ne sont en rien affectés ni amoindris. Juste une profonde frustration.

Alors cette crise que nous traversons est-elle utilisable comme nourriture de parole et paradoxalement porte-t-elle en elle les ressorts de la création ? C’est dit-on dans les périodes les plus dures de notre histoire que les œuvres les plus fortes, les plus essentielles ont vu le jour. Nous faut-il encore une saison, traverser le désert vaille que vaille et espérer que 2014-2015 sera porteuse de renouveau ? Nous faut- il réfléchir à nos engagements profonds et prendre le risque coûte que coûte d’un nouveau projet ? (Ce que nous nous sommes toujours refusés à faire depuis la création du Théâtre Messidor en 1982 !).

Nous faut-il ensemble réagir et réfléchir aux moyens d’actions à mettre en œuvre pour garder le sens de toute notre démarche ? Voilà quelques questions lucides et salutaires qui se posent aujourd’hui au Théâtre Messidor.

 La gravité de la situation

Si la culture, si la création doivent être sacrifiées sur l’autel de la crise et du divertissement, nous sommes en droit de nous demander ce que deviendra demain cette action culturelle et artistique que le Théâtre Messidor (comme de nombreuses troupes de théâtre dans toutes les régions de France, comme de nombreux comédiens et comédiennes professionnelles) a développée depuis 17 ans, ici sur le Pays de Châteaubriant  .

Il nous faut cette lucidité et cette vigilance pour mesurer au mieux la gravité d’une situation à la fois globale et spécifique à notre théâtre, et chercher les moyens, s’il en est, de redonner sens à la présence du Théâtre Messidor, troupe professionnelle, pour pouvoir prolonger autant que faire se peut cette mission d’animation culturelle et de création artistique si riche depuis 17 ans qui prendra toute sa mesure dans le beau livre que nous mettons en chantier et qui paraîtra à l’automne 2014 [Ndlr : reprenant tous les spectacles faits depuis 1996 et les quelque 850 personne qui y ont participé)

Pour conclure ce rapport moral et nous inspirer des aînés qui peuvent éclairer nos doutes et nos difficultés parfois, permettez-moi deux citations :

La première d’Auguste Rodin :
« L’Art, c’est la plus sublime mission de l’homme puisque c’est l’exercice de la pensée qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre »

La seconde est d’André Gide dans Poétique :
« L’Art commence à la résistance : à la
résistance vaincue. Aucun chef d’œuvre humain qui ne soit
laborieusement obtenu. »

Signé : Alexis Chevalier


Ecrit le 24 septembre 2014

 Je l’ai vécu dans une autre vie

Une nuit de petites musiques, et la rencontre fortuite de deux personnages : une femme qui a vécu plusieurs vies, un comédien qui passe son temps à jouer la vie des autres. Se rencontreront-ils vraiment ? Ce spectacle poétique et philosophique, est en préparation par le Théâtre Messidor.

Autre projet : une coopération artistique et culturelle avec Nabi Saleh (Palestine) où, tous les vendredis, la population manifeste auprès de la source qui leur a été volée par les colons israéliens. Il s’agira d’un conte en français et en arabe, joué par des adultes et des enfants avec le concours des Céméa. Si des jeunes de Châteaubriant veulent jouer, qu’ils s’adressent au 02 40 81 02 81 (Messidor).

En préparation aussi : l’évocation artistique du 73e anniversaire de la Sablière, sur le thème « Libres et dignes » avec Claudine Merceron.