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Commerce : il y a de tout chez Martine à Erbray

Chez Martine Bernard

Ecrit le 4 juin 2008

Martine Ber

Comment passe-t-on de la Grande Distribution au Petit Commerce ? C’est la question que nous nous sommes posée en allant rencontrer Martine BERNARD qui tient le magasin Proxi à Erbray.

« Grande Distribution » : l’expression est habituelle. Elle est simplement liée à la surface des locaux et au volume des produits vendus mais, souvent, elle n’est pas synonyme de service rendu et de meilleure qualité que les Petits Commerces.

Au cœur du bourg d’Erbray, face à La Poste et à la Pharmacie, Martine Bernard offre 180 m² de surface de vente. Seule ? Non, car son mari donne un coup de main et les enfants, à l’occasion, mettent leurs compétences à disposition. Mais c’est tout de même un long temps de présence, tous les jours de 8 h à 13 h et de 15 h à 19h30, y compris le dimanche matin. Seul jour de congé : le mercredi, jour de marché à Châteaubriant.

« Mais vous savez, j’ai l’habitude : à Intermarché je n’avais que le dimanche » dit-elle en souriant.

Caissière à 17 ans

1971, Martine a 17 ans. Après son BEPC elle entre à Intermarché, dans le magasin face au château de Châteaubriant (là où se trouve maintenant le Centre Communal d’Action Sociale). A cette époque-là on avait encore la chance de trouver un emploi à temps plein dans le commerce.

« J’étais caissière au début, puis j’ai fait un peu de tout : manutentionnaire, gondolière, pour finir responsable du rayon crèmerie. Jusqu’à 1998, le travail me plaisait bien. Puis est arrivée une directrice, Mme H, qui a dégoûté tout le monde. Il fallait faire du chiffre, du chiffre, sans aucune considération pour personne. Il n’y avait plus d’horaire. Nous avions réunion tous les lundis matin, nous étions à l’heure, mais la direction nous faisait attendre à la porte et alors nous finissions bien après l’heure de midi. J’ai eu le malheur de dire, un jour, que mon mari m’attendait pour rentrer à Erbray. Elle m’a répondu sèchement que j’avais bien les moyens de me payer une autre voiture ».

Liberté

C’est alors que s’est présentée une opportunité : la commune d’Erbray a construit un magasin de proximité. « M. Piaut, de Lusanger, en était le gérant. Je n’ai pas hésité à être salariée. J’ai fait l’ouverture de la supérette, cela fait 10 ans, et je ne le regrette pas, parce qu’il m’a fait confiance ».

Bien sûr Martine faisait alors davantage d’heures qu’à Intermarché. « Mais ce n’est pas pareil. J’étais plus libre. Personne sur le dos. Libre de bien travailler et de satisfaire les clients. J’avais des comptes à rendre, mais j’étais moins stressée ».

On peut dire que Martine Bernard a créé sa clientèle, par son amabilité, son sourire. « Je ne comptais pas mes heures, j’aimais mon travail. Là-bas nous avions des heures pour commencer, pas pour finir. Ici les horaires sont réguliers et les clients me témoignent de la reconnaissance pour les services que je rends ».

C’est pourquoi, en 2003, quand M. Piaut a cessé sa gérance, Martine Bernard n’a pas hésité à reprendre le magasin à son compte, tout d’abord en location- gérance puis en rachetant le fonds de commerce. « La vente, les commandes, la mise en rayons, le ménage … ce n’était pas un problème pour moi. J’en avais l’habitude ».

Dur

Cependant, en 2008, Martine Bernard trouve que le commerce est plus dur. Elle est rejointe en cela par beaucoup de petits commerçants qui constatent, ces derniers mois, une baisse sensible de la consommation des ménages. « Les gens n’ont plus d’argent » et le carburant est très cher. Ce coût élevé de l’essence conduira-t-il les clients à raréfier leurs emplettes à Châteaubriant ?

Le magasin Proxi dépend du groupe Carrefour. Les produits qu’il propose sont parfois un peu plus chers que dans les grandes surfaces, mais de peu. Cela ne vaut pas le coup de prendre une voiture pour aller loin.

« Et puis, tout le monde n’a pas de voiture. Les femmes seules avec enfants, les personnes âgées, sont contentes de trouver plein de choses chez Proxi ». Martine Bernard s’adapte aux désirs des clients. C’est pourquoi son magasin, bien aéré, est riche de diversité. Albums de coloriage, fleurs naturelles, journaux, parfum, collants, papier de verre, fil, graines, terreau, en plus des conserves, produits laitiers, fruits et légumes. La Charcuterie des Fours à Chaux, toute proche, propose ses produits. Le pain vient du Grand Auverné, le vin vient de La Cave … Tout cela exige une bonne gestion des stocks.

« Le mardi je suis livrée " en sec " , le lundi et le jeudi en produits frais, par un producteur de Guer ». Il faut faire la mise en rayons, adapter les étiquettes, tenir les comptes. Pas de quoi chômer. Mais Martine ne le regrette pas. « S’il me fallait travailler maintenant dans une grande surface, je sais que ce serait à temps partiel, avec des horaires hachés, des frais d’essence importants et une forte pression de la Direction ». Martine n’a pas besoin qu’on lui mette la pression pour faire son travail convenablement !

« Et puis j’ai de la chance, mon mari prépare les repas. Quand j’arrive à la maison, après la fermeture du magasin, tout est prêt » dit-elle.

« Pour les fêtes j’essaie de proposer des produits qui sortent de l’ordinaire ». On sent bien que Martine se mettrait en quatre pour répondre aux désirs. Elle assure les photocopies, l’envoi de fax, les mobicartes de téléphone et elle est « point-relais » du Crédit Agricole et du Crédit Mutuel (cette dernière banque a fermé récemment son agence d’Erbray). « Sur demande, mon mari livre les commissions, par exemple aux personnes âgées qui ne peuvent plus se déplacer ». C’est assurer un lien social sans lequel on ne peut pas vivre correctement.

Sympa

« Ici vous savez, les clients sont sympas. Quand je suis occupée à servir de la charcuterie, je ne peux pas tenir la caisse. Mais les gens attendent, patiemment ».

Et quand il y a peu de monde (c’est rare), les gens discutent. « Dans les grandes surfaces les clients sont anonymes. On n’a pas le temps de les écouter. Ici on me dit que je suis la psychologue d’Erbray ! ». Les clients parlent de leurs petits et de leurs grands malheurs, mais il parlent aussi du jardin, et de la politique, et de la vie qui augmente...

A l’époque où on parle d’ouvrir les grands magasins le dimanche, pour permettre aux clients de promener leurs caddies, le Proxi d’Erbray montre qu’il y a toujours de l’avenir pour le « petit commerce ». C’est rassurant.

BP

 

 

C’est pas dans les p’tits commerces qu’on trouverait du poulet à l’eau de Javel !