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Illettrisme et destin social :
l’ABC de la violence
Pour Alain Bentolila, (1) professeur en sciences du langage ? la Sorbonne, l’illettrisme est un facteur grave d’exclusion. Conseiller scientifique de l’Observatoire national de la lecture, Alain Bentolila insiste, en effet, sur le probl ?me d’un illettrisme qui n’est pas seulement la difficult ? de lecture ou de mal ?crire mais qui se transforme en blocage dans les rapports avec les autres. Avec l’illettrisme, les jeunes sont enferm ?s en eux-m ?mes, n’ayant pas de mots pour dire le monde, il ne leur reste plus que la violence physique ou le vandalisme qui saccage et d ?truit les choses dont on ne sait rien.
Alain Bentolila d ?clare : " depuis 1990 nous avons ?valu ? chaque ann ?e les performances en lecture de plus de 350 000 jeunes gens de nationalit ? fran ?aise ?g ?s de 18 ? 23 ans. En 1995, les r ?sultats sont les suivants :
– 1 % des jeunes adultes sont analphab ?tes : ils ont des difficult ?s majeures pour lire ou ?crire des mots simples et fr ?quents
– 3 % ne d ?passent pas la lecture d’un mot simple isol ?
– 4% sont limit ?s ? la lecture de phrases simples isol ?es
– 12% ne sont capables que de tirer quelques informations d’un document
– 80 % ont la capacit ? de lire un texte de fa ?on approfondie. « Cette enqu ?te, men ?e avec la Direction Centrale du Service National, concerne les jeunes gens, ? l’exclusion des jeunes filles. Mais il y a tout lieu de penser qu’il en serait de m ?me pour les jeunes filles. Depuis 1990, les chiffres obtenus chaque ann ?e n’ont vari ? que dans des proportions insignifiantes. » De fa ?on constante, on peut ainsi affirmer que 8 % des jeunes adultes fran ?ais, quel que soit leur niveau de scolarit ? et de dipl ?mes, sont incapables d’affronter la lecture d’un texte simple et court. Ils constituent une masse importante d’illettr ?s, qui ne pourront pas lire un article de journal, comprendre les d ?tails d’une convocation ou d’un document administratif, suivre un mode d’emploi ou bien encore se servir d’un plan ou d’un tableau. " (NDLR : ce pourcentage de 8 % nous para ?t bien faible !)
Par ailleurs, on peut constater que 29 % des d ?tenus francophones connaissent de s ?rieuses difficult ?s de lecture. Cela ne signifie pas que l’illettrisme m ?ne tout droit en prison, mais force est de constater que ce handicap accompagne la d ?linquance et la marginalit ?
Enfin remarquons que plus de 35 % des allocataires du RMI ne peuvent pas lire les documents les plus simples. « Comment imaginer alors qu’ils puissent tirer le moindre profit des stages destin ?s ? les ins ?rer dans la vie sociale et professionnelle. » dit M. Bentolila.
Illettrisme et insertion sociale
Les ?tudes internationales montrent que la pauvret ?, le ch ?mage, les conditions de vie accompagnent de fa ?on constante l’illettrisme chez les jeunes adultes et les moins jeunes. « Dans la population de jeunes ch ?meurs, 36 % seulement sont de bons lecteurs alors que les bons lecteurs constituent 80 % de la population g ?n ?rale. »
« L’enqu ?te que nous avons men ?e sur un ?chantillon repr ?sentatif d’allocataires du RMI est encore plus accablante : 45 % des personnes qui n’ont jamais travaill ? sont illettr ?es. Les chiffres tombent ? 20 % pour celles qui ont eu un travail stable. » dit M. Bentolila.
Enfermement et violence
L’illettrisme n’est pas seul responsable de l’exclusion culturelle et sociale, ni des flamb ?es de violence qui secouent ?pisodiquement certaines banlieues. Pourtant, dans la mesure o ? il est « enfermement linguistique. » , l’illettrisme ferme toute issue ? l’agressivit ? et ? la violence. M. Bentotila explique en effet que :
« La communication entre deux personnes, ? l’ ?crit et ? l’oral, ’’s’inscrit dans un espace et un temps de n ?gociation et invite naturellement ? un comportement de compromis : j’ai conscience que l’Autre ne sait pas tout ce que je sais, n’a pas v ?cu tout ce que j’ai v ?cu.’’ . La communication oblige ? choisir et organiser les informations ? donner ? l’Autre, ? ?couter et respecter ce que l’Autre cherche ? me dire : la parole, la Langue, est un moyen d’arbitrage. » A l’oppos ?, la « langue r ?duite » orale et ?crite, se r ?v ?le incapable de construire des ponts vers les autres : elle s’annonce d’embl ?e comme un instrument d’interpellation et d’invective, elle banalise l’insulte, elle annonce le conflit plus qu’elle ne le diff ?re, elle n’offre aucune perspective d’ouverture et de n ?gociation. « » d ?tourn ?e de sa fonction d’ouverture et d’analyse, priv ?e de son r ?le de r ?gulation des affrontements priv ?s ou publics, cette langue r ?duite laisse le devant de la sc ?ne aux porte-parole, entremetteurs et donneurs d’ordres auxquels leur ma ?trise du langage assure une emprise politique, sociale et spirituelle (...) la langue des illettr ?s n’autorise pas ? interroger ni ? mettre en cause les mots d’ordre d ?finitifs et les principes explicatifs pr ?sent ?s comme universels « M. Bentolila ne pr ?tend pas que l’illettrisme seul est ? l’origine des id ?ologies les plus r ?actionnaires, des croyances les plus int ?gristes, mais il affirme » qu’un citoyen qui ne sait pas, gr ?ce ? la Langue, prendre une distance propice ? la r ?flexion et ? l’analyse, sera particuli ?rement perm ?able ? des discours qui pr ?tendent apporter des r ?ponses simples, imm ?diates et d ?finitives.. "
Probl ?mes de l’ ?cole
Ces r ?flexions posent, encore et toujours, le probl ?me de l’ ?cole : ? l’entr ?e au coll ?ge, 12 ? 15 % des enfants se trouvent en difficult ? s ?rieuse de lecture et 94 % des ?l ?ves qui sont en difficult ? en Sixi ?me le seront encore en Troisi ?me. « Dix enfants sur 100 vont ? l’ ?cole pendant plus de 10 ans et ne savent pas lire un texte court et simple. Dix autres peinent pour en tirer les informations les plus ?videntes. » . Et il ne faut pas croire que, une fois devenus « grands », ils pourront comprendre, par miracle, une lettre d’injonction des allocations familiales ou remplir la fiche d’observations que leur employeur (s’ils en ont un) leur r ?clamera.
Ce constat ?tant fait, il reste ? savoir comment y porter rem ?de. De nombreuses ?coles ou coll ?ges, de nombreux instituteurs et professeurs s’y essaient r ?guli ?rement, avec bonne volont ? et en employant toutes sortes de m ?thodes, des plus traditionnelles aux plus modernes. Force est de constater que nul n’a trouv ? LA solution, pas plus en France qu’ailleurs, tant les causes de l’illettrisme sont vari ?es et personnelles, quasiment « intimes. » pourrait-on dire.
Des enfants en ?chec scolaire , M. Bentolila dit : « Lorsqu’ils sortent de ce couloir o ? ils n’ont appris que la frustration, la rancune et le repliement, ils sont promis au ghetto et ? l’enfermement linguistique. Ils ont d ?j ?? renonc ? ? exercer ce pouvoir propre ? l’humain, de transformer les autres et soi-m ?me par l’exercice pacifique de la langue orale ou ?crite. Plus s’affirme la conscience de l’ ?chec, plus lourd p ?se un d ?couragement qui engendrera la r ?volte et la violence. »
On peut (et on ne peut pas) accuser la famille, l’ ?cole, la soci ?t ?, la t ?l ?vision , le manque de motivation et tout ce qu’on veut. Mais nul n’a trouv ? le moyen d’assurer ? tous le minimum d’ ?ducation et de compr ?hension n ?cessaires pour affronter la vie dans de bonnes conditions.
Ce n’est pas une raison pour ne pas essayer.
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Les d ?tresses sociales et professionnelles ne sont pas cependant les causes directes de l’illettrisme : on n’est pas illettr ? parce qu’on est pauvre, on n’est pas illettr ? parce qu’on est ch ?meur.
Par contre la s ?v ?rit ? de la pauvret ? et la dur ?e du ch ?mage sont beaucoup plus importants chez les illettr ?s et vont croissant avec le degr ? d’illettrisme.
Ecrit le 10 ao ?t 2005 :
Lire et faire lire
L’UDAF de Loire- Atlantique pilote en Lore-Atlantique, en lien avec la F.A.L. (f ?d ?ration des Amicales la ?ques), et pour la sixi ?me ann ?e cons ?cutive, la campagne interg ?n ?rationnelle de lecture « LIRE ET FAIRE LIRE », destin ?e en priorit ? aux enfants des classes du Cycle 2, de toutes les ?coles primaires ; une extension du programme est possible en Cycle 1 et Cycle 3.
Des s ?ances de lecture sont ainsi organis ?es, une ou plusieurs fois par semaine, durant toute l’ann ?e scolaire : des b ?n ?voles vont lire et faire lire ? des petits groupes de 2 ? 6 enfants, dans une d ?marche ax ?e sur le plaisir de lire et la rencontre entre les g ?n ?rations.
Des ?tablissements, tant publics que priv ?s, ont d ?j ?? inscrit cette initiative dans leur programme p ?dagogique 2005-2006. Les autres ?coles int ?ress ?es qui souhaitent se renseigner ou exp ?rimenter LIRE ET FAIRE LIRE voudront bien se faire conna ?tre en appelant le 02.51.80.30.06 ou au n ? Indigo : 0 825 832 833 . Il en est de m ?me des futurs lecteurs et lectrices b ?n ?voles.

