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La femme, de 1900 à 1970

Ecrit le 27 mai 2009

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 De la soumission à l’émancipation

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Ce couple de « Mariés 1900 » évoque la plupart des couples qui se succéderont jusqu’à la seconde guerre mondiale. La vie de la femme est alors marquée par la soumission…. Ils ont dit « OUI », d’abord devant M. le Maire « pour le meilleur et pour le pire ! ». A l’église, M. le curé leur a fait lecture de St Paul : « Femme, soyez fidèle et soumise à votre époux »… Le meilleur et le pire sont à venir, c’est le lot de tous les couples, avec des variantes cependant suivant la situation matérielle de chacun, et si la femme a toute sa place à la « maison ». Car, si la jeune épousée y trouve une belle-mère, alors, dans bien des cas c’est le pire qui est à vivre, elle risque fort de devenir la domestique, cantonnée aux travaux de la ferme.

Dans le secret du confessionnal on lui a dit « ce péché (celui de la « chair »), je vous le permets mais uniquement pour avoir des enfants ! »… Mais quand, tard le soir, elle rejoindra son mari déjà au lit, il lui faudra encore être soumise, malgré sa grande fatigue… En l’absence de méthode contraceptive, les enfants (et les fausses couches) vont se succéder. Elle ne doit pas se plaindre, c’est le lot de beaucoup de femmes. On lui a aussi appris, qu’ainsi, elle était fidèle à la loi du créateur de l’univers qui a dit au premier couple : « croissez et multipliez-vous ! »…

Après la guerre de 14-18, la pression sera encore plus forte car elle devra alors enfanter pour la patrie, comme en témoigne ce bulletin paroissial de 1923 : « Quand les familles chrétiennes se multiplient dans un peuple, la nation s’élève, elle devient forte et prospère ».

A cette femme qui a eu trois fils en trois ans, le curé dira « Madame, c’est très bien, nous travaillez pour la France »

Mais certaines femmes passent outre cette morale et s’adressent à leur pharmacien. C’est le cas de celle-ci qui envoie un petit billet, par le canal de son fils se rendant à l’école : « Monsieur, je viens vous demander un petit service. J’ai une huitaine de retard et je crois être enceinte. Je vous demande de me faire des cachets pour faire partir. J’ai la matrice tombée et, mes enfants je les porte avec un anneau, ça me fait tellement souffrance ! »… Une autre femme : « Il y a un an vous avez donné pour moi, à mon mari, des potions excellentes. Cela fait trois semaines que je n’ai rien vu. Veuillez me donner ce qu’il y a de plus actif ! »

 Travaux de la maison et des champs

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Il en a fallu de la santé et du courage à la paysanne. Elle devait se lever tôt, attiser le feu et mettre la marmite sur le feu. Ensuite, traire les vaches, écrémer le lait, faire les tartines pour les enfants et les réveiller pour aller à l’école. Alors, seulement, elle aura droit de se mettre à table. Pour elle s’annonce une journée de dur labeur, surtout si les travaux des champs sollicitent sa présence.

Au fil des saisons, elle va effectuer l’épandage du fumier, la plantation des patates, des betteraves, des choux. Elle va biner, sarcler, mais encore faire les foins, faner à la fourche et participer aux travaux de moisson longs et pénibles….

Lorsque arrive l’automne, il lui faut assurer la récolte des pommes de terre, effeuiller et arracher les betteraves qu’il faudra ensuite jeter dans le tombereau. Pour nourrir les vaches et les bœufs, elle va ramasser des feuilles de choux avec comme seules chaussures, des sabots de bois (par temps de pluie, la terre humide adhère aux sabots qui deviennent très pesants). Il reste à récolter les pommes à cidre et celles qui seront vendues et expédiées aux confitureries…

Pendant la guerre de 14-18, en l’absence d’hommes valides, la femme prend les bras de la charrue et laboure avec les bœufs et effectue bien des travaux jusque là réservés aux hommes. La plupart des travaux cités impliquent de l’effort mais surtout de la pénibilité. De longues heures durant à travailler le dos courbé en deux.

 On lave le linge sale en famille

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C’est jour de lessive, l’occasion de laver son linge sale en famille mais quelle corvée quand on pense que les lavandières faisaient ce travail à peu près tous les jours… Dans cette grande famille, les filles aînées mettent la main à la pâte et décrassent le linge préalablement « bouilli » dans la chaudière. Que de seaux d’eau il a fallu transporter ! La maman, robuste paysanne, vient de quérir l’eau au puits, avec ses deux baquets en bois (lourds de toute l’eau imbibée).

Le rinçage au douë

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Après avoir été ébouillanté, décrassé et savonné, le linge est conduit dans une brouette au douë (lavoir) du village pour y être rincé… Les lavandières peuvent s’y retrouver à plusieurs, chacune s’installe à genoux dans la boite protectrice des projections d’eau. Elle déploie le linge dans l’eau, l’agite et l’essore, le plie en un paquet sur lequel elle s’acharne avec son badra (battoir). Et tape ! Et tape ! Et tape ! Elle dormira mieux ce soir. L’opération terminée, elle revient à la maison et étend le linge sur le fil ou la haie (taillée) pour le petit linge….

Les lavandières aimaient se retrouver au lavoir. C’était l’occasion d’échanger, de parler des « nouvelles » et de se délier la langue !… « As-tu su que la fille d’un tel attend un gosse ? Non ! Si c’est pas malheureux, mais qui cé l’père ? » Et ainsi on lavait aussi le linge des autres et le temps passant, on sentait moins sa peine.

Qu’elles sont admirables ces femmes qui, tout en ayant beaucoup travaillé, ont su et pu élever une grande famille. Transmettre des valeurs basées sur l’effort, le respect des autres et une certaine morale. Beaucoup d’entre elles auraient bien mérité être béatifiées. Mais les princes de l’Eglise ont toujours eu de la défiance pour les « filles d’Eve ». A leurs yeux, seule compte leur propre mère. Il n’y a guère que l’Etat qui leur manifeste de la reconnaissance … en leur offrant des médailles

 Relevailles

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Eau-forte d’Olivier Perrein, début du XIXe siècle - extrait du livre « Femmes de Bretagne » d’Alain Croix - page 51

Très longtemps, une coutume fut de rigueur dans l’Eglise : après chaque naissance, la maman devait se rendre à l’église pour une courte cérémonie de purification appelée « les relevailles ». Celles-ci signifiant sa réintégration. Et sa pureté retrouvée.

 Un bon joug

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Il arrivait parfois que la femme aide son mari aux travaux de labour, comme c’est le cas avec cette représentation où l’on travaille en « couple ». Dans ce cas, il peut s’agir de bœufs (ou de vaches) à peine dressés et qui n’obéissent pas à l’ordre du laboureur pour tourner au bout du champ… Ou alors, le mari ne peut se passer de sa femme, il a besoin d’elle en de nombreuses circonstances. Dans ce cas, c’est elle qui « porte la culotte »… Mais la femme peut avoir un mari tyrannique, qui en fait « une bête de somme »…

Dans le meilleur des cas, ils sont tous deux en parfaite osmose et ne peuvent vivre l’un sans l’autre… Il est une expression qui a fait long feu : « Ils font un bon joug » ou « Ils sont bien appareillés ! » Allusions faites au couple de bœufs qui doivent fournir ensemble le même effort…

 Libération

Après la guerre de 1939-1945 (comme après celle de 14-18) les jeunes qui n’avaient pas vraiment vécu ont ressenti le besoin de décompresser. Les Libérateurs avaient apporté avec eux un « vent » de liberté et leur musique moderne a contribué à faire tourner bien des têtes. Mais les bals demeuraient interdits par les gens d’Eglise qui redoublaient de sermons moralistes auprès des jeunes. L’Eglise janséniste de ce temps est demeurée longtemps drastique et obsédée par l’idée du corps considéré, depuis Adam et Eves, comme le vecteur du mal. Seule l’âme compte.

Pourtant, en 1942, les femmes « avisées » ont la possibilité de réguler leurs grossesses. Un homme d’Eglise a rédigé, à leur intention, un ouvrage dans lequel il instruit la femme sur le fonctionnement de son cycle menstruel (méthode Ogino, du nom du médecin japonais auteur de cette découverte). Mais dans cet ouvrage, que de références à la faute mortelle ! Aucune ne fait allusion à l’amour dans le couple.

 Mariés de 1930

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Quel contraste entre les deux photos de mariés : ceux de 1900 et ceux de 1930. Sur la deuxième, la mariée est en robe blanche, c’est un signe de virginité (il y a au moins 10 ans que la mariée est en blanc). Avant son mariage, la future épousée va « passer » à confesse et assurer qu’elle est vierge.

Si elle avoue être enceinte alors le couple devra se présenter, le matin, à l’église pour y être marié. Il entrera par une porte secondaire et la mariée n’aura pas le droit de porter la robe blanche et ils n’auront pas droit aux cloches ! S’il est parfois arrivé qu’un enfant naisse avant terme, c’est bien sûr un petit prématuré !…

Malheur à la pauvre jeune fille qui fait un bâtard. Alors on va chercher à la marier vite fait et pas toujours de son plein gré. Sinon, elle risque d’être considérée comme une fille de mauvaise vie et elle aura peut être du mal à trouver un mari.

 Emancipation

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Cette jeune femme moderne est élégante et nature. Comme la plupart de ses con-sœurs elle a sans doute bénéficié, après sa scolarité, d’une formation d’enseignement ménager et peut être participé aux rencontres   de la J.A.C. A cette occasion elle a pu rencontrer des jeunes gens auxquels on a, entre autres, appris à respecter la femme. Les cours d’enseignement ménager, les cours d’hygiène, lui ont montré comment faire des repas variés et équilibrés… comment bien nourrir un bébé … mais encore comment confectionner des vêtements, faire de jolies robes….

« On voit qu’il existe une école ménagère au pays, dit un jour le pharmacien du bourg, les enfants sont mieux nourris, les jeunes mamans m’achètent même des yaourtières et il n’y a pratiquement plus d’enfants à mourir en bas âge ! ».

Cependant certains pères de famille n’étaient pas favorables à cet enseignement qu’ils considéraient comme une perte de temps. Mais les menus améliorés et le dessert apparu sur la table, ont bien contribué à faire « avaler la pilue »

La jeune femme des années « 50 » s’émancipe. Elle n’accepte plus les conditions de vie de la génération précédente, elle va à l’essentiel et préfère vendre le lait à la laiterie et acheter le beurre. Elle ne veut plus s’échiner à pétrir le pain, elle l’achète.

Cette génération remet en question bien des façons de travailler et de vivre, ce qui provoque parfois des jalousies et des critiques…. Lors d’une réunion, une dame patronnesse tint ces propos : « On voit bien que les femmes de la campagne ne veulent plus travailler, il leur faut même l’eau sur l’évier ! ». La fermière ainsi visée habitait près du bourg, le couple venait d’installer une moto-pompe et d’acheter un lave-linge…

Les réactions avaient trait, parfois, à la tenue. Une jeune femme du bourg osa cette comparaison : « maintenant on ne reconnaît plus les filles de la campagne d’avec celles du bourg ! ».

 Régulation

La femme de cette génération souhaite avoir des naissances désirées. Elle n’hésite pas à en discuter avec son médecin. L’aumônier, qu’elle a l’occasion de rencontrer lors des entretiens préparatoires au mariage, lui a conseillé un ouvrage (réalisé par un médecin) où il est question de « méthode des températures » qui serait plus fiable que celle d’Ogino. Cet ouvrage met en valeur le couple dans son essence même : l’homme et la femme vivent un amour responsable. Ainsi, elle va pouvoir réguler ses naissances et s’assurer une vie de famille plus sereine

Une jeune femme, venant de faire la traite mécanique déclare : « J’aime ce métier, dit-elle, mais je ne suis pas au service de l’homme ou de l’exploitation. J’aspire à vivre autre chose… Je refuse la ségrégation féminine et je veux qu’on me reconnaisse le droit d’exister par moi-même ». La femme de cette génération prend ses distances vis à vis des positions moralistes qui relèvent de sa vie intime, de sa vie de couple. Elle préfère s’en référer à sa conscience.

Désormais rien ne sera plus comme avant. La femme n’acceptera plus la soumission, d’où qu’elle vienne. Si nécessaire, elle brisera les liens de servitude pour reprendre sa liberté. S’il en était ainsi souhaitons-lui que cette fois ce soit pour le meilleur.

 

Valérie Lefeuvre

 

Crédit photos :
- Le cri des Paysans de P.Collombert (1970)
- Le Grand Fougeray de J.Blain
- Derval : vie rurale au 20e siècle


 Et j’irai voir la mer à vélo

Marie France B
Extrait du livre « J’irai voir la mer à vélo »

Une femme de 2009, qui vit comme il y a 50 ans. Une femme toute simple et extraordinaire. Lire « Et j’irai voir la mer à vélo » livre de Marie-France Brune, Sabrina Rouillé et Stéphane Maillard. (Ed Diabase)

« Il est
des vies
qui
surpassent les images
et les mots ».

Photos
Stéphane
Maillard

Le feminisme en

 La condition des femmes : 4 DVD de l’INA

« Les femmes… aussi » et « Dim Dam Dom » ont participé à l’émancipation des femmes à la télévision. Michèle Cotta et Martin Even ont sélectionné pour ce coffret des programmes de ces deux émissions phares. Revoir ces images aujourd’hui, c’est saisir véritablement ce qu’était alors la vie des femmes, celle de nos mères et de nos grands-mères.

DVD 1 & 2 Les femmes… aussi

Des films documentaires exclusivement consacrés aux femmes, à toutes les femmes, qui dressent le portrait d’une condition féminine en mutation. Les meilleurs réalisateurs de l’époque posent leurs regards sur des femmes de tous milieux et de tous horizons. Dans l’intimité de leur vie quotidienne, elles parlent avec pudeur de leurs combats, de leurs doutes et de leurs espoirs.

DVD 3 Dim Dam Dom

Dim Dam Dom fait exploser sa bulle pop à la télévision en y introduisant la mode, la jeunesse, la légèreté mais aussi l’expression d’une parole féminine libérée. Aujourd’hui la liberté de style de ce magazine audacieux et impertinent, nous plonge dans l’esprit de cette époque.

DVD 4 Les compléments

« Liberté, égalité, sororité » : un document qui retrace l’histoire de l’émancipation et de la conquête des droits des femmes (2h00) ainsi qu’un entretien avec Simone de Beauvoir (50 min).

http://www.ina.fr/recherche.html?exp=femmes&x=0&y=0

La citoyenneté politique des femmes

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