Ecrit le 13 juin 2007
Un p ?ssage tr ?s p ?rilleux pour la d ?mocratie
Il y a un passage tr ?s p ?rilleux dans la vie des peuples d ?mocratiques ....
Lorsque le go ?t des jouissances mat ?rielles se d ?veloppe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumi ?res et que les habitudes de la libert ?, il vient un moment o ? les hommes sont emport ?s et comme hors d’eux-m ?mes, ? la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont pr ?ts ? saisir. pr ?occup ?s du seul soin de faire fortune, ils n’aper ?oivent plus le lien ?troit qui unit la fortune particuli ?re de chacun d’eux ? la prosp ?rit ? de tous. Il n’est pas besoin d’arracher ? de tels citoyens les droits qu’ils poss ?dent : ils les laissent volontiers ?chapper eux-m ?mes. ( ... )
Si, ? ce moment critique, un ambitieux habile vient ? s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie ? toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps ? ce que tous les int ?r ?ts mat ?riels prosp ?rent, on le tiendra ais ?ment quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances mat ?rielles d ?couvrent d’ordinaire com- ment les agitations de la libert ? troublent le bien- ?tre, avant d’apercevoir comment la libert ? sert ? se le procurer ; et, au moindre bruit des passions politiques qui p ?n ?trent au milieu des petites jouissances de leur vie priv ?e, ils s’ ?veillent et s’inqui ?tent : pendant longtemps la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours pr ?ts ? se jeter hors de la libert ? au premier d ?sordre.
(...) La paix publique est un grand bien ; mais je ne veux pas oublier cependant que c’est ? travers le bon ordre que tous les peuples sont arriv ?s ? la tyrannie. Il ne s’ensuit pas assur ?ment que les peuples doivent m ?priser la paix publique ; mais il ne faut pas qu’elle leur suffise. Une nation qui ne demande ? son gouvernement que le maintien de l’ordre est d ?j ?? esclave au fond du cœur ; elle est esclave de son bien- ?tre, et l’homme qui doit l’encha ?ner peut para ?tre. ( ... )
Il n’est pas rare de voir alors sur la vaste sc ?ne du monde, ainsi que sur nos th ??tres, une multitude repr ?sent ?e par quelques hommes. Ceux-ci parlent seuls au nom d’une foule absente ou inattentive ; seuls ils agissent au milieu de l’immobilit ? universelle ; ils disposent, suivant leur caprice, de toutes choses, ils changent les lois et tyrannisent ? leur gr ? les moeurs ; et l’on s’ ?tonne en voyant le petit nombre de faibles et d’indignes mains dans lesquelles peut tomber un grand peuple...
Le naturel du pouvoir absolu, dans les si ?cles d ?mocratiques, n’est ni cruel ni sauvage, mais il est minutieux et tracassier.
Alexis de Tocqueville, extrait de
La d ?mocratie en Am ?rique, 1840

