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Sablière 2016, ils rêvaient de liberté

Ecrit le 5 octobre 2016

 Souvenir des fusillés

Une stèle marquant le Camp de Choisel a été mise en place en 1989 par le conseil municipal (maire : Martine Buron). Les derniers rescapés-internés à Choisel souhaitaient une stèle plus visible. Le comité local du souvenir des Héros de Châteaubriant a mené ce projet avec l’aide du comité national, du comité départemental ainsi que des Amis du Musée pour faire de ce lieu, un lieu de recueillement, et assurer le devoir de mémoire des événements tragiques survenus lors de la guerre de 1939-1945. La nouvelle stèle sera inaugurée samedi 22 octobre 2016 à 14h30. Elle reprendra une partie du monument de la Carrière des fusillés, une esquisse des baraques du camp (sculpteur Pascal Prestat) et un panneau de photos.

 Michel Robert

Le Comité local du souvenir des Héros de Châteaubriant rend hommage à son Président d’honneur Michel Robert qui vient d’être inhumé. Toujours présent dans toutes les manifestations commémoratives sur le plan local, départemental, national, il aurait aimé être présent pour le 75e anniversaire. Le comité local perd un grand homme, une mémoire de la période des fusillades.

 Cérémonie, 23 octobre 2016

(Communiqué) Depuis soixante-quinze ans, nous perpétuons le souvenir des victimes de la barbarie nazie, parmi les premières d’une triste et longue série en France. Pour être « dignes d’eux » et saluer l’esprit qui les animait jusqu’aux dernières secondes de leur vie, nous continuons à nous battre pour les valeurs de fraternité, de paix et de solidarité qu’ils défendaient. Soixante-quinze ans ont passé, et leur lutte semble terriblement actuelle.

Cette année 2016, la traditionnelle cérémonie officielle en leur hommage sera présidée par Odette Nilès et Alain Hunault, maire de Châteaubriant, en présence de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, et Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT. Elle se ponctuera par une évocation historique écrite et mise en scène par Jean-Jacques Vanier.

Le public se verra projeté dans la tête des condamnés au moment où ils se sont retrouvés face au peloton d’exécution. Ces dernières pensées, riches en émotion, seront interprétées par quelques grands noms du monde du spectacle tels qu’Yvan Le Bolloch ainsi que des amateurs bénévoles de Châteaubriant et les choristes de « Meli Melo ».


Ecrit le 26 octobre 2016

 Une stèle au Camp de Choisel

Stèle à Choisel

Pour le 75 e anniversaire des exécutons de la Sablière, le comité local du souvenir des héros de Châteaubriant a voulu rénover la stèle marquant l’emplacement du Camp de Choisel d’où partrent les 27 otages, puis ceux de la Blisière et d’ailleurs. « Le camp de Choisel, comme les trois autres camps de prisonniers à Châteaubriant, c’est l’improvisation et les mauvaises conditions de vie des internés. Les abris y sont précaires, les baraques de bois sans isolation, la boue persistante, ainsi que la faim. Heureusement pour ces internés la solidarité s’organise rapidement » dit Serge Adry qui tient à souligner la solidarité de la population castelbriantaise.

Panneau à Choisel

« Si aujourd’hui nous pouvons inaugurer cette stèle c’est grâce aux dons des syndicats locaux, départementaux, régionaux et nationaux de la CGT, des subventions du Conseil régional de Loire atlantique, de la ville de Châteaubriant sous forme d’une subvention exceptionnelle, mais aussi la mise à disposition des services techniques, des entreprises locales : Exel construction pour la partie du socle, AFTMP pour la partie métallique, SDI Enseigne qui a réalisé le panneau, Denis Fraisse qui a fait le premier dessin et les talents de sculpteur de Pascal Prestat ». La stèle évoque celle qui se trouve à la Sablière. Elle esquisse les baraques du camp et s’accompagne d’un panneau explicatif.

« Faisons de ce lieu , un lieu de recueillement pour assurer le devoir de mémoire de cette période. Le travail de mémoire n’est jamais achevé et doit être sans cesse renouvelé » a conclu Serge Adry en présence d’une nombreuse assistance.

 La déshumanisation dans les camps d’extermination

La déshumanisation dans les camps d’extermination. Tel est, cette année, le thème du Concours National de la Résistance, et donc de l’exposition annuelle installée dans le Musée de la Résistance   à Châteaubriant.

Cette exposition est la dixième réalisée ainsi localement par un groupe de militants sous la responsabilité de Jean-Paul Le Maguet et Patrice Morel (grand coordonnateur). « J’avais peur que ce soit une exposition très noire » explique Gilles Bontemps mais, grâce au travail de l’entreprise Zoan, c’est une exposition très colorée, susceptible de toucher un large public. La qualité des expositions castelbriantaises est reconnue par l’Académie et devient une référence pour le travail des professeurs d’histoire qui préparent leurs élèves au Concours de la Résistance. « Mais nous avons un problème » dit Gilles Bontemps : « nos expositions ont trop de succès. En plus de celle de la Sablière, il y en a deux qui sont prêtées, le plus souvent gratuitement (ou une centaine d’euros pour 15 jours). Nous prê-
tons ainsi dans les écoles, les collectivités, jusqu’à Paris ou Aix en Provence et nous
n’arrivons pas à satisfaire à la demande ! »

N’hésitez pas cependant à les demander - 02 40 28 60 36
www.musee-resistance-chateaubriant.fr/

 Plan de l’exposition :

Expo-1, enfermement
Expo-2

Le nazisme
Les premiers camps
Ils dénoncent
Les convois et l’arrivée au camp
Le génocide
Les enfants
La survie
Le travail
Faire savoir
Juger et sanctionner
Après les camps

Expo-3

On trouve dans cette exposition des textes et documents fort intéressants, en
parte repris dans le catalogue.


 Ils rêvaient de Liberté


La cérémonie du 23 octobre 2016 a commencé par le défilé des autorités et des porte-drapeaux (parmi eux une femme ; et un homme portant un foulard palestinien) puis par le geste de quelque 80 jeunes apportant de la terre de Drancy, Ravensbruck, Sachsenhausen, Auschwitz, Camp de Voves, prison de Montluc à Lyon. En effet l’association a l’intention de restaurer les 185 alvéoles du monument, comportant de la terre des lieux d’exécution et de déportation. Parmi ces jeunes, quatre jeunes sont venus du collège Robert Schuman de Châteaubriant

Puis la parole a été donnée à Carine Picard-Nilès, petite-fille d’Odette Nilès, évoquant les derniers survivants : Paulette Capliez, Odette Nilès, Henri Duguy, que leur grand âge tient éloignés.

Pierre Laurent, secrétaire général du PCF a évoqué le sacrifice des 27 : « Leur vie était fauchée mais le jour se levait sur la Résistance ». [C’est un fait que, à Châteaubriant, l’exécution des otages a déclenché la résistance active]. « Allons-nous laisser détruire
les avancées sociales que nous a apporté le Conseil National de la Résistance » a -t-il dit, faisant entre autres référence aux ouvriers de Goodyear poursuivis pour avoir séquestré leurs cadres lors d’une action syndicale et condamnés à neuf mois de prison ferme.

Pierre Laurent a aussi parlé des réfugiés qui frappent à la porte de l’Europe et de la France et appelé à bien les accueillir.

Puis Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a pris la parole, évoquant la menace fasciste née entre les deux dernières guerres mondiales. « La haine de l’autre, le slogan La France aux Français, reviennent dans les périodes de crise, triste répétition de l’histoire. On nous parle maintenant de hordes de migrants, on nous dit qu’un vêtement, le Burkini, menace le pacte républicain. Le Front national séduit jusque dans nos rangs syndicaux, il n’hésite pas à puiser dans nos cahiers syndicaux ».

Enfin Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens Combattants et de la Mémoire, a dit des 27 otages qu’ils étaient « la France libre et fraternelle ». Soucieux de politique mémoriale, il a annoncé 110 000 € de subvention pour l’aménagement de la Carrière (dont le monument est en mauvais état) et du musée de la Résistance  . Place ensuite au spectacle.

 L’évocation

Neuf hommes, chemises blanches, dressés le long d’un poteau : le texte de l’évocation du 23 octobre 2016 a donné la parole aux 27 otages, à ce qu’ils auraient pu dire, peut-être, avant de mourir. Grand témoin : l’abbé Moyon, qui est allé voir les 27 dans leur baraque, juste avant que les camions les emmènent au lieu d’exécution. « Je les ai quittés et je suis allé crier partout combien ces gars étaient admirables. Je les ai accompagnés tout le temps par la pensée, jusqu’à leur dernier souffle, jusqu’à leurs dernières paroles ».

Le metteur en scène a tenté d’imaginer ces dernières paroles, à partir des lettres laissées par les condamnés.

Charles Michels : « Du sang que nous versons aujourd’hui sur ce sol français germera l’esprit de la révolte et retentiront bientôt les cris de la Victoire et de la Liberté »

Jean Poulmarc’h : « je ne pensais pas à la mort, pas besoin d’y penser, elle chantait avec nous, encore plus fort que nous. Il y a neuf poteaux au milieu d’une carrière, un pour moi. Mes pensées retournent chez nous, mon amour, je vois dans ta main la lettre que tu liras demain et je pleure dans tes larmes »

Jean-Pierre Timbaud  : « on en a changé des destins avec nos grèves, avec nos luttes, les 40 heures et les congés payés mais là … je ne pourrai plus rien faire pour vous. Oui mourir pour la France. Oui mourir pour la paix. Oui ! C’est encore l’ouvrier qui trinque. y’en a pas beaucoup, dans les otages fusillés, des patrons, des ministres. Les généraux sont dans leurs bureaux. Y’a la métallurgie, Y’a la chimie, y’a le papier. On est tous ouvriers, désignés à la mort par des ministres français ».

Désiré Granet  : « Comment suis-je si fort devant la mort qui m’arrive ? Parce que ma vie a été belle, parce que la vie continuera dans la lutte, parce que la jusrice et la liberté et la paix. Parce que le courage des uns fera le bonheur des autres »

Maurice Gardette : « je n’ai jamais obéi à autre chose que ma conscience. Ma conduite a toujours été guidée par un idéal de justice et de liberté »

Pierre Guéguen : « je pensais que la mer était blanche … que la mort était blanche. La mer est rouge … la mort est rouge. Je suis le maire rouge de Concarneau. Rouge-rouge-rouge, plus rien ne bouge et le soleil se couche et je m’éteins. Le jour de gloire est arrivé »

Guy Môquet  : je meurs et j’ai 17 ans. Les autres disent que je n’ai pas eu le temps de vivre. Mais je n’ai fait que ça, de vivre, d’aimer, de me battre, de lutter. Une fois qu’ils auront tiré, ça va aller très vite, je verrai défiler les belles images de ma vie. Alors qu’est-ce que ça change à 17 ans ou à 55 ans, on n‘a jamais le temps de tout voir. Et puis on a sa dignité, mourir pour une cause c’est pas vraiment mourir ».

Maurice Ténine  : « par la mort nous deviendrons les enfants de la cause, les pères de votre liberté ».

Maurice Tellier : « je me bats contre un gouvernement français qui a donné la France, je me bats pour une France libérée de l’occupant nazi. Et face à mes assassins, je ne renonce à rien. Aucun combat n’est inutile tant qu’il réclame la paix, la justice, le bonheur ».

Titus Bartoli : « il y a quelque chose qui cloche, ce sable est bien trop rouge et les copains à terre. Le ciel est à l’envers et ces fusils pointés. C’est une fête foraine, je vais me réveiller et tout ça n’est qu’un rêve, ce n’est pas moi »

Eugène Kérivel : « il y aura encore du sang versé, mais toujours le sang nouveau viendra reprendre le flambeau, venger nos morts et l’injustice. Alors, ma chérie, nourri par cette colère, je suis allé mourir en paix »

Antoine Pesqué : « je suis inquiet pour ces pauvres garçons d’en face, alignés, prêts à tirer. Ce soir, ils iront se saouler. Ils vont mal tourner ces jeunes-là. Je n’ai pas peur, je meurs comblé par les années. A Aubervilliers j’ai soigné sans compter, j’ai aimé, j’ai lutté avec mes camarades »

(extraits)