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La famille et les écrans

Ecrit le 14 juin 2017

Le 1er juin a eu lieu à Lusanger une soirée échanges et débat, organisée par Les Potes des 7 Lieux, animée par Christine FROGER, médiatrice familiale et infirmière puéricultrice sur le thème suivant : « Tablettes, ordinateurs, téléphone : L’usage des écrans dans la famille ».

Christine FROGER raconte :

Un jeune couple devient parent d’un petit Paul. Lorsque petit Paul grandit et commence à marcher, les parents instinctivement mettent des limites pour que le petit garçon ne tombe pas. Paul réalise qu’il a toujours autour de lui un adulte bienveillant -son papa ou sa maman ou bien ses grands-parents…-pour lui donner des repères, le guider, l’accompagner.

Paul grandit, découvre, explore et ses parents font tout ce qu’ils peuvent pour qu’il le fasse en toute sécurité. Paul construit un sentiment de confiance en lui, d’estime de lui ; il se sent en sécurité affective, il en a besoin pour grandir de façon harmonieuse.

Paul commence à parler, à beaucoup s’opposer, piquer des colères. Les parents sont aussi en colère lorsque le petit garçon fait beaucoup de bruit et qu’il commence à crier un peu fort et qu’il va à droite quand les parents voudraient qu’il aille à gauche. Ils commencent à négocier entre eux car ils doivent s’harmoniser sur les règles qu’ils vont devoir donner à leur enfant et ce n’est pas toujours simple.

Les jeunes parents assument les droits et les devoirs de protection de leur enfant. 

Mais ils ont constaté quelque chose de magique : lorsque la télé est allumée, petit Paul est calmé. C’est génial ! La télé commence donc à faire son apparition dans la vie de Paul et ça ne pose pas de problème, jusqu’au jour où l’enfant commence à s’agiter, à s’énerver après de trop longs moments passés devant l’écran.

Les parents le couchent pensant qu’il est fatigué mais Paul n’a pas du tout envie de dormir et crie. Faire face aux pleurs de leur enfant est compliqué pour les parents ; ils se demandent si, finalement, la télé est si bien que ça pour les enfants…

Ils lisent (FrançoiseDolto), se renseignent sur internet (Doctissimo)… Et trouvent que la télé c’est très bien pour les petits. La preuve, c’est qu’il y a des chaînes de télé spécialement conçues pour les jeunes enfants, pour les éveiller, pour leur apprendre (BabyFirst, Baby TV...) .

Mais ils lisent aussi que la télé est fortement déconseillée pour les enfants avant trois ans ; la télé excite les enfants, les agite… Les parents de Paul sont bien ennuyés, ils pensaient bien faire au début en le mettant devant la télé mais ils s’aperçoivent que la télé c’est plus trop bien ! Ils en parlent entre eux, s’ajustent et décident que la télé ce sera à petite dose.

Paul voit ses parents depuis de nombreux mois devant l’ordinateur, ça a l’air drôlement bien parce qu’ils y passent beaucoup de temps. Il se dit logiquement : « moi aussi j’en veux un ! » . Paul grandit, entre au collège et dit : « J’ai besoin d’un téléphone portable, tous mes copains en ont un, je suis le seul qui n’a pas de téléphone portable… ».

Donc, forcément pour son anniversaire ou pour Noël, les parents lui achètent le téléphone portable dernier cri ! Ils pensent être en sécurité car ce téléphone permet que leur enfant soit toujours en lien avec eux. Mais, lorsque les parents appellent Paul pour savoir s’il est bien rentré, s’il a bien pris son goûter, ils constatent tous deux qu’il ne répond pas…

Finalement, ce fichu téléphone portable, alors que ça partait d’une bonne intention, devient une source de conflit en plus (de la télé).

 Une toile d’araignéese tisse petit à petit…

« Nous recevons de très jeunes enfants stimulés principalement par les écrans, qui, à 3 ans, ne nous regardent pas quand on s’adresse à eux, ne communiquent pas, ne parlent pas, ne recherchent pas les autres, sont très agités ou très passifs. (…) Captés ou sans cesse interrompus par les écrans, parents et bébé ne peuvent plus assez se regarder et construire leur relation. Les explorations du bébé avec les objets qui l’entourent, soutenues par les parents, sont bloquées ou perturbées, ce qui empêche le cerveau de l’enfant de se développer de façon normale » écrivent des médecins et professionnels dans une tribune du Monde du 30.05.201.

Après le téléphone, viennent la console et les jeux vidéo. Là où cela devient compliqué c’est lorsque Paul voit ses parents jouer et utiliser leur téléphone ou leur tablette à table. Lui aussi, a tendance à vouloir jouer sur son ordinateur, sa tablette, son smartphone. Il jouera en réseau sur internet, il fera tout ce qu’il faut pour être en lien avec ses copains mais surtout pas en lien avec ses parents… Il veut jouer tout le temps, comme papa-maman.

Les parents sont inquiets car la communication est beaucoup plus complexe parce que les codes ont changé, les choses évoluent. 

L’enfant passe du temps à explorer, ce n’est pas forcément grave, sauf s’il le fait tout seul, de façon répétée et sur des plages très longues.
 
Les questions que se posent les parents

Combien de temps peut-il passer sur son ordinateur ? Jusqu’à quelle heure peut-il jouer ? A-t-il le droit d’avoir un ordinateur portable dans sa chambre ? Internet est-ce dangereux ? Est-ce ça modifie l’apprentissage ? Est-ce que ça modifie la compréhension ? Est-ce que ça modifie les comportements ? On entend beaucoup parler des adolescents addicts des jeux dangereux, est-ce une réalité ?

 Des grands repères :

3, 6, 9, 12

Serge Tisseron psychiatre, docteur en psychologie, a créé en 2007 le programme 3, 6, 9, 12 selon lequel :

– Pas d’écran avant 3 ans (lire l’encadré ci-contre)
– 3 ans : c’est pour Serge Tisseron l’âge où un enfant pourrait commencer à regarder la télé de façon accompagnée,
– 6 ans : il peut commencer à avoir des jeux vidéo mais de façon accompagnée,
– 9 ans : il peut commencer à aller sur internet mais de façon accompagnée
– 12 ans : il devrait pouvoir avoir un compte pour circuler sur les réseaux sociaux, au début de façon accompagnée.
 
Entre 0 et 3 ans : besoin de sécurité affective. Le tout petit regarde ses parents. Il communique de façon non verbale avec ses yeux, ses oreilles, la peau, les mains, c’est comme ça qu’il apprend ; il apprend à être en relation. Ça veut dire qu’il est très sensible au timbre de votre voix, très sensible à la façon que vous allez le toucher, le porter, si vous avez les mains moites, si vous êtes crispé…

Ce bébé est surtout très sensible à votre expression, l’expression de votre visage. C’est ce qui lui permet de développer la capacité d’empathie, c’est-à-dire la capacité à repérer les émotions de l’autre et à entrer en communication par les émotions avec l’autre.

Si vous mettez un enfant trop tôt devant un écran de télévision avant 3 ans, ou devant internet avant 6 ou 9 ans, l’enfant va être très sensible à tout ce qui bouge. Il entend le langage verbal mais constate vite qu’on ne lui parle pas, à lui, que l’écran ne réagit pas à ses émotions à lui, Il ne peut discerner encore si la personne, là sur l’écran, est, ou non, une vraie personne. Le toucher de l’écran n’est pas analogue au toucher de papa ou maman. Ce n’est qu’à partir de 3 ans qu’il va être à peu près capable de faire la différence entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas.

6 ans, pour les premiers usages d’internet –jeux vidéo-, toujours accompagné : C’est l’entrée en CP, l’enfant développe d’autres capacités et peut commencer à jouer aux jeux vidéo mais Serge Tisseron prétend qu’il faut toujours accompagner l’enfant. L’enfant a besoin de l’adulte pour lui montrer les limites et lui montrer comment faire, pour décrypter aussi les situations réelles et les situations virtuelles.

9 ans, le développement se poursuit.

12ans : l’enfant devrait pouvoir avoir un compte pour circuler sur les réseaux sociaux, au début de façon accompagnée. 12 ans, c’est l’entrée dans l’adolescence Le pré-ado ou le jeune adolescent a la volonté de se rapprocher d’un groupe de pairs, c’est à dire de ses semblables, il a besoin de « faire réseau » que ce soit dans son équipe de foot, au théâtre, au ping-pong ou bien sur internet. Il peut commencer à avoir un usage des réseaux sociaux selon Serge Tisseron.
 
Écran et jeux vidéo à l’adolescence.

Le jeu vidéo est-il vraiment dangereux ? Quels sont les facteurs de risques :

OUI, les jeux vidéo deviennent dangereux lorsqu’on repère certains facteurs de risques. Ces facteurs de risques ? les enfants qui jouent seuls à l’ordinateur, longtemps, plus de 5 heures par jour -certains professionnels s’entendent pour dire que deux heures quotidiennes d’écrans à partir de 10, 11 ans est correct – qui jouent tard le soir et éventuellement dans la nuit, ce qui veut dire évidemment, que l’enfant dort moins, et que le matin il est fatigué, pas concentré à l’école.

Facteurs de risque aussi pour les enfants en difficultés dans leur propre famille avec des parents qui, par méconnaissance, pensent qu’ils peuvent laisser leur adolescent s’autogérer avec leurs écrans, que ce n’est pas grave, pas dangereux. Dans ces familles, il n’y a pas de partage, pas de communication intrafamiliale, cela peut conduire les enfants à développer des addictions.

Faut-il être pour, ou contre l’usage d’internet, ou d’un écran dans la famille ?

On trouve toutes les opinions à ce sujet.

Effectivement, Internet est d’abord très riche, il y a plein d’informations mais il faut tout de même savoir les trier et l’enfant ne sait pas les trier. [Ndlr : il n’y a pas que lui !]. Si vous prêtez votre smartphone à votre enfant quand il a 6 ans, il y a un risque qu’il tombe sur des vidéos pornographiques ou des vidéos guerrières… Les enseignants savent bien que les enfants sont capables de faire un exposé très positif sur Adolf Hitler car les sites « révisionnistes » pullulent. Il faut apprendre aux enfants à développer l’esprit critique !

Bien sûr votre enfant fera des mauvaises rencontres   sur internet comme à la sortie de l’école, ça peut arriver. Le risque zéro n’existe pas. En revanche, en tant que parents, on se doit d’être présent pour en parler avec l’enfant.

Christine Froger ne fait pas partie des personnes qui diabolisent internet ou les jeux vidéo tant que c’est accompagné et tant qu’il y a de la communication dans la famille. Là où les parents sont très démunis parfois c’est quand l’enfant est addict aux jeux vidéo.

À Nantes, il y a un déjà un centre qui accueille des adolescents addicts aux jeux vidéo. C’est une nouvelle pathologie, les Consultations Jeunes Consommateurs (CJC) ont été pensées à l’origine pour les jeunes consommateurs soit d’alcool, soit de drogues. Dans ces CJC, les psychologues voient arriver des jeunes addicts aux jeux vidéo, aux écrans…

Christine Froger

 Problématique !

L’étude PÉLLEAS, portant sur plus de 2000 élèves, a démontré que 34% des collégiens et 47% des lycéens gardent leurs écrans d’ordinateurs allumés la nuit.

Enquête PÉLLEAS : Programme d’Étude sur les Liens et l’Impact des Écrans sur les Adolescents Scolarisés (enquête de 2013 menée sur deux ans dans différents établissements de la région parisienne).

voir le site pelleas

Un certain nombre de jeunes ont des pratiques problématiques ; échouer à réduire leur temps de jeu, y passer un temps de plus en plus important, penser toute la journée à un jeu vidéo, négliger d’autres activités pour pouvoir continuer à jouer, jouer pour oublier « la vraie vie », ou se sentir mal en cas d’impossibilité de jouer.

D’une façon générale, les profils de joueurs problématiques se retrouvent parmi les adolescents dont l’encadrement parental est faible, par exemple ceux qui déclarent que leurs parents ignorent où ils sont le soir. Les adolescents indiquant qu’ils ne peuvent pas parler facilement à leurs parents, ni trouver du réconfort auprès d’eux sont également plus sujets aux comportements problématiques de jeu.

 Le Jeu des Trois Figures

Le Jeu des Trois Figures– est une activité théâtrale créée en 2007 par le docteur Serge Tisseron pour développer l’empathie de la maternelle au collège. Il est appelé ainsi en référence aux trois personnages de l’agresseur, de la victime et du tiers, qui peut être simple témoin, redresseur de torts ou sauveteur.

C’est un jeu pour aider les enfants à se sevrer des jeux vidéo car les jeux vidéo -surtout ceux pour garçons- sont souvent très guerriers, très sanguinolents et extrêmement réalistes. Le jeu comporte des petites mises en scène de façon à remettre des règles, de remettre de l’humain à la place du virtuel. Ce sont des programmes qui commencent à se développer pour contrecarrer cette appétence pour les écrans chez l’enfant.

  C’est un passage

L’idéal, serait de mettre des règles avant de commencer, se mettre d’accord sur les règles du jeu (comme pour les jeux de société). Ne pas se laisser envahir, les enfants ont besoin de limites, ils vous demanderont toujours plus : ils sont dans leur rôle d’enfants. Et vous, lorsque vous dîtes stop : « Bon, maintenant ça suffit, tu éteins ! », vous êtes dans votre rôle de parents.

Il ne faut pas interdire les écrans mais prouver à nos enfants que nous, adultes, nous savons aussi faire réseau, nous n’utilisons pas forcément les même codes mais nous savons communiquer, partager, nous avons aussi pleins d’amis.

C’est important de mettre nos connaissances en commun sur les usages d’internet et du numérique, car souvent nos enfants peuvent savoir mieux que nous. Nos enfants ont aussi à nous apprendre, c’est ça aussi le partage, ils vont pouvoir nous montrer : comment créer un compte Facebook, comment aller sur internet, comment joindre un fichier dans un message électronique…

[Compte-rendu fait pas Paola Machado]