Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Texte seul |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Thèmes généraux > Environnement > Or bleu, les futurs défis. Demain, la guerre ?

Or bleu, les futurs défis. Demain, la guerre ?

Ecrit le 22 novembre 2017

Un conférencier qui fournit le texte de sa conférence : c’est super sympa ! C’est ce qu’a fait M. Joseph MICHEL le 14 novembre dernier lors d’une réunion de l’université permanente. Thème : l’eau ! Nous empruntons ci-dessous ses propos.

L’eau douce ne représente que 2,5 % de l’eau de la planète, et elle est gelée aux deux-tiers ! On ne peut utiliser en fait que moins de 1 % de l’eau totale (0,75 %).

Les réserves mondiales sont passées de 16 800 m³ par personne en 1950 à 6 800 aujourd’hui ; elles ne seront plus que de 4 800 en 2025.

Les ressources de chaque pays dépendent du climat. Certains territoires sont riches en eau (Brésil, Fédération Russe, Indonésie, Chine, Canada, Etats-Unis, Colombie, Pérou et Inde), d’autres connaissent la pénurie ou le stress hydrique. Un certain nombre de pays disposent de ressources extrêmement faibles, voire quasi nulles : Koweït, Bahreïn, Emirats Arabes Unis, Malte, Libye, Singapour, Jordanie, Israël, Chypre.

Actuellement, 1,7 milliard de personnes sont privées d’eau potable et vivent sous le seuil de pénurie réelle défini par l’Organisation des Nations Unies, soit 1 000 mètres cubes par personne et par an. Leur nombre devrait atteindre 2,4 milliards d’ici à 2025.

L’Asie, avec 61 % de la population mondiale, dispose de 36 % des ressources en eau disponibles, L’Europe, où vivent 12 % des habitants de la planète, détient 8 % de l’eau ; L’Amérique latine compte 6 % de la population mondiale et a 26 % des réserves en eau.

 Utilisation de l’eau

L’agriculture, l’industrie, utilisent beaucoup d’eau. La rareté de l’eau douce, et nos demandes croissantes signifient une plus forte concurrence entre l’agriculture, la production alimentaire, l’industrie et l’approvisionnement en eau du milieu urbain.

Exemples
- 13 000 litres d’eau pour 1 kg de bœuf,
- 4500 litres d’eau pour 1 kg de porc,
- 800 litres d’eau pour un litre de lait,
- 400 à 11 000 litres d’eau pour fabriquer 1kg de rayonne (viscose),
- 300 à 600 litres d’eau pour 1kg d’acier
- 500 litres d’eau pour 1kg de papier
- 300 à 400 litres d’eau pour 1kg de sucre
- 100 litres d’eau pour 1 litre d’alcool
- 60 à 400 litres d’eau pour 1kg de carton
- 35 litres d’eau pour 1kg de ciment
- 1 à 35 litres d’eau pour 1kg de savon
- 1 à 2 litres d’eau pour 1kg de matière plastique.

Globalement, la France ne manque pas d’eau. En effet, les précipitations (pluie et neige) lui apportent chaque année 486 milliards de mètres cubes (Mdm3). Certes, les deux tiers s’évaporent, mais il reste 175 Mdm3 pour alimenter les eaux de surface et souterraines, alors que le total des prélèvements représente 32 Mdm3 par an (dont 5,5 Mdm3 par an pour l’eau potable).
• Mais depuis quelques années, à cause du réchauffement climatique et de la diminution des précipitations, des problèmes se posent à certains endroits.

Carte des restrictions d’eau au 30 juillet 2017

 Tout a une fin

Pomper dans les rivières a une fin.

• Chine 1997 : les eaux du Huang He ne rejoignent plus la mer l’été.
• Lac Tchad 26 000 km2 en 1960, et 1500 aujourd’hui.
• Mer d’Aral : 68 000 km2 en 1960, moins de la moitié aujourd’hui.
• Apports cumulés des fleuves : 50 km³ en 1960, 1,5 aujourd’hui.
• Fleuve Arkansas l’été : 1 200 km à sec .

Photo : dans la Mer d’Aral, les chameaux se reposent à l’ombre des épaves.

Les nappes phréatiques ont une fin.

Exemple : Ogallala, nappe phréatique aquifère de faible profondeur, située sous les Grandes Plaines des États-Unis. Elle fait 450 000 km2 alimentant 200 000 puits pour irriguer 3,3 millions ha. Epuisée à 50 % : -35 m en 50 ans, il en reste encore pour 15 à 50 ans selon les Etats.

Quand on pompe dans l’eau souterraine on assèche la végétation. La pluie devient rare sans la végétation.

Les glaciers ont une fin.

L’agriculture asiatique dépend en partie de l’eau des glaciers himalayens. Les grands fleuves descendent de l’Himalaya et apportent l’eau d’irrigation à une agriculture qui nourrit presque la moitié de l’humanité. Or, sous l’effet du réchauffement climatique, les glaciers himalayens perdent 8 à 11% de leur volume par an.

Près de 60 millions de personnes vivant autour de l’Himalaya subiront des pénuries alimentaires au cours des prochaines décennies au fur et à mesure que les glaciers se rétrécissent et que les sources d’eau pour les cultures disparaissent. Les régions qui comptent largement sur les glaciers comme les bassins de l’Indus, du Gange et de Brahamaputra en Asie du Sud pourraient voir leurs approvisionnements en eau diminuer jusqu’à 19,6% d’ici 2050.

Au Pôle Nord, les températures grimpent plus haut et plus vite que prévu. L’océan Arctique serait en grande partie libre de glaces pendant l’été d’ici 2030, ou même plus tôt. Les effets sont plus rapides et plus dévastateurs que prévu.
Au Pôle Sud, l’Antarctique représente 80 % de l’eau douce disponible dans le monde.
La fonte des glaces dans l’Antarctique occidentale est une préoccupation majeure pour les niveaux mondiaux de la mer, et pourrait libérer 3 m de hausse pour l’océan, disent les scientifiques. Selon Eric Rignot Nasa glaciologue, la glace de l’Antarctique est entrée dans un état de retrait irréversible, la fusion a été considérée comme « inéluctable » et pourrait élever le niveau de la mer de 1,2 m.

 Des côtes sous forte pression

Les conséquences du réchauffement climatique sont sensibles :
- des sécheresses plus longues et répétées,
- cyclones et typhons plus présents, plus dévastateurs,
- montée des eaux de la mer,
- déplacement de populations, « réfugiés climatiques ».

A la conférence COP 23 à Bonn, en ce mois de novembre 2017, le président des Iles Fidji a lancé un cri d’alarme au sujet de la montée des eaux qui affecte toutes les îles. Sur les 10 millions de personnes qui vivent sur les Îles Pacifiques, jusqu’à 1.7 millions pourraient être déplacées d’ici 2050 à cause du changement climatique.

En ce qui concerne la France les premières régions touchées seront vraisemblablement le littoral proche de la Belgique, Calais pourrait être entouré d’eau. En Normandie la presqu’ile du Cotentin pourrait un jour devenir une ile. Saint-Nazaire et la Brière sont des zones en danger. Les 230 km de dunes, de Bordeaux à la frontière Espagnole, sont extrêmement fragiles et sans cesse attaquées par les tempêtes du golfe de Gascogne.

Des côtes menacées

La fonte du pergélisol, qui stocke environ 50 % du carbone du monde, au pôle Nord, touche déjà l’infrastructure du Nord et pourrait rejeter des volumes importants de méthane dans l’atmosphère, d’où augmentation des gaz à effets de serre et accélération du réchauffement climatique !

 Risques de conflits

L’eau est un pilier fondamental du développement et de la politique de sécurité des États et constitue à ce titre un enjeu géostratégique d’où la nécessité de considérer les ressources en eau comme une cause potentielle de conflit.

1.1 milliard de personnes manquent d’eau potable et 2,7 milliards ont un haut risque de conflits autour de l’accès à l’eau dans les 20 ans à venir.

 Protéger, réutiliser

Protection et conservation sont les deux piliers de l’accès à l’eau pour le futur.

En Inde, Chine et Russie, 75% des eaux de surface sont polluées et impropres à la baignade. Dans le monde, 80 % des eaux usées sont probablement libérées dans l’environnement sans traitement approprié, d’où risques de pollution.

Mais paradoxalement, les eaux usées constituent une précieuse source d’eau et de nutriments contribuant à la sécurité alimentaire et à l’amélioration des moyens de subsistance. Pour l’ONU, les eaux usées sont le nouvel or noir. Certaines juridictions ont élaboré des plans de gestion de l’eau à long terme, tels que le Programme de durabilité des ressources en eau de la Vallée du Mexique, qui prévoit la construction de stations d’épuration pour traiter 100% des eaux usées des municipalités d’ici 2020 (CONAGUA). De même le Plan national de gestion de l’eau du Bangladesh est établi pour la période allant jusqu’à 2025 .

Le recyclage des eaux usées, est un marché en plein essor. Face au manque d’eau, des pays comme Israël et l’Australie ou des régions comme la Californie ont décidé de puiser directement la ressource à la sortie des stations d’épuration. Après des traitements supplémentaires, dont l’intensité varie en fonction des usages, l’eau est utilisée à des fins d’irrigation ou d’arrosage de golfs ou d’espaces verts.

Deux usines, l’une à Singapour et l’autre à Windhoek, en Namibie, vont même jusqu’à produire de l’eau potable à partir des eaux d’égout.

La France s’est lancée timidement dans la réutilisation des eaux usées. Un premier arrêté de 2010 l’autorise de manière très encadrée pour l’arrosage des espaces verts, ainsi que pour l’arrosage des terrains agricoles. Aujourd’hui 65 installations fonctionnent sur l’ensemble du territoire, essentiellement à destination des espaces verts urbains et des golfs.

Correctement traités, certains types d’eaux usées peuvent aussi servir à la consommation humaine en alimentant le réseau d’eau potable, souvent en complément « d’eau vierge ». Les habitants de Singapour ou de la ville de San Diego (Etats-Unis) boivent ainsi une eau recyclée. Reste à lever les barrières psychologiques.

En France, où cela ne coule pas de source, si l’on peut dire, le préfet et le syndicat départemental Vendée Eau ont pourtant réfléchi l’an passé à une expérience consistant à relier une station de traitement des eaux usées à une retenue d’eau (la Vendée fait régulièrement face, l’été, à un manque d’eau potable).

De l’eau coulera sous les ponts avant que ce type de « re-usage » soit accepté, mais les choses avancent.

 Economiser l’eau

- récupérer les eaux de pluie pour l’arrosage et les toilettes,
- limiter l’ouverture des robinets. Une minute d’ouverture c’est 1,5 litres d’eau.
- équiper les robinets de mousseur.
- préférer la douche (60 litres) au bain (200 litres),
- réduire la quantité d’eau dans les WC en mettant une brique dans le réservoir ,
- faire la chasse aux fuites … etc !


 15 000 scientifiques :un nouvel avertissement

Ces scientifiques, issus de 184 pays, se sont rassemblés pour lancer un énième avertissement à destination de l’Humanité, mettant en avant les menaces auxquelles notre espèce et notre planète sont confrontées. Parmi les principaux dangers : le changement climatique, la déforestation, l’extinction des espèces, la croissance démographique et la diminution de l’accès à l’eau potable. En réalité, il s’agit d’une mise à jour d’une lettre intitulée « World Scientists’ Warning to Humanity », publiée en 1992 et dans laquelle 1 700 experts, pour la plupart lauréats du prix Nobel, mettaient déjà en lumière les menaces qui guettaient la Terre.

Dans cette nouvelle lettre, les auteurs expliquent, à l’exception de la réduction du trou dans la couche d’ozone, que l’Humanité n’a pas été capable de réaliser de progrès suffisants pour résoudre les défis environnementaux. Et d’ajouter que la plupart de ces défis ne cessent d’empirer de « façon alarmante ».

Tout n’est pas perdu : il faut réagir !

Mais attention, cette lettre n’est en aucun cas pessimiste ! Les scientifiques veulent montrer au monde qu’il ne faut pas perdre espoir. En effet, comme le prouve la réduction du trou dans la couche d’ozone dernièrement, des accords mondiaux peuvent résoudre tout ou partie des risques auxquels nous sommes confrontés. Reste à la population mondiale de faire pression sur les gouvernements et les industriels pour qu’ils prennent à bras le corps les problèmes les plus urgents.