Contexte historique
Titre : La Libert ? guidant le peuple.
Auteur : Eug ?ne DELACROIX
Date de cr ?ation : 1830
Date repr ?sent ?e : juillet 1830
Dimensions : Hauteur 260 - Largeur 325
Technique : Huile sur toile
Lieu de Conservation : mus ?e du Louvre (Paris) -
voir le site louvre.fr
Charles X et son impopulaire ministre, le prince de Polignac, remettent en cause les acquis de la R ?volution. L’opposition lib ?rale, par le biais du journal Le National, pr ?pare son remplacement par le duc Louis-Philippe d’Orl ?ans
A la session de la Chambre le 2 mars 1830, Charles X menace de s ?vir. Les d ?put ?s, par l’ ? adresse des 221 ?, refusent de collaborer. Le roi signe quatre ordonnances tendant ? supprimer la libert ? de la presse et ? modifier la loi ?lectorale. C’est une violation de la Constitution. Et c’est la r ?volution ? Paris. En trois jours dits ? Trois Glorieuses ? , les 27, 28 et 29 juillet 1830 , les Bourbons sont renvers ?s
Analyse des images
Achev ? en d ?cembre, le tableau est expos ? au Salon de mai 1831. Il semble n ? d’un seul ?lan. Il d ?crit l’assaut final. La foule converge vers le spectateur, dans un nuage de poussi ?re, brandissant des armes. Elle franchit les barricades et ?clate dans le camp adverse. ? sa t ?te, quatre personnages debout. Au centre une femme. D ?esse mythique, elle les m ?ne ? la Libert ?. ? leurs pieds gisent des soldats.
L’action s’ ?l ?ve en pyramide, selon deux plans : figures horizontales ? la base et verticales, gros plan faisant saillie sur le fond flou. L’image s’ ?rige en monument. La touche emport ?e et le rythme imp ?tueux sont contenus, ?quilibr ?s.
Delacroix r ?unit accessoires et symboles, histoire et fiction, r ?alit ? et all ?gorie.
La Libert ?
Vision nouvelle de l’all ?gorie de la Libert ?, c’est une fille du peuple, vivante et fougueuse, qui incarne la r ?volte et la victoire. Coiff ?e du bonnet phrygien (1), les m ?ches flottant sur la nuque, elle ?voque la r ?volution de 1789, les sans-culottes et la souverainet ? du peuple. Le drapeau, symbole de lutte, faisant un avec son bras droit, se d ?ploie en ondulant vers l’arri ?re, bleu, blanc, rouge (2). Du sombre au lumineux, comme une flamme.
La pilosit ? de son aisselle a ?t ? jug ?e vulgaire, la peau devant ?tre lisse aux yeux des th ?oriciens de la peinture.
Son habit jaune, dont la double ceinture flotte au vent, glisse au-dessous des seins et n’est pas sans rappeler les drap ?s antiques. La nudit ? rel ?ve du r ?alisme ?rotique et l’associe aux Victoires ail ?es. Le profil est grec, le nez droit, la bouche g ?n ?reuse, le menton d ?licat, le regard de braise. Femme exceptionnelle parmi les hommes, d ?termin ?e et noble, la t ?te tourn ?e vers eux, elle les entra ?ne vers la victoire finale. Le corps profil ? est ?clair ? ? droite. Son flanc droit sombre se d ?tache sur un panache de fum ?e. Appuy ?e sur son pied gauche nu qui d ?passe de sa robe, le feu de l’action la transfigure. Le fusil qu’elle tient ? la main, mod ?le 1816, la rend r ?elle, actuelle et moderne.
Les gamins de Paris
Ils se sont engag ?s spontan ?ment dans le combat. L’un d’entre eux, ? gauche, agripp ? aux pav ?s, les yeux dilat ?s, porte le bonnet de police des voltigeurs de la garde. ? droite, devant la Libert ?, figure un gar ?on. Symbole de la jeunesse r ?volt ?e par l’injustice et du sacrifice pour les nobles causes, il ?voque, avec son b ?ret de velours noir d’ ?tudiant, le personnage de Gavroche que l’on d ?couvrira dans Les Mis ?rables trente ans plus tard. La giberne, trop grande, en bandouli ?re, les pistolets de cavalerie aux mains, il avance de face, le pied droit en avant, le bras lev ?, un cri de guerre ? la bouche. Il exhorte au combat les insurg ?s.
L’homme au b ?ret
Il porte la cocarde blanche des monarchistes et le n ?ud de ruban rouge des lib ?raux. C’est un ouvrier avec une banderole porte-sabre et un sabre des compagnies d’ ?lite d’infanterie, mod ?le 1816, ou briquet. L’habit , tablier et pantalon ? pont , est celui d’un manufacturier. Le foulard qui retient son pistolet sur son ventre ?voque le mouchoir de Cholet, signe de ralliement de Charette et des Vend ?ens.
L’homme au chapeau haut de forme, ? genoux, est-ce un bourgeois ou un citadin ? la mode ? Le pantalon large et la ceinture de flanelle rouge sont ceux d’un artisan. L’arme, tromblon ? deux canons parall ?les, est une arme de chasse. A-t-il le visage de Delacroix ou d’un de ses amis ?
L’homme au foulard nou ? sur la t ?te
Avec sa blouse bleue et sa ceinture de flanelle rouge de paysan, il est temporairement employ ? ? Paris. Il saigne sur le pav ?. Il se redresse ? la vue de la Libert ?. Le gilet bleu, l’ ?charpe rouge et sa chemise r ?pondent aux couleurs du drapeau.
Les soldats
Au premier plan, ? gauche, le cadavre d’un homme d ?pouill ? de son pantalon, les bras ?tendus et la tunique retrouss ?e. C’est, avec la Libert ?, la deuxi ?me figure mythique tir ?e d’une acad ?mie d’atelier (3), d’apr ?s l’antique, appel ?e Hector, h ?ros d’Hom ?re, h ?ro ?s ? et r ?el.
? droite, sur le dos, le cadavre d’un suisse, en tenue de campagne : capote gris-bleu, d ?coration rouge au collet, gu ?tres blanches, chaussures basses, shako au sol. L’autre, la face contre terre, a l’ ?paulette blanche d’un cuirassier.
Au fond, les ?tudiants, dont le polytechnicien au bicorne bonapartiste, et un d ?tachement de grenadiers en tenue de campagne et capote grise.
Le paysage
Les tours de Notre-Dame, symbole de la libert ? et du romantisme comme chez Victor Hugo, situent l’action ? Paris. Leur orientation sur la rive gauche de la Seine est inexacte. Les maisons entre la cath ?drale et la Seine sont imaginaires.
Les barricades, symboles du combat, diff ?rencient les niveaux du premier plan ? droite. La cath ?drale para ?t loin et petite par rapport aux figures.
La lumi ?re du soleil couchant se m ?le ? la fum ?e des canons. R ?v ?lant le mouvement baroque des corps, elle ?clate au fond ? droite et sert d’aura ? la Libert ?, au gamin et au drapeau.
La couleur unifie le tableau. Les bleus, blancs et rouges ont des contrepoints. Les bandouli ?res parall ?les de buffleterie blanche r ?pondent au blanc des gu ?tres et de la chemise du cadavre de gauche. La tonalit ? grise exalte le rouge de l’ ?tendard.
Interpr ?tation
Le tableau glorifie le peuple citoyen ? noble, beau et grand ?. Historique et politique, il t ?moigne du dernier sursaut de l’Ancien R ?gime et symbolise la Libert ? et la r ?volution picturale. R ?aliste et novateur, le tableau fut rejet ? par la critique, habitu ?e ? voir c ?l ?brer le r ?el par des concepts. Le r ?gime de Louis-Philippe, dont elle saluait l’av ?nement, le cacha au public. Elle entra en 1863 au mus ?e du Luxembourg et en 1874 au Louvre. Image de l’enthousiasme romantique et r ?volutionnaire, continuant la peinture historique du XVIIIe si ?cle et devan ?ant Guernica de Picasso, elle est universelle.
Source ? : voir le site histoire-image
un site formidable qui s’est donn ? l’ambition d’enrichir la connaissance du pass ? ? travers les ?uvres d’art et les documents iconographiques qui s’y rapportent.
A d ?couvrir par exemple ? : les conditions de vie des civils pendant la guerre 14-18.
(1) Bonnet phrygien : originaire de Phrygie, ce bonnet symbolise la libert ? en raison de sa ressemblance avec le chapeau que portaient les esclaves affranchis sous l’Empire romain.
(2) Le drapeau tricolore est n ? sous la R ?volution de la r ?union des couleurs du roi ? (blanc) et de celles de la Ville de Paris (bleu et rouge). Avant d’ ?tre un drapeau, le tricolore fut cocarde.
(3) Une acad ?mie d’atelier est une ?tude du corps humain d’apr ?s un mod ?le vivant dans un atelier de peinture.

