Ecrit le 22 mars 2022
Source ? : institutmontaigne.org
par Olivier Galland et Marc Lazar
Une enqu ?te d’une ampleur in ?dite, a ?t ? r ?alis ?e au mois de septembre 2021 aupr ?s de 8 000 jeunes Fran ?ais.
82 % des jeunes Fran ?ais se disent heureux, et 17 % d’entre eux se disent m ?me tr ?s heureux.
Les jeunes se montrent de plus en plus d ?sireux de vivre ? l’ ?tranger, et aspirent ? plus de mobilit ? : plus d’un jeune sur cinq souhaite vivre dans un autre pays. Deux jeunesses se contrastent ? l’ ?chelle territoriale : une jeunesse rurale plus populaire, souvent active, attach ?e ? cet ancrage local ; une jeunesse urbaine, souvent scolaire ou ?tudiante, de milieux sociaux plus favoris ?s et d ?cid ?e ? demeurer dans ce cadre urbain.
Les jeunes d ?clarent ?galement vouloir choisir plut ?t un travail par passion que pour des raisons p ?cuniaires : pour 42 % d’entre eux, leur choix prioritaire se porte sur un domaine qui les anime. Les jeunes ne sont pas frileux et souhaitent choisir une carri ?re qui leur permettra de se r ?aliser personnellement.
tout en faisant face ? des difficult ?s importantes
Les questions d’argent pr ?occupent beaucoup les jeunes : 59 % d’entre eux trouvent les questions d’argent difficiles. Ces difficult ?s mat ?rielles sont par ailleurs clairement corr ?l ?es au niveau d’aisance financi ?re de leurs parents.
41 % des jeunes disent ?galement rencontrer des difficult ?s dans le cadre de leurs ?tudes et 28 % s’estiment insatisfaits de leur orientation scolaire. Cette situation a des effets psychologiques beaucoup plus d ?l ?t ?res chez les jeunes de faible niveau d’ ?tudes et est un facteur d ?cisif de mal- ?tre chez beaucoup d’entre eux. 55 % des jeunes de niveau d’ ?tude inf ?rieur au bac et ayant ?t ? mal orient ?s trouvent les ?tudes inutiles.
Marqu ?s par le Covid
Les jeunes Fran ?ais ont beaucoup souffert du Covid-19, et la crise sanitaire a eu de lourdes cons ?quences sur ces jeunes g ?n ?rations. 51 % d’entre eux indiquent que la crise sanitaire a eu un impact n ?gatif sur leur moral. L’impact n ?gatif que cela a eu sur leur travail, le d ?roulement de leurs ?tudes ou encore leurs relations sociales ont caus ? chez 22 % des jeunes des troubles alimentaires.
Les jeunes dont la situation financi ?re est la plus difficile sont 5 fois plus nombreux que les jeunes les plus ? l’aise financi ?rement ? avoir ressenti un grand nombre d’effets psychologiques ou somatiques dus au confinement.
Quatre jeunesses fran ?aises
Quatre profils types de jeunes ont ?t ? d ?gag ?s.
1 - Les d ?mocrates protestataires, qui repr ?sentent 39 % de la jeunesse
Ces jeunes sont davantage int ?ress ?s que les autres par les questions soci ?tales, et s’ils ne se contentent plus de l’exercice du droit de vote pour peser sur la destin ?e de leur pays, ils rejettent pour autant la violence politique en restant attach ?s au mod ?le d ?mocratique repr ?sentatif. 91 % de ces jeunes consid ?rent le vote « utile ».
2 - Les d ?sengag ?s, repr ?sentent 26 % de la jeunesse
Ces jeunes sont en retrait sur toutes les questions soci ?tales et politiques. Ils repr ?sentent l’antith ?se des « d ?mocrates protestataires ». Leur principale caract ?ristique est de ne pas exprimer d’opinion politique : 63 % d’entre eux n’indiquent aucune proximit ? avec un parti et 47 % ne se positionnent pas sur l’axe gauche-droite.
3 - Les r ?volt ?s, repr ?sentent 22 ?% de la jeunesse.
Ces jeunes sont davantage que les autres en d ?tresse psychologique et en situation mat ?rielle difficile. Ils sont favorables ? un changement radical, de nature r ?volutionnaire, de la soci ?t ?, et pr ?ts ? justifier la violence politique pour y parvenir.
4 - Les int ?gr ?s transgressifs, repr ?sentent 13 % de la jeunesse
Malgr ? de nombreux signes d’int ?gration ?conomique et sociale, ils semblent gagn ?s par une culture transgressive en mati ?re de respect des r ?gles en montrant une plus grande tol ?rance ? l’ ?gard des comportements violents et d ?viants.
d ?saffiliation
c’est sur les questions de d ?saffiliation politique que les jeunes se diff ?rencient le plus des autres g ?n ?rations.
64 ?% des jeunes consid ?rent que la soci ?t ? doit ?tre am ?lior ?e progressivement par des r ?formes. Beaucoup de pr ?occupations sont d’ailleurs partag ?es avec leurs parents et les Baby Boomers comme les violences faites aux femmes, le terrorisme et l’ ?cologie. En effet, 52 ?% trouvent ?galement les questions environnementales tr ?s importantes contre 51 ?% de la g ?n ?ration des parents et 46 ?% des Baby Boomers.
Les jeunes sont ?galement ind ?niablement plus sensibles que les g ?n ?rations pr ?c ?dentes ? la th ?matique du racisme structurel ? : 46 ?% d’entre eux sont d’accord avec l’id ?e que la France est et demeurera une soci ?t ? raciste du fait de son pass ? colonial, contre respectivement 33 ?% et 30 ?% pour la g ?n ?ration des parents et des Baby Boomers.
Les jeunes Fran ?ais ne sont par ailleurs pas massivement gagn ?s par le combat identitaire. Certes, une partie des jeunes est sensibilis ?e ? ces questions, mais les questions de genre et de droit des LGBT se situent loin derri ?re les violences faites aux femmes et la faim dans le monde dans les priorit ?s des jeunes.
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L’insatisfaction ? l’ ?gard des ?tudes est ?galement un facteur important de mal- ?tre : il y a un lien fort entre l’insatisfaction scolaire et le sentiment d’ ?tre malheureux
La d ?saffiliation politique s’amplifie
Sur le plan politique, 64 ?% des jeunes montrent des signes de d ?saffiliation politique (en ne se situant pas sur l’ ?chelle gauche-droite ou en ne se sentant de proximit ? avec aucun parti) contre 40 ?% de la g ?n ?ration des parents et 36 ?% des Baby Boomers. Seule une minorit ? de jeunes s’identifient de fa ?on claire sur le plan politique (36 ?% contre 60 ?% des parents et 64 ?% des boomers). Seulement 51 ?% des jeunes se sentent tr ?s attach ?s ? la d ?mocratie, contre 59 ?% des parents et 71 ?% des baby-boomers.
Seule une minorit ? de jeunes parvient aujourd’hui ? se situer politiquement, 43 ?% des jeunes n’ayant pas d’id ?es assez pr ?cises pour se positionner sur l’ ?chelle gauche-droite (contre 25 ?% des parents et 20 ?% des Baby Boomers). Une partie importante des jeunes ne se reconna ?t donc dans aucune tendance politique soit par m ?connaissance, soit par d ?sint ?r ?t et peut- ?tre aussi par rejet.
Les jeunes partagent avec leurs parents et les Baby Boomers la d ?fiance ? l’ ?gard des dirigeants politiques ? : 70 ?% des jeunes, 67 ?% des parents et 57 ?% des Baby Boomers consid ?rent que ceux-ci sont corrompus.
Pour autant, cette d ?saffiliation s’accompagne tout de m ?me d’une forte conviction d ?mocratique, puisque 66 ?% des jeunes pensent qu’il est utile de voter, et que les ?lections peuvent faire avancer les choses (contre 68 ?% des parents et 76 ?% des Baby Boomers).
25 ?% d’entre eux se disent m ?me « tout ? fait pr ?ts » ? participer ? une manifestation ? : cependant, dans cette volont ? de protestation, la mont ?e de la tol ?rance envers la violence politique inqui ?te.
49 ?% des jeunes trouvent « compr ?hensible » d’affronter des ?lus pour protester (contre 40 ?% de la g ?n ?ration des parents et 46 ?% des Baby Boomers) et la tol ?rance pour les comportements de d ?gradation est 2 ? 3 fois plus ?lev ?e chez les jeunes. 1 jeune sur 5 trouve acceptables et compr ?hensibles les actes de d ?gradation de l’espace public ? : cette proportion tr ?s importante tranche largement avec la perception des autres g ?n ?rations. En effet, moins d’une personne sur 10 parmi la g ?n ?ration des parents et environ une personne sur 20 dans la g ?n ?ration des Baby Boomers tol ?re la d ?gradation de l’espace public.
Les jeunes femmes impulsent les ?volutions
En 2022, les femmes sont ? l’avant- garde sur beaucoup de questions politiques et soci ?tales et sont par ailleurs tr ?s sensibles aux questions des violences sexuelles, dont 28 ?% d’entre elles affirment avoir ?t ? victimes. Elles sont donc notamment un moteur de l’ ?volution g ?n ?rale des attitudes socio-politiques ? l’ ?gard des questions relatives au genre ? : 60 ?% d’entre elles estiment que les diff ?rences de genre sont produites par la soci ?t ? et non naturelles, contre respectivement 37 ?% de la g ?n ?ration des parents et 36 ?% de la g ?n ?ration des Baby Boomers.
Surtout, 61 ?% des jeunes femmes sont en d ?saccord avec l’id ?e selon laquelle les hommes et les femmes auront toujours des points de vue et des fa ?ons d’ ?tre diff ?rents du fait de leur sexe, contre 36 ?% des femmes de la g ?n ?ration des parents et de celle des Baby Boomers. L’ ?volution des jeunes femmes au travers des g ?n ?rations est beaucoup plus forte que celle des hommes.
Elles ont un go ?t beaucoup plus prononc ? que les autres g ?n ?rations pour la protestation, mais respectent vivement le cadre d ?mocratique et r ?pudient la violence politique. Face ? ces formes de politique trop masculines, elles peinent ? trouver leur place.
Les jeunes femmes, paradoxalement, sont moins engag ?es au sein des associations et sur le plan politique. Ces r ?sultats conduisent ? penser que les formes actuelles d’engagement ne leur conviennent pas suffisamment. Le sexe joue un r ?le ?galement tr ?s important dans la diff ?renciation des attitudes ? l’ ?gard de la violence : la justification de la violence est un net tropisme masculin
Les jeunes d’origine ?trang ?re et plus encore les jeunes de confession musulmane se distinguent sur plusieurs aspects. Ils sont d’abord, et c’est sans doute un point essentiel, tr ?s largement convaincus que la France est une soci ?t ? raciste par nature. Cette conviction peut ?tre aliment ?e par les discriminations que subissent ces jeunes ? l’embauche et par les tensions qu’ils connaissent avec la police. Leur conviction d’une France raciste est susceptible de nourrir leur propension ? justifier plus que d’autres la violence politique et les comportements d ?viants, m ?me si elle ne suffit pas ? l’expliquer enti ?rement.

