Ecrit le 14 ao ?t 2013
R ?forme de la Carte scolaire
Un rapport de 106 pages, ?tabli en juin 2013 par l’Inspection de l’ ?ducation nationale, fait le point sur l’assouplissement de la carte scolaire survenu en 2007. Le ministre de l’ ?poque, M. Xavier Darcos, souhaitait laisser plus de libert ? de choix aux familles, avec un objectif : « favoriser l’ ?galit ? des chances et am ?liorer sensiblement la diversit ? sociale dans les coll ?ges et les lyc ?es ».
Des crit ?res tr ?s diff ?rents
Concr ?tement le rapport constate que le choix des familles est fait en fonction de crit ?res tr ?s diff ?rents :
- - il peut s’agir d’une commodit ? de vie : on privil ?gie la proximit ? g ?ographique du coll ?ge. Ainsi, en zone rurale, on pr ?f ?rera le coll ?ge proche du lieu de travail de l’un des parents, la famille assurant les trajets afin d’ ?viter ? l’enfant un d ?part ? une heure trop matinale ou un retour tardif le soir par les transports scolaires. La carte scolaire, fond ?e sur l’adresse du domicile, correspond sans doute ? une vision de la vie qui ne prend en compte ni la mobilit ? normale et quotidienne de la famille, ni les n ?cessit ?s de garde en dehors des heures de cours.
- - il peut s’agir d’un attrait g ?ographique, dans des zones relativement rurales o ? des familles consid ?rent que fr ?quenter le coll ?ge d’une bourgade plus importante, voire le chef-lieu du d ?partement, est un facteur positif pour l’environnement des ?tudes.
- - il peut s’agir de la recherche d’un ?tablissement en fonction de ce que l’on sait (ou croit savoir) de la composition sociale et culturelle de son public.
Le rapport constate que les motivations relatives au bien- ?tre et ? la s ?curit ? sont plus nombreuses que celles qui se r ?f ?rent aux propositions p ?dagogiques des coll ?ges, ainsi qu’aux acquis et aux r ?sultats des ?l ?ves.
Rumeurs
Le rapport signale aussi l’importance des rumeurs : « ?les sites internet des coll ?ges contiennent tr ?s peu d’ ?l ?ments susceptibles d’aider au choix, et comparables d’un coll ?ge ? l’autre, sur tous les sujets qui pr ?occupent les parents : qualit ? de la vie, attention port ?e aux ?l ?ves, r ?sultats en termes d’examens ou d’orientation Il est apparu de fa ?on r ?guli ?re ? la mission que la presse r ?gionale, avec ses avantages et ses d ?fauts, apportait plus d’informations sur les ?tablissements scolaires, souvent ? travers le prisme de faits divers, que l’ ?ducation nationale elle-m ?me, pour laquelle » communiquer « ne fait pas partie des comp ?tences normalement exerc ?es.(...). On voit quantit ? de cas o ? le rejet d’un coll ?ge exprime davantage une angoisse qu’une position fond ?e sur des crit ?res objectiv ?s. Le risque d ?s lors est que cette angoisse ouvre la voie ? des pr ?jug ?s de nature sociale et culturelle, sans que l’institution se pr ?occupe de rassurer les familles en diffusant l’information ad ?quate ? ».
La r ?alit ? montre que la concurrence entre ?tablissements cr ??e en 2007 a surtout fig ? des situations acquises. Les coll ?ges attractifs restent attractifs et les coll ?ges ?vit ?s restent ?vit ?s, ce qui ne peut ?tre une situation acceptable ? long terme. Par ailleurs l’assouplissement semble avoir renforc ? les diff ?rences sociales entre les coll ?ges publics et priv ?s, ces derniers accueillant plus qu’avant 2008 une fraction plus favoris ?e d’ ?l ?ves. Ce choix du priv ? est de moins en moins de type confessionnel, mais il peut repr ?senter pour certains une volont ? « d’entre soi » avec toutes les nuances possibles : d’un « entre soi » social ? un « entre soi » culturel, d’un « entre soi » fantasm ? ? un « entre soi » r ?el, sans oublier ce qui peut appara ?tre comme un « ?entre soi ? » scolaire, avec une identique adh ?sion ? des valeurs proclam ?es de l’ ?cole et leur importance pour une bonne insertion sociale
Mixit ? sociale
Le rapport insiste sur les principes de mixit ? sociale et consid ?re que, pour cela, trois motifs devraient ?tre affich ?s :
- : l’efficacit ? : en effet, les r ?sultats de la recherche montrent de fa ?on constante que l’ ?quilibre social engendre une plus grande efficacit ? de l’enseignement,
- : le « sentiment de justice » : motif aussi important pour les ?l ?ves que pour les parents, qui y sont particuli ?rement sensibles dans les ?tablissements d ?favoris ?s ;
- - l’ ?ducation : elle est essentielle pour redonner un sens ? l’ ?cole comme creuset de citoyennet ? v ?ritable, permettant d’assurer une meilleure coh ?sion sociale et donnant notamment sa force ? la notion de « commun » attach ?e au socle de connaissances, de comp ?tences et de culture tel que vient de le red ?finir le l ?gislateur.
Le rapport fait ensuite un certain nombre de pr ?conisations, sans revenir ? une « ?carte scolaire ? » contraignante. Certaines sont audacieuses : la fermeture de certains ?tablissements s’impose comme une mesure d’urgence, si rien ne permet d’attendre d’am ?lioration des conditions d’apprentissage. Cela ne concerne ?videmment pas la r ?gion de Ch ?teaubriant.
Le rapport explique que, dans certaines zones rurales, les ?l ?ves ne b ?n ?ficient pas toujours d’une ouverture culturelle ni d’une diversit ? sociale suffisantes. « ?Ces cas devront ?tre pris particuli ?rement au s ?rieux par l’institution ?ducative aussi bien que par le Conseil G ?n ?ral : ce sont des coll ?ges qui ne cr ?ent en g ?n ?ral pas de probl ?mes, mais qui restent souvent au-dessous de ce qu’ils devraient apporter en termes de production de comp ?tences, essentiellement en raison d’une pauvret ? culturelle de l’environnement. La question de la carte scolaire devient alors fortement une question de recherche de moyens scolaires, culturels et partenariaux pour tirer ces coll ?ges d’une rel ?gation pr ?occupante ? ».

