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Pourquoi porter capuche ?

Écrit le 27 mai 2015

Même sous un beau soleil, sans vent, nous croisons parfois dans la rue des garçons, des hommes, mineurs ou majeurs, dont la tête est recouverte par une capuche. Ce nouveau ’look’ est apparu timidement en France il y a près de 20 ans. Il gagne beaucoup d’adeptes. Bien, acceptons ce signe visuel marquant comme un fait de société, qui veut exprimer, tel un code de reconnaissance, une situation ou un lien.

Il est utile, en société, de comprendre, de décoder cette attitude. La rejeter d’emblée, par peur de ce qui se trame sous les capuches, est le plus sûr moyen de se couper des aspirations de certains jeunes.

 Capuche : outil de travail

La naissance du port de capuche par des jeunes hommes, puis l’instauration du fameux ’sweat à capuche’, c’est aux U.S.A. dans les années 1930 (eh oui !) qu’il faut la gratter. Appelée « hoodie ou hoody », la capuche est d’abord une protection pour les employés des entrepôts frigorifiques de New-York. Adoptée par les boxeurs, puis par des étudiants, la capuche devient (1970) le symbole (vraiment symbolique !) d’appartenance à un gang. Vers l’an 2000, les grands couturiers l’imposent comme un ’must’. L’argent n’a pas d’odeur. La musique hip-hop et sa suite est un autre lien déterminant.

Aujourd’hui, le port de la capuche-homme fait partie du paysage français, surtout urbain, de l’ado au jeune adulte. Il grignote les casquettes portées visière renversée, qui ont fait leur temps et eu leur gloire. Changement de vue vestimentaire, phénomène de mode éternellement recommencée et calquée sur la transhumance des moutons (on suit bêêêêtement la foule). Mais le message revendicatif reste le même : je suis rebelle. Mais à quoi ?

 Reflet de délinquance

Là, les réponses sont évasives. Jocelyn, du haut de ses 13 ans, dit vouloir « ressembler à ses copains ». Farid, presque 23 ans, est « contre le Système qui bouche son avenir ». Pas si simple de cerner la signification, ça part dans tous les sens.

Une capuche rabattue permet de cacher les trois-quarts de la tête, comprenant toute la chevelure, l’arrière du cou, les oreilles, et possiblement le front. Il y a diminution du champ visuel et auditif pour le porteur. Un look comme un autre. Notons à la fois un partage de la musique rap  , un repli sur soi, et une volonté d’anonymat. Peut être une faute de goût générationnelle.

Très pragmatique, le milieu de la délinquance a vite adopté la tenue. Encapuchonné, les yeux rivés au sol, ganté, chacun peut organiser son ’mauvais coup’ en défiant toute identification et en déjouant les caméras de surveillance. Surtout en portant de grosses lunettes noires. Incognito. Transparent. Une ombre ! Mais ce n’est qu’une minorité.

En 2005, les banlieues parisiennes s’embrasent. En 2011, Londres est livrée aux pillards. Les U.S.A. aussi connaissent des troubles. Un lien supra-national : le sweat-capuche. La rafale juridique « nul ne peut, dans un espace public, porter une tenue en vue de dissimuler son visage » [2011] n’a pas tardé. Avec plus ou moins de tact dans son application, selon les pays.

Mais la capuche, outre son instrumentalisation ’’voyoue’’, porte beaucoup d’autres germes qui restent à venir, à comprendre. La vigilance s’impose.

 Capuche : révolte

Nul doute que le sweat-capuche est un vêtement confortable, taillé pour les loisirs ou les sports, utilitaire, pratique si intempéries, qui a su trouver son look esthétique. Des millions de gens l’enfilent chaque jour, avec bonheur. Jusque là, nous sommes dans un reflet ’Bisounours’.

Basculons dans un monde plus trouble. Outre quelques délinquants marginaux l’utilisant pour des motifs de lâcheté et de discrétion forcée, d’autres citoyens rabattent leur capuche en gardant la tête haute et le regard franc. C’est un défi, c’est un signe reconnu de révolte ou tout au moins de protestation et/ou de contestation.

En tant qu’homme, cacher sa nuque, ses cheveux et une partie de son visage, se priver d’une partie de ses sens visuels et auditifs, ce n’est pas du tout anodin. C’est une façon codée et retenue de crier sa colère et sa rage. Avertissement sans frais à la société, mais menace permanente de passer à l’acte. C’est une nouvelle forme de radicalisme. Elle mijote dans une couche jeune (8 à 30/35 ans) de notre population. Elle renifle le sentiment d’exclusion sociale, en particulier dans les quartiers urbains dits ’sensibles’.

 Des jeunes invisibles

Il y a donc autour de nous, ou proches de nous, des garçons plutôt jeunes qui, en se dissimulant la tête sous une simple capuche, pensent devenir invisibles en se fondant dans la masse. Certes, c’est illusoire, car vite repéré de l’extérieur. Mais ils sont en malaise. Nous croisons quotidiennement le signe parfaitement silencieux (ou presque) d’un mal de vivre. Connaît-on cette souffrance ? Phénomène éphémère ou durable ?

 Souci de demain

La capuche est un faible rempart symbolique qui prétend occulter une partie de la réalité. C’est possiblement un marqueur durable. Et les porteurs se multiplient, c’est troublant. Il semble simple de les compter, dans un lieu ou un temps donné, pour évaluer leur fréquence, leur densité. Et pourquoi pas les aborder pour un bref contact ? Juste aller à l’essentiel : cerner et préciser ce besoin de porter capuche. Ce pourrait être un formidable sujet de mémoire, mené par quelques étudiants. L’idée serait de prévenir, d’isoler et soigner des germes sociétaux nocifs. Ces capuches silencieuses peuvent demain devenir bruyantes.

Pascal