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Des chaussures jaune paille

  Sommaire  

Ecrit le 2 novembre 2016

 Couleurs

L’accord des adjectifs désignant une couleur présente quelques « particularités » : en général, ils s’accordent avec le nom auquel ils se rapportent : des chaussures noires, rouges, jaunes, violettes, des parapluies verts, beiges, bleus.

MAIS si la couleur est exprimée par deux adjectifs parce que l’on veut exprimer une nuance, aucun des adjectifs ne s’accorde : des pulls bleu pâle (d’un bleu pâle), des jupes rouge vif ou vert foncé, des chaussures blanc cassé, des chemises vieux rose ; il ne viendrait à l’esprit de personne de dire ou d’écrire : je porte des chaussures blanches cassées, des jupes rouges vives, des chemises vieilles roses ! Pour faire le bon accord, il suffit d’ajouter entre le nom et les adjectifs (d’un) ou (d’une) : je porte des pulls (d’un) bleu pâle, des jupes (d’un) rouge vif etc.

Quand deux adjectifs de couleur se suivent, ils sont reliées par un trait d’union : des yeux bleu-vert, des fleurs jaune-orangé. On écrira des balles rouge et bleu si les balles comportent du rouge et du bleu, mais des balles rouges et bleues s’il y a des balles toutes rouges et des balles toutes bleues.

Si la couleur est exprimée par un mot qui représente aussi une chose, l’adjectif qui la désigne est INVARIABLE : des chaussettes orange (= de la couleur d’une orange), marron, des yeux pervenche, des képis kaki, des jupes rouille ou brique, des chemises abricot ou ardoise.

ATTENTION : l’usage veut que les adjectifs rose, écarlate, fauve, incarnat (d’un rouge clair et vif) mauve, pourpre s’accordent avec le nom auquel ils se rapportent : des fleurs mauves, pourpres, incarnates, des joues écarlates alors qu’ils font référence à une chose ou à un animal.

Devinette : qu’est-ce qu’un cheval aubère ? (1)

Elisabeth Blondel


Ecrit le 9 novembre 2016

 Pied

Si vous avez le pied égyptien, votre gros orteil est plus long que le second orteil, si vous avez le pied grec, votre gros orteil est plus court que le second. Quoi qu’il en soit, pour exprimer une sensation de bien-être, on se repose les doigts de pied en éventail ou en bouquet de violettes.

Trouver chaussure à son pied a d’abord signifié au XVIIe siècle trouver quelqu’un qui vous résiste (« pied à pied ») car à signifiait alors contre. Aujourd’hui l’expression signifie trouver une chaussure à la bonne taille et, au sens figuré, rencontrer l’âme sœur.

Au sens propre comme au sens figuré, on peut lever le pied, sauter à pieds joints, ou à cloche-pied, faire un croche-pied, avoir pied, perdre pied, avoir (ou pas !) les pieds sur terre, traîner des pieds, fouler aux pieds, marcher sur les pieds de quelqu’un, mettre pied à terre, danser sur un pied puis sur l’autre, se retirer sur la pointe des pieds, mettre un pied dans la porte, se faire retirer ou retirer une épine du pied, être aux pieds de quelqu’un, retomber sur ses pieds, avoir un pied dans la tombe, partir les pieds devant, avoir pieds et poings liés, casser (= écraser) les pieds, faire des pieds et des mains, mettre le pied à l’étrier, ne pas avoir les deux pieds dans le même sabot, avoir le pied marin, mettre les pieds dans le plat, couper l’herbe sous le pied, mettre les pieds sous la table, faire du pied, faire les pieds à quelqu’un, donner un coup de pied, faire un appel du pied, ne pas se trouver sous le pied d’un cheval, mettre à pied (au départ=priver quelqu’un de son cheval). Dans toutes ces locutions, le pied est une partie du corps humain. (Orthographiquement, le cou de pied se distingue du coup de pied !)

Dans d’autres locutions, le pied fait allusion à une ancienne unité de mesure datant du Moyen Age et équivalant à environ 0,30 mètres : être six pieds sous terre ; être sur un pied d’égalité avec quelqu’un (être dans un rapport égalitaire avec quelqu’un) ; prendre au pied de la lettre (prendre au sens littéral, « à la mesure » de la lettre) ; vivre sur un grand pied (« mener grand train » à la mesure de ses revenus ; prendre son pied signifie éprouver grand plaisir à faire ou éprouver quelque chose à la mesure attendue ; faire un pied de nez signifie … prendre ses distances ( du bout du nez avec le pouce jusqu’à l’extrémité de l’auriculaire) avec quelqu’un de qui on veut se moquer !

DEVINETTES : qu’est-ce qu’un pied de cheval quand ce n’est pas l’extrémité de la patte d’un cheval ? Qu’est-ce qu’un pied de mouton ?

Elisabeth Blondel


Ecrit le 16 novembre 2016

 Main

Le mot désigne en premier lieu comme chacun sait la partie du corps humain munie de cinq doigts qui termine le bras et sert à prendre et à toucher : on lève la main pour prendre la parole, on vote à main levée, on marche sur les mains, on promet quelque chose la main sur le cœur, on tend la main- pour dire bonjour ou demander l’aumône au sens propre et mendier une faveur au sens figuré, on ouvre et on ferme la main, on change de main, on donne la main pour traverser la rue au sens propre et pour aider, secourir quelqu’un au sens figuré. Il faut être deux pianistes pour jouer des sonates à quatre mains. On écrit de la main droite ou de la main gauche ; on disait autrefois qu’une personne se mariait de la main gauche quand elle épousait quelqu’un de qui la condition sociale était inférieure à la sienne (mariage « morganatique »).

On se tord les mains de désespoir, on joint les mains pour adresser une prière, on lève les mains au ciel, on crie « haut les mains », « les mains en l’air », on applaudit des (ou à- ) deux mains ; on marche les mains dans les poches ou les mains derrière le dos. On se frotte les mains pour se réchauffer ou pour se réjouir de la mise en place d’un projet, on tombe en -ou entre de- bonnes mains ; on tient le sort de quelqu’un entre ses mains, on peut lui donner un coup de main ; on est reçu à un examen ou à un concours haut la main ; on passe parfois la main dans le dos de quelqu’un pour lui forcer la main ; quand on est sûr qu’une information est juste, on est prêt à en mettre sa main à couper ! il arrive aussi qu’on se lave les mains d’une décision (on ne s’en sent pas responsable) mais quand on en vient aux mains, on n’y va pas toujours de main morte ! Jeu de mains, jeu de vilains, (= paysans) du bas-latin- villanus, de villa, ferme,- qui ne possèdent pas d’épée et ne peuvent se battre qu’avec leurs mains-. On peut aussi prêter main-forte à quelqu’un qui a des problèmes et faire main basse sur les biens d’autrui.

Quand on joue aux cartes, on a la main ou on passe la main ; les jardiniers ont la main verte, les vendeurs peuvent proposer l’achat d’une voiture de première main, et les promoteurs, un appartement clés en mains. Dans le domaine de la haute couture, les petites mains sont aux ordres des premières mains ; dans celui de la cuisine, il ne faut pas avoir la main trop lourde pour saler les plats !
Dans le domaine de la justice, on peut porter plainte en déposant une main courante, ancien nom du registre où étaient consignées les plaintes écrites à la main par la personne habilitée à les recevoir.

Dans une papeterie, on peut acheter une main de papier (25 feuilles comptées 5 par 5 « en un tour de main » avec les 5 doigts de la main).

Enfin, il était d’usage autrefois qu’un jeune homme demande la main d’une jeune fille à son père avant leur mariage. Un autre usage d’autrefois tend aussi à se perdre : celui du baisemain.

DEVINETTE : A qui attribue-t-on l’expression : « Pour gouverner les Français, il faut une main de fer recouverte d’un gant de velours » ? Réponse dans le prochain numéro de La Mée.

Elisabeth Blondel


NOTES:

(1) REPONSE à la devinette de la semaine dernière : AUBERE (blanchâtre) - probablement de la famille du mot aube ( albus = blanc) – désigne un cheval dont la robe est constituée d’un mélange de poils blancs et de poils alezans.

(2) REPONSE AUX DEVINETTES de la semaine dernière : un PIED de CHEVAL est une huître dont la forme rappelle le sabot d’un cheval. Un PIED de MOUTON est un champignon comestible dont le nom « savant » est Hydnum repandum, connu en Dordogne sous le nom de « barbissou ».

(3) l’expression « une main de fer dans un gant de velours » est attribuée à Bernadotte - futur roi de Suède et de Norvège - lors d’une entrevue avec le comte d’Artois, prince royal de Suède.