Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Texte seul |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Châteaubriant > Défendons la langue française > Les paronymes

Les paronymes

Ecrit le 23 mai 2017

 Les paronymes (1)

Les paronymes - du grec para + onoma (= nom à côté de, c’est-à dire « qui porte un nom semblable » )- sont des mots qu’on prononce à peu près de la même façon mais qui n’ont pas le même sens. Ils sont souvent de la même famille, mais la différence de sens se fait par la présence d’un préfixe ou d’un suffixe : ranger et arranger, destinateur et destinataire. La confusion n’est pas forcément fréquente mais elle existe de manière courante pour des mots comme emménager (s’installer dans de nouveaux lieux) et aménager (installer un lieu de manière à le rendre habitable), emmener (mener avec soi d’un endroit dans un autre)- et amener (prendre quelqu’un en quelque sorte par la main pour le conduire dans un autre lieu) ouvré (travaillé) et ouvrable (consacré au travail) ; parfois la nuance est faible : colorer, colorier.

Il arrive aussi qu’une expression influe sur le sens d’une autre : ainsi deux navires voguent de conserve (=se protègent l’un l’autre) et, par analogie avec jouer de concert, on a forgé l’expression agir de concert ou de conserve avec dans les deux cas le même sens d’agir en parfait accord.

Il existe des centaines de paronymes, nous n’en citerons donc que quelques-uns, les plus notables (=remarquables, dignes d’être remarqués), mot qu’il ne faut pas confondre avec notoires (=connus de tous).

Ne confondons compréhensible (qu’on peut comprendre) et compréhensif (qui comprend les autres), conjecture (idée non vérifiée, inutile ou erronée) et conjoncture (concours de circonstances, occurrence), décrépi (se dit d’une chose, par exemple d’un mur) et décrépit (se dit d’une personne dont l’âge a altéré la vigueur physique voire intellectuelle), avènement (fait de venir à un état, une situation) et événement( fait qui se produit, s’insère dans la durée), démythifier (débarrasser quelqu’un ou quelque chose d’aspects mythiques qui voilent la réalité) et démystifier (dépouiller quelque chose d’un aspect trompeusement embellissant), collusion (accord secret entre des personnes pour nuire à quelqu’un) et collision (choc), prolifique (fécond) et prolixe (bavard), coasser (s’applique au chant des grenouilles) et croasser (cri des corbeaux), perpétuer (faire durer) et perpétrer (commettre), partiel (qui constitue une partie d’un tout ) et partial (qui juge avec parti-pris), artérite (maladie des artères) et arthrite (maladie des articulations), infester (envahir, dévaster) et infecter (imprégner de germes malsains), agonir (accabler)et agoniser (être sur le point de mourir), bimensuel (qui paraît deux fois par mois) et bimestriel (qui paraît tous les deux mois), orfraie (oiseau diurne) et effraie (oiseau nocturne), venimeux (qui produit ou contient du venin) et vénéneux (qui contient du poison), pédologue (qui étudie les sols) et podologue qui soigne les pieds), enfant prodige (extrêmement doué) et enfant prodigue (qui dilapide son bien en dépenses excessives).

DEVINETTE 1 : quel est l’autre nom de l’orfraie ? Réponse dans le prochain numéro de La Mée.

DEVINETTE 2 : pourquoi le Menhir de Pierre-Fritte, à la Chapelle Glain, porte-t-il ce nom ?

REPONSE à la DEVINETTE du dernier numéro : l’expression d’origine militaire de but en blanc date du XVIIe siècle ; elle a remplacé l’expression de pointe en blanc dans laquelle pointe désignait l’endroit duquel on pointait (= on visait dans le cas d’une arme à feu). Ici, c’est blanc qui désigne la cible et non but qui est une déformation de butte

Elisabeth Blondel


Ecrit le 30 mai 2017

 Les paronymes (2)

Une voyelle distingue l’adjectif inepte (du latin ineptus : qui n’est pas approprié ou qui dénote l’incompétence ou la sottise) de l’adjectif de sens voisin inapte (qui n’a pas les qualités requises pour remplir une fonction).

Si on remplace par un e le a de affilé (aiguisé, tranchant) on obtient effilé (mince, long, étroit). Si on ajoute un i à bileux (qui fait de la bile), on obtient bilieux (de tempérament inquiet) et si on ajoute un u à gradation (accroissement progressif) on obtient graduation (action d’indiquer les degrés). Si on ajoute un L à balade * (promenade), on obtient ballade (poème médiéval comme en ont écrit François Villon et Clément Marot).

Une consonne distingue âcre (qui est irritant au goût et à l’odorat : une fumée par exemple) d’âpre (qui produit une impression de rudesse : un fruit, un vent, une voix, un ton, un son etc. peuvent être âpres ).

Une consonne distingue aussi le verbe abjurer (renoncer à une croyance) du verbe adjurer (supplier).

Ne confondons pas inclination et inclinaison  : le premier désigne un mouvement affectif spontané vers quelque chose ou quelqu’un, alors que le second désigne l’état de ce qui, telle la tour de Pise, est incliné. Notons cependant que dans le langage courant on emploie indifféremment inclination et inclinaison pour désigner l’action d’incliner la tête.

Ne confondons pas non plus luxuriant (qui se développe avec une remarquable abondance) et luxurieux (adonné ou porté à la débauche), acceptation (fait d’accepter) et acception (sens particulier d’un mot), fruste (mal dégrossi, rudimentaire) et rustre (homme grossier, brutal), détonner (ne pas être en harmonie avec un ensemble, chanter faux) et détoner (exploser bruyamment).

Distinguons
– gourmet (amateur de mets raffinés) et gourmand (gros mangeur, goinfre),
– éruption (apparition de lésions cutanées ; jaillissement de matières volcaniques) et irruption (acte d’entrer en force dans un lieu),
– flagrance (état de ce qui est flagrant, évident) et fragrance (odeur agréable, parfum),
– brise (vent peu violent) et bise (vent sec et froid soufflant du nord),
– infraction (violation d’une loi qui entraîne une peine, une contravention) et effraction (fait d’entrer quelque part de façon violente pour commettre un vol, un crime),
– septique (qui est porteur de germes pathogènes) et sceptique (personne qui doute, qui professe le scepticisme),
– rabattre (rabaisser) et rebattre (battre à nouveau- les cartes par exemple). Notons qu’on rebat et non qu’on rabat les oreilles de quelqu’un (=répéter inlassablement),
et tant d’autres !

*Notons que balade qui appartient au registre familier est un dérivé de ballade.

DEVINETTE : Quelle différence fait-on entre les paronymes blanchiment et blanchissement ?

REPONSE AUX DEVINETTES du dernier numéro :

1) L’autre nom de l’orfraie, oiseau de proie diurne dont les cris ne sont pas stridents est pyrargue , l’aigle de mer.

2) Le menhir de Pierre Fritte tirerait son nom de l’altération de pierre effrie (=pierre effrayante par allusion à la chouette effraie qui peut-être y chantait par des nuits sans lune ? A moins que ce ne fût quelque orfraie ???…).

Elisabeth Blondel