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Du Lapin Bleu à La Barcasse, Récits d’un tour de Bretagne

Ecrit le 21 juin 2017

Un soir, une idée, un pari : deux amis, Sylvain BERTRAND et Yann LESTREHAN, projettent d’aller découvrir un vieux bistrot à Lannion, dont on leur a parlé. Sylvain est écrivain, Yann est photographe. Leur passion : rencontrer des gens. Et ce soir-là Mimi la tenancière du bistrot « La Porte de France » est si accueillante et a tellement d’histoires à raconter.

Ainsi naît cette balade de bar en bar en Bretagne : un camion, aucun programme sinon d’aller là où la parole des uns les envoie chez les autres, du Lapin Bleu à La Barcasse, du Bar Américain au Sant Jakez, du Ty Elise au Café de la Pompe ...

« Tous les jours, pendant plus d’un mois, nous avons fait un bar, ou deux. Nous entrions discrètement, seuls les habitués étaient là. Ils nous regardaient. Nous les regardions, le temps qu’on s’apprivoise en douceur. Et puis nous expliquions notre projet. C’étaient alors des rires, des anecdotes, des adresses qu’on nous donnait ».

Les deux jeunes n’ont pas pu faire tous les bars qu’on leur indiquait. Le matin Sylvain écrivait, Yann s’occupait des photos, et, deux fois par semaine, ils racontaient leurs découvertes sur un webzine culturel « Imprimerie nocturne » (1)

C’est ainsi qu’un éditeur, Jean-Marie Goater, de Rennes, les a repérés et leur a proposé d’en faire un livre. « Voilà, nous sommes partis 40 jours, prenant le temps de vivre les choses, de rencontrer des gens super, de participer à des fêtes de villages, de deviner des cultures différentes. Nous avons été invités à déjeuner, nous avons été souvent hébergés chez l’habitant ». Ce n’était pas l’été quand la Bretagne rit sous le soleil, c’était en novembre-décembre quand le ciel est bas et lourd et que tout incite à se mettre à l’abri, au chaud.

Sylvain Bertrand

« Dans ces bars, il y avait beaucoup de personnes âgées, mais pas seulement. On y trouvait toutes les générations et toutes les professions. Nous avons nettement compris qu’il s’y créait du lien social, qu’on y discutait les événements du
coin, qu’on y distribuait les produits locaux » dit Sylvain.

« Chez Paulo, chez Anza, Chez Mimi ou chez Josette, dans tous ces rades de fortune où l’on parvient aisément à se réchauffer le cœur, la tête et les tripes en même temps, prédominent la même attention à l’autre, la même envie de s’exprimer, de mieux se connaître et de partager des moments de convivialité » décrit Jacques Josse dans la préface.

Mimi raconte : « C’est comme eux, parfois je les engueule hein » dit-elle un grand sourire aux lèvres, en montrant de la tête deux jeunes clients. « Bah oui, y en a qui viennent souvent ici et pour eux je suis un peu comme une mère, alors parfois ils ont besoin que je les recadre comme une mère... ». « C’est ça, c’est le truc qu’on avait manqué. Ce sont souvent des femmes qui tiennent les vieux troquets, les bars Mod Koz. C’est le côté maternel » écrit Sylvain.

Dans un village, le bar est un lieu de rencontres  , comme l’épicerie du coin. S’ils disparaissent, le bourg perd de la vie, l’école s’en va aussi. Le bistrot s’adapte aux besoins locaux, un peu de quincaillerie, des clous, des vis. On y vend de la vaisselle, des graines, des semences.

Et surtout on y parle : « on cause politique, initiatives locales et collectives. Voilà pourquoi nous sommes partis faire ce tour, pour voir cela également, pour montrer que ça bouge un peu partout, que les gens s’investissent, qu’ils ont des idées … qu’ils crèvent d’envie de réinvestir leurs droits politiques ».

Cette balade, « c’est acheter des objets « vintage » et des graines, en buvant une bière Bonnets Rouges, c’est acheter des oignons de Roscoff ou un bar frais directement au pêcheur, c’est commenter la gazette locale avec les habitués du vendredi soir, c’est causer bécasses et vent du nord avec les chasseurs, c’est jouer au birilig, sentir la soupe qui mijote dans la cuisine, feuilleter les livres sur l’histoire du pays ... ».

Le bar, dans une commune, c’est le dynamisme « Tous ces vieux bars sont condamnés à disparaître » dit Sylvain, « mais nous avons remarqué qu’il existe des bars alternatifs qui relèvent le défi, comme la Charrue à Châteaubriant, la Mouai’ette rieuse à Mouais, le Papier Buvard à Soulvache ».

« Nous avons vécu notre périple comme une initiation, une quête, une véritable aventure. Le bar est un de ces lieux de vie où le temps se suspend quelques instants. Petit bar de campagne ou de quartier, bar engagé, bar-marché, bar culturel c’est là où naissent les projets, là où se lient les hommes et les femmes, là où ils dansent, là où ils chantent, là où ils crient, parfois, leur révolte, là où ils se saoulent de vin et de vie » dit Sylvain qu’on écouterait des heures à raconter des rencontres   aussi riches. (2)

(1) voir le site imprimerie nocturne
(2) Bistrots, rades et comptoirs, Ed. Goater.