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Conte de Noël

Ecrit le 20 décembre 2017

Le colporteur de Noël

Voilà bien longtemps, Léonce le colporteur allait à pied deux fois par an avec Wouf, son chien, au village de Torquel en Soulvache : une fois au tout début du printemps et une fois juste avant Noël. Avant d’arriver à Torquel, il avait déjà marché, marché, marché à travers la plaine, aidé de sa canne, sur le haut de laquelle il s’asseyait quelquefois un moment pour se reposer un peu. Wouf avait soif.

C’était toujours la petite Rose qui l’entendait arriver la première et qui courait dans les rues du village en chantant à tue-tête « C’est Léonce, venez vite, Léonce est arrivé ! » Alors, toutes les mères de familles quittaient leurs occupations du moment- le rangement du linge sec dans les armoires , le pliage des draps, le raccommodage des chaussettes ou l’épluchage des légumes - pour aller s’asseoir sur la margelle de la fontaine, dont l’eau est si fraîche l’été. Les enfants restaient debout et se haussaient sur la pointe des pieds pour mieux voir ce que contenait la lourde balle du colporteur : en juin, il y avait toutes sortes d’articles qui intéressaient surtout les mamans : des pains de savon de Marseille, des aiguilles, du tissu et des épinglettes et puis d’autres qui eux attiraient l’attention des papas : du tabac gris, des allumettes, des briquets et des pierres à briquets, des pipes en bois ou en écume.

Heureusement, dans l’une des parties de la balle se trouvaient aussi des jeux de cartes, des osselets, de vrais osselets faits par le boucher de Teillay, des billes en terre et des cordes à sauter. Celle qu’avait reçue Rose pour ses sept ans était complètement usée ; sa maman lui en offrit une toute neuve : les poignées en bois étaient peintes en bleu roi et la corde était d’un beau rouge vif. Elle en ferait des parties sur la place en chantant “ A la salade, je suis malade, au céleri, je suis guérie” ou “ 1,2,3 nous irons au bois, 4,5,6, cueillir des cerises, 7,8,9 dans mon panier neuf, dix, onze, douze, elles seront toutes rouges !” avec Berthe, Madeleine et Simone !

Léonce, après avoir vendu quelques objets, était invité à boire une tasse de café, tandis que Wouf se désaltérait à la fontaine. C’était pour lui l’occasion de bavarder, de donner des nouvelles des villages voisins : “A Soulvache, les Galland ont déjà fané, à Fercé, le fils Dupuis va mieux, le docteur dit même qu’il est sauvé !” Puis il repartait de son pas lourd en disant : « Je reviendrai juste avant la Noël » !

En effet, quelques jours avant Noël il revenait au Torquel. Ce n’était pas Rose qui annonçait à ce moment-là son arrivée, car il neigeait (à cette époque, les hivers étaient rigoureux) et toutes les familles restaient bien au chaud au coin du feu. Alors, il cognait aux volets de bois des maisons avec le haut de sa canne, on le faisait entrer et le père de Rose l’aidait à poser à terre sa lourde balle qui ressemblait alors à la hotte du Père Noël : il avait à vendre des écheveaux de laine et des aiguilles à tricoter, des crochets, des livres de recettes, des moules à gâteaux et du papier à beurre pour préparer la fête, des jouets en bois, trains, cubes multicolores et animaux montés sur de petits traîneaux à roulettes, des poupées de chiffon et des “baigneurs” en celluloïd aux yeux fixes, des guirlandes de toutes sortes, des boules de Noël, des étoiles dorées, des bougies et des “fusées” pour décorer le sapin, des santons, des papillotes, des fondants, des pains de sucre candi “à la ficelle”, des bâtons de réglisse, des petits bonshommes de pain d’épice, des images et de grands almanachs à accrocher au mur de la cuisine.

Léonce, cette fois-là, buvait un grand verre de vin chaud aromatisé à la cannelle tout en se réchauffant les mains au feu de la cheminée. Il prenait dans ses bras Georges et Roger, les jumeaux qui étaient nés en septembre dans la famille de Rose et donnait les dernières nouvelles des voisins : “A Teillay, la mère de Jean Lefort est à l’hospice de Châteaubriant depuis quelques semaines, c’est triste, on dit qu’elle ne reconnaît plus personne”.

Puis il se levait lentement en souriant, saluait tout le monde d’un grand geste du bras, reprenait sa canne et son chapeau de feutre gris puis repartait en faisant crisser la neige sous ses galoches à semelle de bois.

Elisabeth Catala-Blondel