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Fable

  Sommaire  

Ecrit le 13 décembre 2017

 FABLE (1)

Le mot fable est issu du latin fabula, qui signifie propos, conversation puis conte, histoire : ce mot est dérivé du verbe fari (=parler) dont la racine indo-européenne « bha » signifie parler car le son B a naturellement évolué en F en grec et en latin. Notons ici que le mot enfant (infans en latin) désigne au sens propre l’être qui ne parle pas encore (préfixe privatif in).

Les nombreux « descendants » français de cette famille sont liés à l’action de parler, de dire, tels faconde (facilité d’élocution) ineffable (qui ne peut s’exprimer) et affable (qualité de quelqu’un qui parle volontiers aux autres), les mots préface (du latin praefatio= avant-propos), famé (dont on parle) et mal famé, fameux (qui fait parler de lui) ainsi qu’infâme, diffamer, diffamatoire qui ont une connotation négative.

Confesser, confession, le latinisme confiteor (= je confesse), professeur, professer, professorat, profession, professionnel sont formés à partir de fessus, participe passé de l’un des dérivés du verbe latin fari : profiteri= faire une déclaration.

Curieusement, le mot fée et ses dérivés féerie, féerique font aussi partie de la famille de fable au sens où ils sont issus de fatum, un dérivé du verbe fari : fatum signifie énonciation divine, destin, malheur ; la fée (fata) est d’abord une déesse des destinées. La plupart des mots qui commencent par fat sont donc comme fée à rattacher à l’idée de destin : fatal, fatalité, fatidique par exemple. Enfin, le mot feu(e) au sens de mort(e), du latin fatutus, se rattache aussi à cette racine, en ce sens que la personne décédée a achevé sa destinée.

La riche famille de fable au sens de propos comporte bien sûr des mots grecs : phêmé (parole) et phanai (parler) phônê (=parole, voix, son) sont présents dans phonème, aphasie, euphémisme, prophète (celui qui parle pour annoncer l’avenir au nom d’un dieu), ainsi que dans polyphonie, francophonie et cacophonie entre autres. Dans l’Odyssée, le cyclope de qui Ulysse crève l’unique œil, s’appelle Polyphème (le « bavard » : celui qui prononce de nombreux mots).

Le mot fable évoque un récit le plus souvent symbolique dans lequel l’imagi-nation intervient pour une grande part : dans ce registre figurent fabliau, fablier, fabuliste et fabuleux, mais l’idée de tromperie, de mensonge, y est également présente comme l’indiquent les mots fabuler, affabulation, fabulateur.

Quand une personne est le sujet de propos ironiques voire malveillants, on dit par métaphore qu’elle est la fable de la ville, du faubourg ou du village : c’est ainsi que Proust fait dire à l’un de ses personnages « Vous serez la fable du conservatoire   ».

Le mot fable désigne aussi les légendes relatives à l’histoire des peuples ainsi qu’aux origines des religions que les sceptiques rejettent pour s’en affranchir, comme l’évoque Roger Martin du Gard dans un de ses romans, Jean Barois. A l’opposé, Renan, dans L’Avenir de la science, accorde aux récits fabuleux de la mythologie le statut de « poèmes divins où les nations primitives ont déposé leurs rêves sur le monde suprasensible ».

DEVINETTE : Quelle est la morale de la fable de La Fontaine intitulée Les femmes et le secret ?

REPONSE à la DEVINETTE du dernier numéro de La Mée : en argot, le verbe canonner signifie boire des « canons » (des verres de vin ou de bière) les uns à la suite des autres.

Elisabeth Catala-Blondel


Ecrit le 20 décembre 2017

 FABLE (2)

Le mot fable n’a pas fini de nous étonner ! Mauvais, fantassin, infanterie, enfantillage, farfadet, blâme et hâbleur - pour ne citer qu’eux- font partie de sa famille :
Le mot mauvais proviendrait du latin malifatius (affecté d’un mauvais sort : fatum en latin).
Fantassin fait partie de la branche « enfant » de la famille au même titre que infant(e), titre des enfants puînés des rois d’Espagne, ainsi qu’infanterie : l’infanterie, un dérivé de l’italien infante, était formée de fantaccini (= valets, jeunes soldats), qui a donné le mot fantassin en français.
Enfantillage fait bien sûr partie de la même « branche » : issu de l’ancien français enfantil (enfantin), le mot qualifie par métonymie des réalisations sans grand intérêt qu’on pourrait attribuer à un enfant ou bien des actes ou des paroles marquant un manque de maturité : « Essaie de te montrer un peu plus responsable maintenant ! Cesse donc tes enfantillages ! »
Farfadet est d’origine provençale : il est formé de fadet (= fou en ancien provençal ; pensons à « fada », un dérivé de fata, fée, issu lui-même du latin fatum : destin), précédé de la syllabe far, peut-être issue de l’arabe farfara : battre des ailes, papillonner, froufrouter.
Quant à blâme, il vint d’une altération du latin ecclésiastique blasphemare – lui -même issu du grec blasphemein- en blastemarer (ce qui explique la présence de l’accent circonflexe sur le â).
Le mot hâbler et ses dérivés hâbleur (bavard et vantard) et hâblerie sont, malgré les apparences, de la famille de fable : c’est un emprunt à l’espagnol hablar (anciennement fablar, du latin fabulari). Notons que la présence de l’accent circonflexe sur le â n’est pas justifiée par l’étymologie.
Enfin, cette très nombreuse famille comporte aussi une branche d’origine germanique : le principal descendant en est le mot ban , emprunté au francique ban= proclamation, loi qui entraîne une peine si elle n’est pas respectée.

Ban entre dans la composition du mot banlieue qui désigne l’étendue d’une lieue autour d’une ville dans laquelle l’autorité faisait proclamer les bans. Il est présent dans le verbe bannir qui avait au Moyen Age trois significations : en premier lieu convoquer une armée par ban, puis proclamer en public puis exiler ; le français moderne n’a gardé que le dernier sens. Enfin , dans le mot forban qui s’applique à une personne rejetée hors du ban, un « outlaw » comme on dit dans les pays anglophones.

NB. Signalons que l’accent circonflexe du mot infâme, qui fait lui aussi partie de la famille de fable comme nous l’avons signalé dans le dernier numéro de La Mée (13 décembre 2017), puisqu’il est issu , comme infamie, du mot fama (bruit qui court), a été ajouté en 1798 par l’Académie française, sans aucune raison !

DEVINETTE : Qui a écrit La petite Fadette ?

REPONSE à la DEVINETTE du dernier numéro de La Mée :
La morale de la fable de La Fontaine intitulée Les femmes et le secret (VIII, 6) se trouve au début du texte :

Rien ne pèse tant qu’un secret ;
Le porter loin est difficile aux Dames :
Et je sais même sur ce fait
Bon nombre d’hommes qui sont femmes.

Elisabeth Catala Blondel