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La sécurité, affaire de sentiment

Ecrit 13 juin 2018

La sécurité, c’est une affaire de sentiment c’est pourquoi on sait l’importance des contes pour les enfants, Les contes répondent de façon précise et irréfutable à leurs angoisses, les informant des épreuves à venir et des efforts à accomplir. Le grand méchant loup rôde dans la forêt sombre, le petit Chaperon rouge est en danger, le petit Poucet s’est perdu, mais Zorro est arrivé, héhé, et l’enfant s’endort apaisé dans les bras des parents, sûr d’être aimé, sûr d’être protégé.

Les adultes adorent, eux aussi, les belles histoires, d’où le succès des romans à l’eau de rose, des Paris Match et autres journaux de crime et de cul. C’est bien connu : quand un bon crime se produit, le tirage des journaux augmente. Et Laetitia pleure son Johnny disparu (elle est la seule sans doute à pleurer un être cher), et Michaël Youn adresse un tendre message à sa fille Seven pour son anniversaire, et Simona Halep s’est fait opérer des seins et le pape François marie une hôtesse de l’air et un steward en plein vol… Des histoires tristes, des histoires belles qui aident à relativiser la vie quotidienne.

Il importe donc que les municipalités répondent à ces besoins de rêve et de sécurité, Celle de Châteaubriant n’est pas la dernière dans ce rôle, c’est pourquoi il y a eu une conférence de presse solennelle pour annoncer une réunion publique avant une opération qui commencera en septembre. Voyons voir.

Ce 8 juin 2018, le maire, le sous-préfet, le chef de la police municipale, la secrétaire générale de la ville et deux gendarmes pour annoncer qu’une réunion publique aura lieu le 20 juin à Châteaubriant,

Comme dit le sous-préfet, il s’agit de créer la « participation citoyenne ». Le maire, lui, parle de « dialogue avec les habitants ». Comme dit la gendarmerie, il s’agit « d’entretenir un lien social ». Comme dit la police municipale, il s’agit de « renforcer la tranquillité au cœur des foyers et de renforcer les solidarités de voisinage ».

Les autorités espèrent ainsi dépister les cambriolages, les jeunes radicalisés, les trafics en tout genre, les situations à risques et améliorer la réactivité des forces de l’ordre.

Comme dit le sous-préfet, il ne s’agit pas de délation, mais de lutte contre l’individualisme. Il ne s’agit pas de créer des patrouilles, il ne s’agit pas de surveiller, il s’agit d’observer.

Trois quartiers ont été choisis pour un premier temps, en fonction du nombre de cambriolages et d’incivilités :
- le quartier Ville-Marie / Choisel
- l’hypercentre
- le quartier Ville aux Roses.

Dans ces quartiers il y aura un ou des référents. Choisis par qui ? Choisis comment ? il s’agit avant tout de « la promotion de bonnes pratiques citoyennes dans un esprit de confiance renouvelé entre la population et les acteurs de la sécurité ». Les référents, connus de tous, devront respecter les droits fondamentaux de chacun et éviter toute discrimination fondée sur la politique, la religion ou le racisme. Il sera question de tout cela à la réunion du 20 juin.

Réunion publique 20 juin 19 h
Foyer restaurant,esplanade du château
ouvert à tous

 Par le petit bout

Pour le maire de Châteaubriant, cette démarche de participation citoyenne est la «  clé d’entrée d’une participation plus renforcée ». Tiens donc, commencerait-il à se convertir à la démocratie participative qu’il a bloquée depuis 17 ans ?

En effet, cette histoire de sécurité n’est qu’un petit bout de la participation citoyenne. L’ADEME a réalisé un guide à ce sujet :
voir le site guide-ademe

Une étude, publiée dans La Gazette des Communes fin 2016, titre sur : «  Une répression à bas bruit. Comment les élus étouffent les mobilisations dans les quartiers populaires  ». Elle explique qu’il y a trois freins à la participation citoyenne : l’attitude des élus, la défiance des citoyens, la faiblesse des associations.

Le blocage des élus est lié à leur réticence à partager leur pouvoir. Quand un dispositif de participation est mis en place, il est rare qu’il soit doté d’un véritable pouvoir décisionnaire. C’est bien le cas à Châteaubriant où, lors des réunions de ‘secteurs’ on est dans la logique descendante des élus vers les citoyens et gare à ceux qui osent émettre un avis quelque peu différent.

La défiance des citoyens est évidente : ils craignent de perdre leur temps et d’être instrumentalisés par les élus. La bienveillance des élus à leur égard n’est pas au rendez-vous.

Quant aux associations, elles sont fragmentées, elles manquent de bénévoles et de financements et se retrouvent souvent en concurrence pour attirer les citoyens prêts à se mobiliser. On a bien vu à Châteaubriant comment la municipalité a détruit les associations existantes (tourisme  , centre de loisirs, école de musique). On a vu aussi comment la municipalité s’est efforcée de récupérer le travail de l’association Véli-Vélo (qui a su résister !) et comment, au niveau de la Com’Com’  , il y a eu une tentative « Club 60+ » pour contrôler les activités des associations familiales rurales (tentative échouée, qui a conduit à la création d’un Conseil des Sages). Soutenir la vie associative, c’est faire vivre la démocratie participative, c’est donc le rôle des pouvoirs publics.

voir le site met-talpin

La démocratie participative peut constituer une alternative sérieuse d’expression de la colère ou de la déception des gens, mais il faut, pour cela, qu’elle n’apparaisse pas comme un faux-semblant.

« On peut accroître l’autonomie de la société civile locale en créant des commissions indépendantes pour l’attribution des subventions municipales ; ces commissions pourraient être composées d’élus de la majorité et de l’opposition, ainsi que de personnes extérieures au conseil, comme des citoyens tirés au sort ». Chiche !

 Trois niveaux

il y a trois niveaux de « participation citoyenne » selon qu’elle repose sur la fourniture de données, l’émission d’opinions ou la participation à la création et à la gestion d’un projet.

- la fourniture des données, c’est ce que nous faisons tous, souvent à notre insu, par l’intermédiaire de Google, Facebook, Waze et autres Linky. Le problème : qu’est-il fait de ces données ?

- Le deuxième niveau consiste à consulter les citoyens pour améliorer les services proposés par les municipalités.

- Au troisième niveau, les habitants peuvent modifier les propositions de la municipalité, voire émettre les leurs. C’est le cas du budget participatif de Rennes, C’est ce qui se faisait à Châteaubriant dans les années 1990-2000 et que le maire de Châteaubriant s’est empressé de supprimer quand il a été élu en 2001. C’est pourquoi il sera intéressant de voir comment le maire se convertit à une réelle participation citoyenne en dépassant le seul aspect « sécurité »,

Tiens, à propos, c’est un simple communiqué de presse, sans tambours ni trompettes, qui annonce la réunion du 13 juin 2018.

Dans le cadre de l’opération Cœur de Ville, les commerçants et habitants du centre-ville de Châteaubriant sont invités
 
à la  première réunion publique de concertation
mercredi 13 juin 2018 à 19 h 15

au siège de la Communauté de
Communes, 5 rue Gabriel Delatour -
à Châteaubriant


 Sécurité et vidéo-machin

La municipalité de Châteaubriant a mis en place des opérations intéressantes :
- vigilance seniors
- tranquillité vacances
- formations sécurité routière
- prévention suicide, arnaques, etc,

Vigilance seniors : en prévision de la canicule, les personnes qui le souhaitent doivent se faire connaître auprès du Centre Communal d’Action Sociale de CHATEAUBRIANT – 9, Esplanade des Terrasses ou au : 02.40.81.52.40, en communiquant les données nominatives permettant de les identifier et de les joindre (nom, prénom, date de naissance, adresse, téléphone et personne de l’entourage à prévenir en cas d’urgence).

Tranquillité vacances : surveillance des habitations pour les personnes qui le demandent en cas d’absence, 350 maisons en 2017. Cela se fait aussi en campagne, mais cette fois par la gendarmerie.

Sécurité routière  : en direction des jeunes, des seniors et de tout public.

Prévention : suicide, arnaques internet, violences intra-familiales, radicalisation.

La police municipale, la troisième du département, compte 11 agents et 5 auxiliaires. Elle fait des patrouilles à pieds, en voitures, à VTT, de jour comme de nuit.

 Vidéo-machin

A part ça, il y a 21 caméras à Châteaubriant, une à la déchetterie, trois à l’espace aquatique, et des radars/vitesse. Et 10 nouvelles caméras sont prévues,

Le sociologue Laurent Mucchielli a publié le livre : Vous êtes filmés ! Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance. Il montre que, après des années de développement, la vidéosurveillance, rapportée à son coût, ne sert toujours à rien et pourtant, elle s’est imposée partout. Le taux « d’utilité » aux enquêtes comme le taux de « participation » à l’élucidation de voies de fait est quasiment inexistant. Elle ne parvient même pas à combattre le sentiment d’insécurité que les caméras promettaient de résoudre comme par magie.

Un programme politico-industriel massif

Dans son livre, Mucchielli rappelle que la vidéosurveillance municipale consiste à surveiller la voie publique, la rue, pour gérer un risque multiforme et difficilement prévisible appelé selon les moments délinquance, insécurité, terrorisme voire incivilités… Malgré sa faible efficacité, le déploiement est tout entier lié à la montée de l’idéologie sécuritaire. Ses phases de progression sont d’ailleurs liées à la fois à l’essor des politiques conservatrices et au développement de crises sécuritaires. Pourquoi la vidéosurveillance a-t-elle si bien marché ? Les partisans de la vidéo-surveillance ont promu le caractère irréfutable de la preuve de l’image, notamment via le flagrant délit capturé par la vidéo qui permettrait de confondre sans erreur possible les délinquants par l’image, mais qui n’existe quasiment pas dans les faits (même si de rares exemples sont très relayés par les médias).

La principale raison du succès de la vidéosurveillance tient purement d’un couplage entre une injonction politique et des incitations financières. Depuis 2007 notamment, l’État et les collectivités locales ont développé des modalités de financement public pour aider les communes à s’équiper.

Enfin, il faut compter sur les efforts marketing et le lobbying des industriels du secteur (Thalès, Safran, mais également Eiffage, Cofely, SPIE… et Anaveo, leader français des systèmes de « surveillance intelligente »…), des associations et des lobbies comme le Conseil des industries de la confiance et de la sécurité (CICS, né fin 2013, qui se présente comme l’interlocuteur industriel de l’État dans un domaine qui revendique 125 000 emplois et 21 milliards d’euros de CA en 2017).

Le marché mondial de la vidéosurveillance a doublé de volume dans les années 90. Et cette tendance s’est amplifiée avec un taux de croissance à deux chiffres depuis les années 2000. Aux marchés initiaux, qui se développent jusque dans les pays en développement, il faut ajouter l’entretien et le renouvellement du parc (la durée de vie d’une caméra est de 5 à 8 ans) ainsi bien sûr que la surveillance humaine des écrans et des enregistrements, c’est-à-dire le coût de fonctionnement (opérateurs et lieux dédiés). Politisation, médiatisation et commercialisation expliquent largement le succès.

Contagion

Un autre facteur, explique encore le succès : Mucchielli montre que la vidéosurveillance s’impose par contagion et sous la pression citoyenne qui voit dans les promesses de la vidéosurveillance une solution pour réduire le sentiment d’insécurité réel comme ressenti. Mucchielli pointe la crédulité des édiles qui suivent la pression politique, médiatique, marketing. Mais également la pression des assurances qui l’exigent de plus en plus souvent, de la police locale qui y voit un moyen d’accroître sa légitimité. La vidéosurveillance est utilisée comme une réponse pour calmer colère et inquiétude. Elle permet de mener une action concrète et visible. «  La vidéosurveillance est un symbole visant à donner l’impression d’une action sur le thème de la sécurité  ».

La vidéosurveillance ne sert à rien ! La vidéosurveillance ne protège personne. Elle n’arrête ni les délinquants, ni les terroristes, ni les incivilités. Pire, elle n’a que peu d’effet sur la résolution des enquêtes. Les rapports des Cours des comptes régionales sur ces questions, par exemple à Saint-Étienne en 2010, montrent combien l’efficacité est dérisoire. Pour un coût de 1,3 million d’euros annuels, le taux de faits « repérés ou élucidés » culmine à 2 % sur l’année. A Nice (ville emblématique puisque grande ville la mieux équipée avec une caméra pour 600 habitants), le taux de participation à l’élucidation serait de 1,2 %, pour un coût en constante augmentation qui devrait dépasser les 17 millions d’euros annuels en 2018 ! Et cela n’a pas empêché l’attentat terroriste du 14 juillet 2016.

La vidéosurveillance semble surtout instrumentée pour transformer les incivilités en délits. Le sentiment d’insécurité n’est pas tant lié à une délinquance qui dans les chiffres est plutôt basse, qu’à d’autres problématiques : fragilités individuelles, isolement, individualisme, intolérance à la vie sociale…

La vidéosurveillance est une politique sécuritaire qui se développe à la place d’une offre de sociabilité et de cohésion sociale, de loisirs et de vivre ensemble, d’une politique de prévention ou d’accompagnement des populations en difficulté qui seraient peut-être plus utiles pour développer un sentiment de sécurité et une meilleure sociabilité.

Mais les dénonciations de l’inefficacité de la vidéo-surveillance n’ont servi à rien. Le marketing et la technostructure proposant une solution technique à un problème social ont tout balayé. La vidéosurveillance et le contrôle qu’elle instaure continuent d’être convoqués pour résoudre les tensions de la société. Dans le contexte de démagogie sécuritaire où nous sommes plongés, au final, on se sent bien dépourvu pour lutter contre cette gabegie d’argent public qui met à mal les libertés publiques sans avoir démontré son efficacité et qui n’améliore ni ne restaure le sentiment de sécurité ou le lien social.
(source : Hubert Guillaud)

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