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Islam n’est pas islamisme

Ecrit le 12 janvier 2015

 Islam n’est pas islamisme

Les deux mots, malheureusement, se ressemblent. Par ignorance, on peut les confondre. Alors qu’ils ont bien peu d’attaches communes. Il est si commode, par manque de curiosité à mieux con-naître ’l’autre’, de fourrer tout ça dans le même sac et de mélanger l’eau et le feu. De là naît une certaine peur qui bouscule, qui entraîne des dérives réciproques.

Puissance cachée des religions

Pour évoquer la croyance religieuse, il faut choisir ses mots avec précaution, tant le thème est tabou et sensible. Ouvrons ces sortes de ’barrières’ hermétiques qui n’existent que dans nos consciences et qui nous poussent à nous méfier de ’l’autre’, de celui qui est différent, qui vit sous d’autres repères. Car la croyance religieuse, l’éventuelle foi, est inté-gralement dans le domaine de la conscience. Et alors, la belle affaire ! Alain Souchon chante « et si en plus il n’y a personne ». Tout humain devrait être libre de faire paix en sa conscience, croyant ou non-croyant, en accord avec son environnement de culture et de traditions. Et c’est là que le bât blesse.

La religion n’est pas une, mais multiple. Mais toutes prennent racine sur le culte d’un (ou plusieurs) dieu, nommé de différentes façons. Un Dieu est censé détenir la toute-puissance, bien au-delà des capacités spirituelles des humains. Il fut un temps où chaque religion avait son périmètre d’influence, en particulier géographique. Mais la Terre est ronde et l’accélération de l’offre de transport a créé le mélange de peuples et d’idées.

Les quatre principales églises à ce jour sont les confessions juive, chrétienne, islamique et hindouiste, chacune se référant à son livre-guide, respectivement la Torah, la Bible, le Coran et les Védas. Chacune a aussi sa tradition de culte et de prières, de comportement, de pro-messes et de contraintes, parfois incompatibles. De tout temps, il y a eu du sang, beaucoup trop de sang versé au nom d’un « dieu » dont aucun humain n’a pu ni ne pourra prouver la substance.

Soif obsédante de reconnaissance

Ce secret inaccessible est du domaine de l’intouchable, du merveilleux, de l’énorme emprise sur notre propre conscience. Ceci est écrit dans le plus total respect à la fois des personnes croyantes et laïques (étrangères à la religion). Nous aurions tort de sous-évaluer la force de l’empreinte religieuse imprimée en chacun de nous, même à notre insu.

Elle est bien au dessus de nos petites pratiques économiques ou calculs politi-ques qui rabaissent l’homme à sa médio-crité, à son intolérance face à l’inconnu. Elle est source de pouvoir, de contrôle des esprits. Elle peut devenir un idéal, une bulle mentale de refuge. Mais elle peut aussi servir l’ambition de cerveaux très lucides, pragmatiques, pilotant à leur gré cette ’armée’ désorientée.

Cette capacité de persuasion, bien réelle, peut d’abord faire basculer des esprits vacillants, souvent déracinés, en mal de vision d’avenir, avides d’exister et d’être simplement reconnus, dans le fanatisme, l’extrémisme violent. Elle engendre aussi un immense appétit de pouvoir, de contrôle, tant physique que psycho-logique, dans quelques cerveaux plus ou moins éclairés, des tarés qui se cachent sous la saine étiquette religieuse pour aspirer cette main d’œuvre volontaire. Tout est bienvenu : propagande, intox, conditionnement, soutien logistique et financier, encouragement à convertir, parfois violences graves tolérées. Et le thème religieux est un piège inépuisable. Si certaines confessions ont maintenant apaisé leurs velléités, d’autres persistent dans leur volonté de conquête, d’expan-sion, par tous moyens.

Dérives au nom de la Religion

Dessin de Moon, 06 87 32 77 47

Je ne connais pas, par l’Histoire, de confession qui n’ait pas eu à assumer des excès intolérables. Le motif était (ou est encore) d’ordre religieux, souvent imbibé de politique : des moines du Tibet sont persécutés par une volonté politique chinoise, sans parler du clergé chinois trié sur le volet ; l’église chrétienne orthodoxe russe cherche encore son vrai souffle ; une guerre Israël/Palestine qui n’a plus d’issue, sauf contrainte mondiale.

Pour mieux situer, les croyants chrétiens et musulmans (respectivement 31 % et 20 %) représentent la moitié de la population mondiale (les musulmans en hausse, les chrétiens en baisse). Après un calme relatif de 30/40 ans, les conflits religieux se multiplient depuis 6 ans.

Nous parlions de religion, toujours respectée quand elle est respectable. Des événements très récents et dramatiques (Charlie Hebdo en France, EI (DAESH) au Moyen-Orient, Boko Haram en Afrique du Nord) viennent, comme au bowling, bousculer nos quilles, nos convictions. Et l’Islam, noble religion de paix et de tolérance, est aussitôt montrée du doigt. Ses croyants deviennent suspects a-priori, sans autre raison que de croire en un autre dieu. Des médias attisent le feu et la confusion (pour mieux vendre ?).

Islam n’est pas islamisme

Chaque religion traîne comme un boulet son petit lot d’extrémisme, tout comme en politique. Des personnes se sentent investies d’une vision décalée de la vie quotidienne et veulent l’imposer. Inté-gristes pour les chrétiens, sionistes pour les juifs, islamistes pour les musulmans. D’où la confusion entre l’Islam, religion respectable et tranquille, et sa minime frange radicale à côté de la plaque.

Mais il faut surtout admettre qu’une religion peut être prise en otage. Comme paravent à des affaires purement financières ou d’envergure politique de déstabilisation en imposant la pratique de la terreur. A l’échelle de tout un État. C’est l’œuvre de personnes abjectes, lâches, pilotées, mais qui désirent un semblant de reconnaissance. Alors résistons.

signé : Pascal, de Blain


Ecrit le 12 janvier 2015

 Même pas peur

Il ne se passe pas une semaine sans que des puissants et leurs sbires, des fanatiques et leurs chefs, n’attaquent des journalistes, les enferment ou les tuent. Ce 7 janvier 2015, douze personnes qui travaillaient dans les locaux ou aux abords de Charlie Hebdo ont été abattues à cause de caricatures.

Ce 9 janvier, Raef Badawi, un jeune blogueur, a été fouetté en public en Arabie Saoudite parce qu’il a créé un forum, afin d’encourager les débats sociaux et économiques dans son pays. Il va encore subir 50 coups de fouet dix-neuf fois. (oui, 1000 coups de fouet).

En Azerbaïdjan, Khadija Ismayilova est en détention provisoire. Elle a déjà été menacée à plusieurs reprises à cause de ses investigations.

Liu Xiaobo, lauréat 2010 du prix Nobel de la paix, purge actuellement une peine de 11 ans d’emprisonnement pour « incitation à la subversion de l’État ». 

Au Mexique, des journalistes se font massacrer parce qu’ils osent enquêter sur les gangs et la corruption. 

Plusieurs dizaines de blogueurs, comme Nguyen Van Hay, sont détenus au Vietnam, parce qu’ils ont le courage d’inciter au débat. 

Ces quelques exemples montrent combien la liberté d’expression est constamment attaquée, mais aussi et surtout qu’ils sont des centaines qui n’ont pas peur. Des centaines, des milliers de personnes risquent leur vie et parfois en meurent, simplement parce qu’elles font leur travail. Alors il nous revient de dire aux responsables de tout cela : “Même pas peur”. Et de continuer à nous mobiliser pour défendre ces artisans de la démocratie, encore et encore. L’abjection de ces crimes ne doit pas nous éloigner de nos valeurs et de nos engagements. 

Nous demandons la justice non la vengeance. Nous demandons que les mesures d’exception, les mesures de lutte contre le terrorisme qui seraient prises, respectent les libertés fondamentales, qu’elles soient proportionnées et non discriminatoires. 

Il est de notre devoir de nous élever contre la barbarie, il est de notre devoir de refuser d’y répondre par la violence.

(Communiqué d’Amnesty)