Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Texte seul |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Thèmes généraux > Libertés, justice, Droits Homme > Libertés > Boris Cyrulnik, l’Inquisition, le Nazisme, l’Islamisme

Boris Cyrulnik, l’Inquisition, le Nazisme, l’Islamisme

Ecrit le 28 janvier 2015

C’est le ’’boulot’’ de La Mée de donner à ses lecteurs des articles de fond permettant de comprendre la situation actuelle. Voici une interview du neuropsychiatre Boris Cyrulnik

Deux journalistes de TV7 ont interrogé Boris Cyrulnik, au sujet des tueries des 7-9 janvier à Paris et au sujet de son dernier livre ’’Les âmes blessées’’. En voici de larges extraits.

BC : [Ces attentats], je pense que ce n’est pas un accident, c’est une organisation qui existe depuis très longtemps, qu’on a signalée et dont personne n’a tenu compte, On met la haine dans les quartiers en difficultés, c’est intentionnel, c’est une politique, on met la haine.

 On met la haine

J : Ce sont des groupes terroristes ?

Cyrulnik

BC : Non ce sont des groupes politiques qui utilisent le terrorisme comme une arme, parce que c’est une arme efficace et économique. C’est pas cher, on peut bouleverser une société avec peu d’hommes à sacrifier et c’est moins cher qu’une armée. Quand la haine est semée, on repère les enfants les plus faciles à fanatiser, on leur offre des voyages, on leur offre des stages, on leur apprend à manipuler des armes, ensuite on les envoie au sacrifice, sacrifice des autres au prix de leur propre existence. C’est une organisation qui est financée, je ne sais pas par qui, mais si vous me posez la question je vous répondrai quand même...

J : alors on vous la pose

BC : C’est financé par les gens du pétrole, de la drogue, qui ont des intentions politiques sur le Proche Orient et sur l’Occident. Et une fois que ces jeunes gens en détresse ont été repérés, fabriqués et sacrifiés, ils déclenchent les processus politiques mondiaux.

J : Vous savez que ce que vous dites ressemble un peu à ce qu’on appelle la théorie du complot ?

BC : Non, pas du tout, parce que ça a déjà été fait et c’est même régulièrement fait : l’inquisition chrétienne a duré six siècles en Occident et elle est partie exactement du même processus. Le nazisme est parti de la belle culture germanique des années 20 et des années 30 et avec 3 % de la population qui était convaincue par le nazisme, six ans après les élections, 95% de la belle culture germanique allemande votaient nazi et mettaient le feu au monde.

 Une solidarité ou un massacre

BC : le danger c’est ce qu’on va faire de cette tragédie, On peut en faire une solidarité ou on peut en faire un massacre. Les musulmans français, qui ne sont pas coupables bien sûr de ce qui vient de se passer, risquent d’être agressés. Actuellement les plus agressés par le terrorisme c’est les arabes, 99 % des victimes sont arabes (…)

 La pensée paresseuse

J : L’historien Daniel Goldhagen, quand il parle de la fabrique des bourreaux ordinaires de Hitler, dit c’était quelque chose qui se travaillait, qui se préparait depuis des années, que l’anti-sémitisme était présent dans toutes les cultures et qu’un peuple avait progressivement, par l’école, absorbé ces idées, les avait faites siennes. C’est un peu ce que disent aujourd’hui certains de nos politiques, il faudrait enseigner l’histoire différemment à l’école, C’est tout une société qui s’est imprégnée de ces idées petit à petit.

BC : Oui c’est l’idée que je vous propose, [ces terroristes] ne sont pas des monstres, pas des fous, ce sont des enfants, des hommes normaux, en détresse, façonnés, fabriqués pour. Le problème c’est que ces enfants en détresse sont abandonnés, donc la solution ce serait de les éduquer, de leur envoyer des gens de culture.

Et la culture se fait par les gens de théâtre, elle se fait par les gens de terrain qui proposent des fictions qui touchent les enfants, C’était la fonction du théâtre en Grèce, les citoyens ne pouvaient pas quitter le théâtre après la représentation, ils devaient en discuter parce que les comédiens mettaient sur scène les problèmes de la cité et la culture ensuite les partageait ; ensuite on faisait intervenir les philosophes, les politiciens, les économistes, Mais le point de départ c’étaient les artistes, les journalistes.

J : : Mais le théâtre aujourd’hui c’est la TV, c’est facebook, ça c’est le problème maintenant,

BC : ce n’est pas un théâtre, c’est une représentation facile, c’est la pensée paresseuse de toutes les théories totalitaires, Je suis en train de relire Victor Temperer, il raconte au jour le jour comment le nazisme s’est développé dans une belle culture et il raconte ce que vous venez de dire, c’est à dire que petit à petit des slogans sont rentrés dans la culture, les slogans ça permet de faire croire qu’on a compris alors que l’on se contente de réciter, comme un perroquet, et on se soumet et voilà le mot important : on se soumet à une représentation dépourvue de jugement. (...)

BC : j’ai vécu de l’intérieur la soumission à l’agression, à l’idée que les autres se faisaient de moi, le slogan, pas la rencontre, pas la discussion, l’idée, la soumission à une représentation coupée du réel et j’ai vu le nazisme détruire ma famille, j’ai vu le nazisme m’arrêter, j’avais six ans et demi, m’emprisonner et j’ai vu comment les idées nazies ont perdu la guerre des armes. Elles n’ont pas perdu la guerre des idées, elles ont continué très longtemps et continuent actuellement sous un autre nom mais c’est le même principe du langage totalitaire.(...)

 La vengeance

BC : Je pense que la mauvaise riposte à la tragédie qui vient de se passer, qui est encore en train de se passer, ce serait la vengeance. Ce serait faire ce qu’ils souhaitent. Ils voudraient probablement provoquer une déflagration mondiale, ça fait partie de leur technique de prise de pouvoir et le danger ce serait la vengeance et notamment les musulmans français sont en danger.

La pensée paresseuse ce serait de dire : puisque c’est des musulmans qui ont commis ça c’est donc les musulmans qui sont coupables, ça c’est l’extra-polation dangereuse et les musulmans sont en danger actuellement, donc je trouve qu’il est tout à fait important de dire que l’immense majorité des musulmans ne sont pas coupables, mais qu’il y a une démarche totalitaire, qu’elle soit musulmane, juive, chrétienne ou laïque, il y a une démarche totalitaire qui, elle, est dangereuse, parce que là, avec une minorité d’hommes décidés, formés et payés, on peut détruire une civilisation, ça a déjà été fait, les nazis l’ont fait, l’inquisition l’a fait.

 La responsabilité

J : Quand vous dites qu’ils sont fabriqués, vous ne les déresponsabilisez pas ?
BC : Vous avez raison, mais que faut-il faire ? Il faut riposter et déclencher la guerre ? Il faut maîtriser la situation, Moi je pense que le danger c’est de déres-ponsabiliser, mais je pense aussi qu’on a toujours un espace de liberté... on peut se laisser embarquer et dans ce cas là…

BC : la responsabilité c’est nous qui l’avons, nos gouvernants quelle que soit leur couleur, ont abandonné culturelle-ment les gosses de ces quartiers et donc les ont soumis à des manipulateurs, L’Allemagne nazie était follement cultivée, c’était une très belle culture mais la base était larguée, comme on le voit aujourd’hui dans les pays du Proche Orient où le top arabe est magnifique, parle plusieurs langues et où la base est larguée, donc on les abandonne et on les laisse à ces manipulateurs (…) à qui internet donne un pouvoir fabuleux, ça démultiplie leur pouvoir : en un clic   on peut mettre des centaines de milliers de gens dans la rue,

J : Cette communion qui semble toucher l’ensemble de la société française, est ce important ??

BC : Devant une tragédie pareille, il y a deux dangers, le premier danger c’est de se taire, et le deuxième danger c’est de parler !
Le premier danger c’est de se taire, on ne peut pas laisser faire un crime comme ça, comme si de rien n’était, Ce serait se soumettre au terrorisme, Ils veulent nous soumettre.
Et le deuxième danger c’est de mal en parler : la vengeance « c’est les arabes qui sont responsables », « c’est les juifs qui sont responsables »... comme la recherche du bouc émissaire, voilà le 2e danger

 Solidarité armée

Le 10 janvier 1944 les nazis raflaient les juifs bordelais, le 10 janvier 2015 il y a encore une tentative de destruction d’une société par la même méthode, alors la seule bonne solution c’est la solidarité armée, c’est à dire solidarité, ne pas se laisser soumettre, ne pas se laisser faire et s’armer d’abord intellectuellement, et s’il le faut avec des vraies armes. Expliquer à la majorité des gens, quelle que soit leur religion, que la spiritualité n’est pas la contrainte à éliminer le mécréant. Celui qui n’a pas la même croyance que moi, ce n’est pas un ennemi, ce n’est pas un homme inférieur, C’est un homme qui a une autre croyance, aussi respectable que la mienne, Donc ça c’est une arme intellectuelle qu’on peut partager. Pour ça il faut qu’il y ait des rencontres  , des débats, il faut qu’il y ait des journalistes, il faut qu’il y ait des artistes, ça fait partie de la culture et le danger ce serait de se laisser piéger, comme le sont ces hommes, ces terroristes (…)

 Les âmes blessées

J : pour revenir à votre ouvrage, [vous racontez] 50 ans de psychiatrie, et que vous avez balayé de la paille dans les chambres des malades ...

BC : je témoigne qu’à cette époque là on considérait que les malades mentaux, n’étaient pas de vrais hommes, ne méritaient pas un lit, donc il y avait un tout petit budget et on mettait de la paille et les gardiens [ce n’étaient pas des infirmiers], enlevaient la paille à la fourche, on passait un coup de jet d’eau, on mettait une paille fraîche, on rentrait les gens et on les enfermait et on s’étonnait qu’il y ait 92 % de chronicisation et j’ai connu ça.

J’ai connu l’époque où la lobotomie était considérée (…) on coupe un bout de cerveau et effectivement il n’y a plus d’angoisse puisqu’il n’y a plus d’anticipation, plus de vie psychique.(...)

BC : il y a des débats actuellement, des débats passionnants, avec le développe-ment de la neuro-imagerie qui change l’imaginaire de la folie, qui change l’imaginaire de la condition humaine. Vous savez que votre cerveau a été sculpté par votre enfance et que vos sécrétions neuro hormonales sont modifiées par la manière dont on parle de vous ? C’est une nouvelle manière de penser le psychisme, Mon cerveau est sculpté par mes parents, mon école, ma culture et ensuite si vous me parlez gentiment vous modifiez mes sécrétions neuro endocriniennes,

J : c’est une magnifique histoire de la psychiatrie. Vous écrivez : « Chaque nouvelle manière de penser la souffrance a provoqué l’hostilité »

BC : Oui. On retrouve la nécessité de critiquer les ’’doxas’’, c’est à dire les ensembles de récitations convenues qu’on répète sans jugement, sans réflexion, comme si c’était tenu pour vrai, Chaque fois qu’on a fait une découverte en psychiatrie, qu’elle soit neurologique, psychanalytique ou psychologique ou sociale, ça a provoqué un scandale parce que la pensée paresseuse c’est la certitude, ce qu’on est en train de vivre aujourd’hui, c’est la certitude. (…) [Les différences de cultures] qui sont un enrichissement, provoquent la haine, l’hostilité de ceux qui ont besoin de se raccrocher à la récitation paresseuse.

Toutes les découvertes ont été punies, celui qui a découvert la prophylaxie de l’accouchement est mort, battu par les infirmiers psychiatriques, ses blessures se sont infectées, et il en est mort.

Fernand Lamaze qui a importé en France l’accouchement dit ’’sans douleur’’ a eu trois procès, dont un du Conseil de l’Ordre qui lui a reproché « vous êtes un charlatan , une femme ne peut pas accoucher sans douleur ». Une femme qui accouche sans souffrir ne pourra pas aimer son enfant ! J’ai lu des choses comme ça, donc il a fallu combattre ces idées qui aujourd’hui sont évidentes, c’est le résultat d’un combat de 20 ou 30 ans

[Fin de l’entretien - > http://urlz.fr/1m0v]


Ecrit le 28 janvier 2015

 Appel à la haine

Des inscriptions à caractère raciste et néo-nazi, contre l’immigration et contre Christiane Taubira, ont été découvertes le 18 janvier sur les grandes lames de verre du mémorial de l’esclavage situé quai de la Fosse à Nantes.

Ce monument inauguré en 2011 en présence de Christiane Taubira et Lilian Thuram, symbolise, selon la maire de Nantes, « le devoir de mémoire et, au-delà, le combat pour les valeurs de la République : Liberté Égalité Fraternité ». La ville de Nantes a porté plainte contre X et Christiane Taubira, explique son cabinet, a choisi, comme à chaque fois qu’elle fait l’objet d’insultes, de ne pas réagir. A Nantes, l’association Mémoire de l’Outre-mer a appelé à un rassemblement pacifique de protestation qui devait se concrétiser par une chaîne humaine autour du Mémorial.


Ecrit le 28 janvier 2015

 Apologie du terrorisme

On note plus de cinquante poursuites au pénal sur le territoire pour apologie du terrorisme dont deux mineurs à Nantes.

Pour la Ligue des Droits de l’Homme, la loi antiterroriste, adoptée le 4 novembre 2014, a supprimé de la loi sur la presse l’apologie du terrorisme pour la transférer dans le Code pénal. Lors du débat parlementaire, la Ligue des droits de l’Homme avait démontré qu’il s’agissait d’une décision inefficace pour la sécurité, dangereuse pour les libertés et, pour tout dire, néfaste pour la crédibilité de la justice. 

Les récentes poursuites à répétition sur la base de cette nouvelle disposition concernent plus d’une cinquan-taine de personnes au niveau national et deux mineurs âgés de 14 et 16 ans à Nantes. Elles donnent lieu à des condamnations parfois importan-tes, prononcées dans les conditions détestables de la comparution immédiate alors qu’il s’agit souvent d’actes d’ivrognes ou d’imbéciles sans même aucune publicité. Ces peines montrent combien la LDH avait raison de mettre en garde contre la possibilité de dérives qui auraient des conséquences redoutables pour des personnes. (...)

Pour que l’incrimination d’apologie du terrorisme garde son sens et son efficacité, la LDH appelle à retrouver la raison et à réintégrer le délit dans la loi sur la presse pour redonner son intégrité à ses dispositions protectrices des libertés.


Note du 3 février 2014

 Raison garder

Un gamin traîné au commissariat pour « apologie de terrorisme », un prof de philo suspendu et incriminé sur la base d’un propos indirect, et à ce jour non porté à la connaissance de l’enseignant en question, des agents municipaux inquiétés pour avoir refusé de participer à une minute de silence, des syndicalistes menacés de licenciement… Il est temps de se reprendre et de revenir à la raison !

Quoi de plus déraisonnable, en effet, que la confusion qui s’installe entre vigilance nécessaire et chasse aux sorcières ! Ni la restriction de la liberté de parole des adultes, ni les interrogatoires policiers d’enfants de 8 ans ne favoriseront notre sécurité. Ces mesures, à l’inverse, exacerbent un climat de défiance tous azimuts, incitent chacune et chacun à chercher autour de soi qui un terroriste, qui un terroriste potentiel… Un tel climat de recherche à tout va de boucs émissaires est insupportable ; pire, il est hautement contre-productif.

Promouvoir les valeurs de liberté, de fraternité, expliquer au quotidien ce qu’est la laïcité, bref, vivre la République, implique de pouvoir en débattre, de façon libre, ouverte, confiante.

Privilégier la dénonciation et la mise à l’écart, c’est au contraire engendrer des situations insupportables au regard des droits élémentaires des personnes visées, alimenter amertumes et contentieux, donner finalement le sentiment d’une République essentiellement répressive.

La Ligue des droits de l’Homme avait déjà poussé un cri d’alarme après les invraisemblables décisions rendues en comparution immédiate, qui ont entraîné parfois des peines lourdes pour une divagation alcoolique.

Il est temps de calmer les esprits. Le gouvernement doit s’y employer et se rappeler que la lutte contre le terrorisme ne saurait trouver une quelconque efficacité en dehors du respect de la lettre et du principe de l’Etat de droit. (fin de communiqué)