Ecrit le 16 octobre 2013
Le suicide des agriculteurs
Un agriculteur se suicide tous les deux jours en France, selon l’Institut de veille sanitaire (InVS), qui a publi ?, jeudi 10 octobre, la premi ?re ?tude officielle sur le suicide des agriculteurs.
Au total, 417 hommes et 68 femmes se sont suicid ?s sur trois ann ?es : 2007, 2008 et 2009, avec une surmortalit ? particuli ?rement marqu ?e chez les ?leveurs (bovins-lait et bovins-viande) ?g ?s de 45 ? 64 ans. Selon l’institut, « la surmortalit ? par suicide a ?t ? de 28 % en 2008 et de 22 % en 2009 » chez les hommes dans le monde agricole. C’est ainsi la troisi ?me cause de mort dans le monde agricole, apr ?s les cancers et les maladies cardiovasculaires, pr ?cise l’InVS.?
L’ ?tude de l’InVS est particuli ?rement int ?ressante puisqu’elle a port ? sur tous les chefs d’exploitations agricoles et les collaborateurs d’exploitation, en activit ? professionnelle au 1er janvier des trois ann ?es d’ ?tude (2007, 2008 ou 2009) en France m ?tropolitaine. Il s’agit bien d’une ?tude exhaustive chez les agriculteurs exploitants, mais elle ne prend en compte ni les salari ?s agricoles, ni les agriculteurs qui auraient pu se suicider dans l’ann ?e qui suit leur d ?part d’une exploitation agricole (suite ? une liquidation ou une vente forc ?e par exemple).
La population d’ ?tude comprend en moyenne 500 164 sujets par ann ?e, dont 68 % d’hommes et 32 % de femmes. L’ ?ge moyen sur les trois ann ?es est de 46 ans pour les hommes et de 50 ans pour les femmes. La tranche d’ ?ge la plus repr ?sent ?e est celle des individus ?g ?s de 45 ? 54 ans pour les deux sexes.
Sur les trois ann ?es d’ ?tude, 2 769 d ?c ?s toutes causes confondues ont ?t ? identifi ?s chez les hommes et 997 d ?c ?s chez les femmes. Les suicides repr ?sentent chez les hommes 15 % de l’ensemble des d ?c ?s, soit la troisi ?me cause de d ?c ?s apr ?s les d ?c ?s par cancer (32 %) et par affection de l’appareil cardio-vasculaire (19 %). Chez les femmes, ils repr ?sentent 6,8 % de l’ensemble des d ?c ?s apr ?s les cancers (49 %) et les pathologies de l’appareil circulatoire (18 %). La pendaison est de loin le mode de suicide le plus fr ?quent dans les deux sexes.
Une sur-mortalit ? est observ ?e chez les hommes ?g ?s de 45 ? 64 ans et plus particuli ?rement dans deux secteurs d’ ?levage bovin (bovins -lait et bovins-viande).
La cat ?gorie sociale des agriculteurs exploitants (et pas seulement en France) est celle qui pr ?sente la mortalit ? par suicide la plus ?lev ?e parmi toutes les cat ?gories sociales.
Selon le rapport de l’InVS, « ? l’exc ?s de mortalit ? par suicide observ ? ? partir de 2008 dans l’ ?tude pourrait ?tre pour partie associ ? aux fortes contraintes financi ?res, li ?es ? la crise ?conomique, subies par le monde agricole depuis 2007. En effet, selon l’Insee, le revenu net d’entreprise agricole a fortement diminu ? entre 2008 et 2009 (-35,3 % ), alors qu’il avait d ?j ?? beaucoup baiss ? entre 2007 et 2008 (-23,6 %) apr ?s deux ann ?es de croissance exceptionnelle ? ».
Plusieurs ?tudes ont d ?crit les conditions de vie et de travail de la population agricole comme ?tant particuli ?rement singuli ?res et contraignantes. Les conditions de travail sont notamment caract ?ris ?es par de fortes contraintes physiques, de larges amplitudes horaires, une pression ?conomique importante notamment via la d ?pendance directe des fluctuations des politiques publiques europ ?ennes, des contraintes environnementales et climatiques, ainsi que des ?v ?nements sanitaires. Toutes ces contraintes professionnelles peuvent avoir des r ?percussions ind ?niables sur l’ ?quilibre personnel des travailleurs agricoles.
Ceci est d’autant plus vrai que les agriculteurs doivent assez souvent faire face ? un isolement professionnel et social. Cet isolement professionnel, rapport ? par ailleurs comme un facteur de risque de suicide potentiel, semble plus important dans la population des agriculteurs que dans d’autres populations d’actifs tout comme un certain isolement social plus global. L’intrication parfois importante entre vie familiale et vie professionnelle peut ?galement ?tre consid ?r ?e comme un facteur d’aggravation des contraintes psychosociales auxquelles cette population doit faire face.

