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Peintures sauvages

Ecrit le 11 février 2015

 Peintures sauvages et brins de folie

Jérôme Possoz est un jeune homme qui aime écrire. Tout retient son attention. Ce peut être le souvenir de confidences à son frère ou la rencontre d’une jeune militante de ’’Action contre la faim’’. Ce peut être « Mea Routa » et l’envie folle de doubler celui qui le précède. Et l’appel de la nuit, à Retiers ou à Rennes, les amis de passage ou le pied des immeubles où les chats se donnent rendez-vous, ou ce jeune homme stagiaire ou débutant, rabroué par sa patronne devant les clients. Une sensibilité à vif ...

De ses écrits, il en a fait un petit livre, amoureusement relié par lui-même sous le titre « Peintures sauvages » qu’il donne à sa description d’une randonnée dans un sentier où l’émerveillent les glands craquant sous les pas et l’humus odorant.

On peut trouver ce petit livre (5 €) ici : LeCharABiais@gmail.com

En voici deux extraits :

 Peinture sauvage

L’ automne avait passé. Les vents frais, accompagnés des équipes paysagistes, des techniciens de surfaces, chargés de l’ entretien des lieux publics, avaient soufflé ou balayé myriades de feuilles. Au sol, avec leur décomposition, les essences se mélangent. À la lisière de la ville il y a des bosquets, faisant office de parcs s’ ils ne sont effectivement pas déjà aménagés comme tels, au plus souvent ils sont fait de chênes, de châtaigniers. Même lorsque déposés sur l’ humus, sol pourtant souple, les glands craquent sous nos pieds pendant la marche du samedi ou dimanche après-midi, au cours de laquelle nous sortons cuirs, duffle-coats, châles et chapkas, poursuivant conversations entamées au déjeuner. Ce sont chaque fois ou presque les mêmes sentiers que nous empruntons, si bien que nous les connaissons par cœur ou plutôt, en marchant, nous n’ y prêtons plus tellement attention. Parfois, lorsque l’ envie se manifeste de tisser des métaphores comme la toile de l’ araignée croise inévitablement, à un moment ou un autre, la route de nos visages, fronts ou cheveux, nous trouvons de quoi nous émerveiller, nous enchanter, des supports pour imaginer, à imaginer. Aux premières gelées, c’ est l’ humus lui-même qui craquelle au fur et à mesure de nos pas. Cette toile qu’ il compose, et dont les couleurs sont encore automnales tant qu’ il n’ a pas neigé, reste une pour nos yeux – mais nos oreilles insistent à nous dire qu’ elle s’ effrite, et l’ image qu’ elles nous donnent du sol possède le squelette d’ un pare-brise glacé : de l’ intérieur de l’ habitacle on peut distinguer quasi chaque flocon, ainsi que leur juxtaposition – moins la rencontre de la semelle et du sol est brusque, mieux on aperçoit chaque éclat de son, leur enchevêtrement, un puzzle dont les pièces scintillent à l’ ouïe.
(...)

 Retournements de veste

Au risque de se tromper chercher jusque l’ absurde

Plaisir d’ offrir, dans une boutique chercher, farfouiller, essayer parfois, demander conseil ou recevoir ceux qu’ un employé, quelqu’ un, nous donne, une fois qu’ on a défini nos attentes. Quasi tout le temps, ça se passe bien, qu’ on reparte ou non avec quelque chose – et quand ça va, ça va ! C’ est même plutôt la norme, l’ ordinaire, et c’ est peut-être tant mieux ainsi. Parfois, en cet endroit ou ailleurs, tomber nez-à-nez avec de l’ extraordinaire ; justement pas tomber parce que c’ est un moment de magie, un « tant mieux » vrai de vrai. Parfois de l’ extraordinaire mais pas tant mieux, plutôt un petit drame, une petite cicatrice que l’ on voit se marquer sur quelqu’ un, encore qu’ on reçoit, ou qu’ on inflige. Rien de bien grave, ce sera vite effacé, « à chaque jour suffit sa peine ».

Il y a une petite file d’ attente à la caisse de cette boutique, un employé s’ occupant de l’ encaissement, et sa patronne, qui tantôt l’ accompagne en renfort – il doit être stagiaire ou débutant –, tantôt s’ occupe de conseiller le client. C’ est notre tour de régler les articles que nous désirons emporter, et, lorsque l’ employé nous propose de les mettre dans un coffret spécial pour trois ou cinq euros de plus, et qu’ il nous précise que cette somme sera reversée aux restos du cœur, nous disons oui et prenons l’ option – c’ est pour une bonne cause ! Jusqu’ ici, tout va bien. Alors il s’ exécute et range correctement les articles dans le coffret, je ne trouve pas qu’ il soit particulièrement lent mais c’ est vrai qu’ il prend le temps de le faire bien. Qu’ est-ce que tu en penses ? (...)

Voir aussi : Œuvres artistiques de Jérôme Possoz