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Utopie : du GIE des Prés à …. Biolait

Ecrit le 25 janvier 2017

En 1984 c’est la mise en place des quotas laitiers : les producteurs doivent limiter leur production. 1985 les producteurs reçoivent leur référence laitière, sur celle-ci sont indiqués les dépassements en litres de lait. Il n’y a pas encore d’application de pénalités, la loi ne sera appliquée qu’en 1986. Mais cette année-là, lorsque les pénalités tombent, il s’avère que ce sont surtout les petits producteurs de moins de 100 000 litres qui sont impactés. Face à cette difficulté, les producteurs mettent en place des actions afin de négocier les pénalités. Des rencontres   avec les laiteries sont organisées, car c’est elles qui fixent le prix du lait ! Mais certaines d’entre elles se refusent à négocier. Des blocages sont alors organisés ce qui permet de nouvelles négociations avec mise en place d’un équilibre entre les dépasseurs et non dépasseurs. Ce fonctionnement a perduré jusqu’en 1988.

Nous, les producteurs de la CANA (Coopérative agricole), nous sommes une quarantaine à nous réunir. Nous apportons tous notre référence et nos dépassements. Nous faisons une répartition des quotas en fonction de nos productions, une péréquation entre producteurs. Nous déposons cette proposition à la CANA. Ce début d’organisation solidaire a fonctionné durant trois années, notre interlocuteur était M. BAUDY.

En 1990-1991 il y eu un changement de personne et les relations se sont tendues. En 1991-1992 nous avons obtenu un accord partiel, en 1993 blocage des accords. Cela ne pouvait plus durer.

 Le GIE des Prés

Depuis 1991 nous réfléchissions à la possible création d’un GIE, (groupement d’Intérêt Economique) c’est à dire reprendre notre production avec notre propre contrôle des litrages, la facturation aux entreprises de notre lait, la gestion de la qualité, de la matière grasse, nous souhaitions nous réapproprier notre outil de production.

Pendant un an, nous avons rencontré des GIE de la Manche et du Maine et Loire. Nous avons aussi pris des contacts avec des entreprises d’achat de lait et aussi avec des laboratoires d’analyse etc... Toute l’année 1992 a été consacrée à ces rencontres  , à l’organisation de la logistique (ordinateur, camion, local de stockage, recherche d’un ouvrier, constitution d’un bureau d’administration). Les producteurs sont prêts le 31/12/1992. Nous envoyons un courrier recommandé signifiant notre démission auprès de la CANA. Le 1er janvier 1993 nous sommes 48 producteurs à notre assemblée générale mais seulement 12 d’entre nous se lancent dans l’aventure. La première livraison a lieu le 31/12/1993 dans la Manche auprès de Delislait. Tous les producteurs qui étaient restés auprès de la CANA se retrouvaient muselés.

 La naissance de Biolait

L’année 1994 fut ardue, nous devions composer avec l’office national de lait (ONILAIT, très influencé par la FNSEA). Nous avions des difficultés à vendre notre lait mais nous faisions face car nous étions un groupe solidaire et déterminé. Durant cette même année deux producteurs BIO souhaitant valoriser leur production ont créé un GIE avec l’aide logistique du GIE des Prés. En 1996 le GIE BIOLAIT a pris son envol. L’existence de deux GIE sur le même département, la difficulté à trouver des entreprises prêtes à acheter notre lait... tout cela a ébranlé le GIE des Prés. Le contrat avec Intermarché fut remis en question car celui-ci s’orientait timidement vers le bio au détriment du conventionnel. Nous avions de plus en plus de mal a augmenter en production, nous ne valorisions pas très bien notre lait et une fois nos différentes charges payées nous ne pouvions pas donner plus de 2 à 5 centimes du litre de lait selon les années.

Entre 1999 et 2000 nous avons eu l’opportunité de nous étendre sur le département du Morbihan mais les éleveurs de cette région n’avaient pas la même vision que nous : leur objectif premier était le profit et non la solidarité entre les producteurs. Cette collaboration n’aura duré que deux années. Mais grâce à elle, nous avons pu continuer à nous développervers le sud de la France ainsi que dans la région parisienne. La rupture avec le Morbihan a eu pour conséquence de pousser certains d’entre nous à passer à la production biologique, et à réfléchir au maintien ou non du GIE des Prés.

 Les 20 ans du GIE

Nous avons décidé de nous restructurer, nous avons vendu le camion, licencié les chauffeurs (ils ont retrouvé un emploi aussitôt dans une laiterie), nous avons entamé une négociation avec la coopérative d’Herbauges, groupement de producteurs indépendants ayant un contrat exclusif avec Lactalis. Ces éleveurs avaient une grande indépendance avec leur propre filière de lait, et étaient intéressés par notre projet de production biologique et nos relations avec Triballat. Ils nous ont proposé de collecter notre lait Bio et de le fournir à Triballat, de collecter le lait conventionnel et de le fournir à Lactalis. Nous avions donc uniquement deux interlocuteurs (Triballat et la Coopérative d’Herbauges).

Nous avons fêté les 20 ans du GIE des Prés en 2013 avec les producteurs actuels et les plus anciens. Le GIE des Prés existe toujours, les éleveurs sont tous passés à la production biologique et travaillent toujours avec la coopérative d’Herbauges qui est, elle aussi, passée au biologique. Il y a toujours un contrat avec Triballat pour 3 millions de litres de lait et le lait a une bonne valorisation. Nous sommes fiers de notre projet 23 ans après, c’est actuellement un des plus vieux GIE de la région. C’est la volonté sans faille d’un certain nombre d’entre nous qui a permis à ce projet d’exister et de tenir tête aux entreprises.
Récit : Michel Haulbert.

 Et Biolait, toujours

L’idée de Biolait est partie d’un constat : le lait des producteurs Bio était collecté de la même façon que celui des producteurs conventionnels et soumis aux mêmes prix imposés par les transformateurs. Six producteurs ont décidé de se lancer dans l’aventure, de collecter le lait bio et de le valoriser auprès des laiteries. Ce ne fut pas un petit combat : les laiteries se sont liguées contre eux, préférant acheter leur lait à l’étranger, avec l’espoir, revendiqué, de faire échec à Biolait.

Mais les producteurs de Biolait étaient, d’abord, des gens motivés par la solidarité. C’est ce qu’ont expliqué, le 20 janvier 2017, des « ancêtres » comme Jacques Chiron et Christophe Baron à des élus locaux venant les rencontrer (Philippe Grosvalet, Yves Daniel, Viviane Lopez, Gilles Philippot et les maires de Saffré et La Grigonnais). Et qui mieux qu’un producteur peut expliquer à d’autres producteurs. A ce sujet le film « Paroles de Producteurs » est tout à fait revigorant par l’enthousiasme qu’il manifeste.
voir :

Jacques Chiron et Christophe Baron

Cette collecte de lait bio, a débouché sur le développement de la production bio avec un prix rémunérateur, totalement déconnecté du prix versé aux producteurs conventionnels par les laiteries.

Né à Saffré, Biolait fédère 33 % des producteurs de lait bio en France (plus de 980 fermes sur 70 départements), 170 millions de litres par an, à la fin de l’année 2016.
Biolait a ses chauffeurs, ses camions, ses circuits de collecte, une centaine de clients dont Biocoop, des laiteries industrielles ou fromageries artisanales. Biolait compte 62 salariés (et pense arriver à 70 en fin d’année).
Son succès tient à plusieurs facteurs :

- la motivation des 980 adhérents,
- la gouvernance : une ferme, une voix, quelle que soit la dimension de la ferme. Chaque ferme paie une part sociale de 250 €uros.
- la qualité du lait
- l’organisation de nouvelles collectes,
- un réseau de 80 adhérents référents, proches du terrain, comme Joachim Perrocheau qui a donné son témoignage.
- et la solidarité !

 Une solidarité concrète

C’est une solidarité concrète. Par exemple, en pays basque, Biolait compte trois fermes bio adhérentes. C’est trop peu pour organiser une collecte avec un coût raisonnable. Alors ces trois producteurs vendent leur lait au prix conventionnel. Mais, régulièrement, ils communiquent leurs chiffres de vente et Biolait leur verse la différence, ils ont ainsi le prix bio ! Cette solidarité étonne et attire et de nouveaux producteurs sont en passe de rejoindre Biolait qui, de ce fait, pourra bientôt organiser une collecte. « Nous constatons une explosion de la demande de lait bio » dit Christophe Baron en notant que plus de 300 fermes sont actuellement en conversion bio et en passe de rejoindre Biolait malgré les (fortes) pressions exercées par les laiteries.

Biolait a repensé son organisation, notamment en mettant en place huit relais locaux. C’est tout simple : une plateforme bétonnée, un ou deux bungalows pour servir de vestiaires-toilettes-rangement. C’est de là que partent, le matin, les chauffeurs des citernes de collecte. Informatisés dans le camion, ils prennent connaissance de leur circuit du jour et reviennent à la plate-forme où des camions-citernes les attendent pour aller livrer les clients. Avec une grande souplesse. Ce peut être une demi-citerne pour l’un et 5-6 citernes pour l’autre.

G. Philippot Y .Daniel Ph  . Grosvalet

Jacques Chiron, président fondateur de Biolait, avait « appris le métier » au sein du GIE des Prés, avant de créer Biolait. Il conclut : « comme tout mouvement social Biolait a pu naitre parce que d’autres avant avaient imaginé et créé le GIE des Prés, suivant eux-mêmes d’autres GIE de producteurs conventionnels d’autres régions. Nous avons à notre tour plaisir à susciter l’émergence d’autres groupements de producteurs solidaires dans d’autres productions en France. Nous avons intérêt à fédérer nos énergies pour réaliser encore plus nos objectifs ». Une belle histoire humaine !

 Le bio et les sous

Chaque hectare en bio économiserait des centaines d’euros à la société : 20 à 46 €/ha d’économies de traitement de l’eau, 23 €/ha de stockage de carbone en plus, 62 €/ha de coût de cancer en moins, 48 €/ha de pollinisation supplémentaire,
37 €/ha de coût de chômage évité. C’est ce qui résulte d’une étude réalisée par l’ITAB et l’INRA et publiée par le journal « La France Agricole ».