Ecrit le 15 mars 2017
VERT (1)
En fran ?ais, beaucoup d’expressions imag ?es contiennent des couleurs : voir la vie en rose, rire jaune, broyer du noir, ?tre blanc comme neige etc.
Aujourd’hui, int ?ressons-nous ? la couleur verte ; le vert, issu du m ?lange du bleu et du jaune, compl ?mentaire du rouge, est une couleur « ?froide ? » qui est le symbole de l’espoir.
Chacun sait qu’avoir la main verte signifie avoir des dispositions pour s’occuper des plantes, ?tre un bon jardinier.
Avoir la main est une expression courante qui sert ? d ?signer une personne dou ?e dans un domaine particulier ; ici, comme chacun sait que les plantes sont vertes, cela n’ ?tonnera personne. On dit aussi avoir les pouces verts pour parler d’une personne qui r ?ussit la culture des plantes.
L’or vert, synonyme de richesse naturelle, d ?signe les ressources de la nature, les terres agricoles.
Le billet vert est une p ?riphrase qui d ?signe le dollar, dont toutes les coupures sont de cette couleur.
Des b ?rets verts coiffaient les parachutistes en 1948, ils sont devenus la coiffure officielle de l’Arm ?e de terre en 1957. Aujourd’hui, l’expression les b ?r ?ts verts d ?signe les hommes appartenant ? la l ?gion ?trang ?re.
Quand on met un animal au vert, on le laisse brouter librement dans les p ?turages.
Les classes vertes permettent aux enfants d’aller ? la d ?couverte de la nature pendant quelques jours.
Les citadins fatigu ?s ont besoin de se mettre au vert , d’aller ? la campagne, pour se reposer.
Un vert-galant, au d ?part un bandit qui se cachait dans les bois pour attaquer les passants ( on disait aussi un galant de feuill ?e), a vite d ?sign ? un homme entreprenant avec les femmes car vert est ici synonyme de « ?vigoureux ? » ! C’ ?tait le surnom d’Henri IV aux nombreuses ma ?tresses.
Enfin, en voir des vertes et des pas m ?res est une redondance : on sait que mis ? part les kiwis, les pommes Granny Smith, les reines-claudes, les fruits verts ne sont pas m ?rs ! L’expression signifie ?tre en butte ? des situations d ?sagr ?ables, ? des paroles choquantes, excessives. L’expression est ? mettre en parall ?le avec en voir de toutes les couleurs.
DEVINETTE : qui a ?crit Tistou les pouces verts ? r ?ponse dans le prochain num ?ro de La M ?e.
REPONSe ? la devinette de la semaine derni ?re : le mot chenapan est une d ?formation de Schnappenhahn (en allemand : schnappen =voler, chiper, Hahn=coq), qui ?quivaut ? notre expression voleur de poules). Il d ?signe un vaurien pr ?t ? tous les mauvais coups et, curieusement, c’est aussi un terme de reproche affectueux qu’on adresse parfois aux enfants : « ?Allez, sauve-toi, petit chenapan ? ».
Elisabeth Blondel
Ecrit le 22 mars 2017
VERT (2)
La M ?e me donne le feu vert pour consacrer un deuxi ?me article ? la couleur verte.
Aux feux tricolores situ ?s aux carrefours, il est conseill ? de passer au vert plut ?t qu’au rouge pour ?viter les accrochages ! Avoir le feu vert se dit aussi au figur ? quand on donne, re ?oit ou refuse une autorisation, une permission.
Un num ?ro vert peut ?tre utilis ? gratuitement par les usagers du t ?l ?phone. En ville, on peut prendre l’air et se d ?tendre dans les espaces verts, les coul ?es vertes.
La couleur verte, longtemps consid ?r ?e comme mal ?fique- c’ ?tait la couleur de Satan , des ennemis de la Chr ?tient ?, des ?tres ?tranges comme les f ?es*, les lutins et les sorci ?res- a ?t ? revaloris ?e par nos soci ?t ?s pour devenir le symbole de la nature et de la libert ? : les petits hommes verts de la science-fiction, les « ?super h ?ros ? » s’inscrivent dans cet h ?ritage culturel o ? le vert joue le r ?le de l’ailleurs, de l’ ?trange, du fantastique.
De m ?me, le vert est cens ? porter chance : le tapis des joueurs de cartes, les tables de ping-pong, la pelouse des stades, le tapis des conseils d’administration sont verts.
Dans le milieu hospitalier, la blouse des chirurgiens, les champs op ?ratoires sont verts eux aussi- sans doute pour reposer la vue.
Couleur de la nature, le vert est maintenant associ ? au nom de partis politiques ?cologistes, en France comme ? l’ ?tranger : Les Verts**sont de fervents d ?fenseurs de la Nature et multiplient leurs efforts pour d ?velopper l’agriculture biologique et l’utilisation de l’engrais vert, encourager l’usage des carburants verts et organiser des Semaines vertes.
DEVINETTE : dans quelle fable se trouve le vers : « ?Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats ? » ? r ?ponse dans le prochain num ?ro de La M ?e.
REPONSe ? la DEVINETTE de la semaine derni ?re : Tistou les pouces verts est un roman de Maurice DRUON paru en 1993. Maurice Druon ?tant acad ?micien, il portait...l’ habit vert !
* La f ?e Clochette porte une tenue verte tout comme Peter Pan.
** Les Verts sont aussi le nom d’un c ?l ?bre club de foot-ball (« ?Allez, les Verts !? »
Elisabeth Blondel
Ecrit le 29 mars 2017
VERT (3)
Quand le drapeau vert est hiss ? sur une plage, la baignade est autoris ?e car cela signifie que les conditions m ?t ?orologiques sont bonnes et que la plage est surveill ?e par des ma ?tres-nageurs.
Ce drapeau est d’un vert uni, comme l’est celui de l’Arabie Saoudite ou celui de la Mauritanie sur lequel figurent le takbir*, la chahada**et/ou le croissant accompagn ? de l’ ?toile qui sont les symboles politiques de l’islam ; de nombreux pays ont des drapeaux ? dominante verte pour exprimer leur attachement ? l’islam. En effet, le Coran fait r ?f ?rence ? la beaut ? du paradis toujours verdoyant et, conform ?ment ? ses dires, la couleur pr ?f ?r ?e de Mahomet aurait ?t ? le vert : au combat, il portait un turban et un ?tendard verts. On notera qu’aucun tapis d’Orient ne doit comporter de vert, pour ?viter qu’on ne foule cette couleur sacr ?e. Le vert est en pays musulman une couleur f ?d ?ratrice sur les plans politique et religieux. Et au Sri Lanka , pays non musulman, une mince bandelette verte sur le drapeau repr ?sente la minorit ? musulmane vivant dans le pays.
n ?ron avait une pr ?dilection pour le vert : il portait non une toge pourpre comme tous les empereurs mais une verte , collectionnait les ?meraudes, soutenait non les curies bleues mais les vertes dans les courses de chars ou dans les jeux du cirque et raffolait des...poireaux !
* Le takbir est une formule qui signifie « ?Allah est le plus grand ? ».
**La chahada est l’un des cinq piliers de l’islam, la profession de foi.
DEVINETTE : Qu’est-ce qu’une atmosph ?re GLAUQUE ? D’o ? vient cette expression ?
r ?ponse dans le prochain num ?ro de la M ?e.
REPONSe ? la DEVINETTE de la semaine derni ?re :
Le vers « ?Ils sont, dit-il, trop verts et bons pour des goujats ? » se situe dans la courte fable de La Fontaine Le Renard et les raisins. C’est Renard qui parle.
Elisabeth Blondel
NOIR
Aussi curieux que cela puisse para ?tre ?, le noir ? strictement parler ne d ?signe pas une couleur ! Les corps noirs, ? l’origine de la physique quantique, et les trous noirs qui d ?signent « ?une surface sph ?rique dont la lumi ?re ne peut sortir ? » ne sont pas « ?color ?s ? ». Ainsi en parlant d’un couloir plong ? sans l’obscurit ?,d’une rue sombre, on dira qu’il y fait noir. Mais la langue courante retient le fait que le noir produit une impression visuelle analogue ? celle des couleurs et admet donc le noir comme « ?couleur ? » ? : un chat noir, du cirage noir, le tableau noir (souvent vert), un crayon noir, de l’encre noire, une petite robe noire, des perles noires, des yeux noirs : qui en r ?alit ? sont brun fonc ? de m ?me que les lunettes noires qui prot ?gent les yeux des rayons du soleil. La mer Noire n’est pas noire, pas plus que les Noirs, le lieu noir, le savon noir, le bl ? noir, la bo ?te noire, (qui est orange) le raisin ?, ni m ?me le chocolat noir ou le ?petit noir ? (= sans lait), qu’on boit apr ?s un repas ou au comptoir !
On fait cuire certains poissons au beurre noir qui est en r ?alit ? du beurre fondu qui a fonc ? ? la chaleur ? ; au figur ?, avoir les yeux au beurre noir signifie avoir re ?u un « ?bleu ? », un mauvais coup sur le visage peut- ?tre par quelqu’un de qui on est ?« la b ?te noire ».
Les expressions comme avoir les id ?es noires, broyer du noir signifient avoir des pens ?es sombres, pessimistes ? : l’image du broyage des pigments par les peintres pour obtenir les couleurs a ?t ? reprise en m ?decine au XVIIIe si ?cle pour d ?signer le broyage des aliments dans l’estomac ? ; comme ? cette ?poque on croyait que les humeurs naissaient de la bile noire secr ?t ?e par le foie pendant la digestion , on a assimil ? les acc ?s de m ?lancolie (du grec melancholia= bile noire) ? l’estomac qui broyait du noir ? ; c’est au XIXe si ?cle que l’expression a pris le sens actuel de d ?primer, avoir le cafard. Remarquons que dans les expressions avoir de noires pens ?es, de noirs pressentiments, de noirs instincts, l’adjectif noir pr ?c ?de le nom auquel il se rapporte.
Les s ?ries noires, les romans noirs sont b ?tis sur des intrigues terrifiantes, des p ?rip ?ties meurtri ?res. Notons que les romans des s ?ries noires paraissent sous couverture noire et que l’humour noir y abonde.
Ce qui est r ?pr ?hensible, immoral ou ill ?gal est qualifi ? de noir ? : caisse noire, travail au noir, march ? noir, liste noire, cabinet noir*, argent noir -que certains vont « ?blanchir ? » dans les paradis fiscaux !-, magie noire.
Grands financiers et petits ?pargnants redoutent toujours pour leur part la survenue d’un jeudi noir tel celui du 24 octobre 1929, de sinistre m ?moire, car il fut le point de d ?part du krach boursier mondial ? Wall Street.
*Le cabinet noir que connaissaient autrefois les enfants quand ils ?taient punis, existe sous le m ?me nom au minist ?re de l’Int ?rieur ? : on y envoie les lettres de toute personne compromise ou r ?put ?e hostile au gouvernement.
DEVINETTE ? : quel est le r ?alisateur du film La mari ?e ?tait en noir ?
REPONSE A LA DEVINETTE de la semaine derni ?re ? : la note bleue est utilis ?e par les chanteurs de blues et de jazz pour illustrer la nostalgie. Elle est n ?e de la « ?confrontation » entre le syst ?me musical pentatonique (5 tons) africain et le syst ?me musical occidental (gamme= 7 tons) ? : les notes bleues sont situ ?es ? la troisi ?me et ? la septi ?me place de la gamme qu’elles « ?alt ?rent ? » d’un demi-ton.
Elisabeth Blondel

