Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Châteaubriant > Culture, expositions, livres, loisirs, spectacles, sports > Livres > Ecrivains > Rencontre avec Marie-Thérèse Humbert

Rencontre avec Marie-Thérèse Humbert

Ecrit le 1er mars 2017

 Rencontre avec Marie-Thérèse Humbert

Samedi 11 février, Jocelyne Gautier avait invité Marie-Thérèse Humbert. Cette auteure est de chez nous (St Julien de Vouvantes), tout en étant venue de loin, de l’Ile Maurice, dans l’Océan Indien, à proximité de l’Ile de la Réunion et de Madagascar. « J’ai du sang anglais par ma mère, et du sang français par mon père. J’ai découvert aussi que j’avais du sang indien, mais, ça, il ne fallait pas en parler ! ».

« Ma langue maternelle est le français, mais mon éducation scolaire est anglaise. La population de l’île est très métissée, aux deux-tiers d’origine indienne ». Les Anglais et Français venus s’installer dans cette île ont des préjugés vis-à-vis des autres races mais l’amour a souvent su les dépasser. « Moi je ne savais pas où j’étais, qui j’étais et c’est seulement dans l’écriture que je pouvais trouver ma place. J’ai beaucoup lu, sans doute toute la bibliothèque de mon père, et j’ai commencé à écrire très jeune, y compris en faisant les rédactions de mes camarades ! »

« Mon père était avocat, mais surtout il était malade. Il n’y avait pas de système de sécurité sociale. Ma mère restait à la maison, de ce fait nous étions très pauvres ». « Je voyais autour de moi les enfants mal habillés, marchant souvent pieds nus. Je ne comprenais pas le déploiement de luxe de certaines familles qui avaient des domestiques qu’elles payaient à coups de lance-pierres ». Mais les Blancs, dans cette île, même pauvres, sont la caste supérieure. « Un jour, dans mon école, nous avons eu une conférence de Raoul Follereau. Il nous a félicités pour notre bonne tenue et nous a interpellés : qu’avez-vous fait pour mériter tant de biens ? Le soir, en rentrant à la maison, j’ai interrogé mon père. Puis j’ai commencé à ouvrir les yeux sur les injustices autour de moi. J’avais 14 ans ».

Plus tard, ayant obtenu une bourse, Marie-Thérèse est partie étudier en Angleterre (Cambridge) puis en France (la Sorbonne). « Mais quand je suis retournée à l’Ile Maurice, j’ai adhéré au Parti Travailliste. J’ai toujours été engagée à gauche » dit-elle.

 A l’autre bout de moi

« L’univers de notre enfance nous suit toute notre vie » dit Marie-Thérèse Humbert. « Je suis une contemplative. Ma façon de m’exprimer c’est l’écriture ». Le premier livre a été « À l’autre bout de moi ». Marie-Thérèse a été appelée d’urgence à Paris par son éditeur car elle restait seule en compétition contre Pierre Moinot (Le guetteur d’ombre) pour le prix Fémina. « C’est lui qui a eu le prix, et j’en fus soulagée car moi, venant de ma province, mère de famille de 5 enfants, peu habituée aux mondanités, j’étais terrorisée à l’idée de devoir affronter un ensemble de journalistes ». Le livre a obtenu par la suite le grand prix des lectrices de Elle, il a été traduit en plusieurs langues et est paru en livre de poche.

Un microcosme où tous les métissages, toutes les croyances se juxtaposent comme autant de molécules indépendantes, tel est le décor de A l’autre bout de moi. Une intrigue qui subtilement implique toutes les hiérarchies sociales en opposant deux soeurs jumelles, Anne qui prend le parti d’une mère à qui elle ressemble et Nadège qui est la vie et la fantaisie même, adorée d’un père séduisant, hâbleur et ivrogne. Lorsque la mère meurt il semble que le trio va s’unir, mais lorsque Nadège révèle à sa soeur qu’elle est enceinte d’un Indien, celle-ci lui crie sa haine...

Photo : Jocelyne Gautier – Marie-Thérèse Humbert

Puis parurent Le Volkameria (1984) et Une Robe d’Ecume et de Vent (1989, deux regards sur le même personnage, Ilse, seule, amnésique … « Il faut souligner l’extraordinaire puissance d’une écriture qui sait restituer toute la gamme des émotions, la complexité des sentiments, la beauté, calme ou inquiétante, des lieux, des paysages, la cocasserie de certains dialogues, en se coulant au plus intime des êtres et des choses. Ici, la littérature n’est plus simple représentation, elle recrée tout un monde, elle se fait magie » dit son éditeur Stock.

Un Fils d’Orage (1992), La Montagne des Signaux (1994), Le Chant du Seringat la Nuit (1997), Amy (1998), Comme un Vol d’Ombres (2000). Les romans se succèdent, malgré son travail et les soins à apporter à ses cinq filles. « Quand on a besoin d’écrire, on trouve le temps » dit-elle. « Un paysage, des rêves, un oiseau qui tourne dans le ciel. Il y a un rythme, il y a un chant. Ce qui compte c’est le chant. Je crée des univers, je sens qu’ils existent en dehors de moi. Cela remonte du fond de moi et me mène à la rencontre de situations que je ne connais pas. Plus je mets des mots et plus les choses se précisent ».

« Mes personnages dérapent parfois, je les suis, je dérape avec eux. Et certains prennent une vie que je n’avais pas prévue ».

Petite Noire de Paille-Rousse, à l’île Maurice, Amy contemple de loin la vie des Blancs, qu’elle croit tissée d’un éternel et radieux bonheur. Elle en rêve encore plus depuis qu’elle a vu passer, dans une longue et étincelante limousine, une fillette blanche de son âge.

Marie-Thérèse Humbert a écrit des nouvelles aussi, et des contes, et un livre étonnant sur Honoré de Balzac, découvrant l’enfant blessé derrière l’écrivain célèbre. En 2015 est paru le livre Les Désancrés chez Gallimard. Le prochain livre est en cours d’édition

Un message ? Oui. « Même quand il n’y a plus d’espoir, il faut appeler et l’écho répond ».

Signé : BP  

Jocelyne Gautier commente : « La rencontre d’auteurs est formidable et l’échange tellement enrichissant. Quelle chance de pouvoir poser des questions, face aux personnages, s’intéresser à un personne qui a vécu mille vies, qui vient d’un autre bout du monde, ... enfin , elle nous répond, c’est vivant. Juste le prix d’un café, non, les gens préfèrent payer des places de concert à des prix exorbitants. Marie Thérèse Humbert est une femme d’une grande bonté, d’une grande simplicité, je suis heureuse de l’avoir connue ».