Ecrit le 10 janvier 2007
Les droits fondamentaux sont-ils compatibles avec le salariat et la monnaie marchandise ?
Tous les acquis sociaux des Trente Glorieuses de l’Etat providence, volent aujourd’hui en ?clat. Beaucoup, ?cœur ?s, abandonnent.
Rien ne sera jamais acquis, tant que le grand patronat contr ?lera le jeu en fixant lui-m ?me les r ?gles de la vie ?conomique. Seule, une analyse lucide du cadre dans lequel se fait la production des biens et des services ?vitera d ?couragement ou d ?sespoir.
Pas de profit sans travail gratuit :
droits fondamentaux et salariat : une sacr ?e contradiction
Quelle est la r ?alit ? des droits de l’homme quand une minorit ? conserve le privil ?ge de faire travailler gratuitement le plus grand nombre ? Est-ce un hasard, si l’une des premi ?res mesures prises par les « r ?volutionnaires » de 1789 fut la loi « Le Chapelier » interdisant aux ouvriers le droit de se r ?unir et de s’organiser.?
Comme le serf, le salari ? donne gratuitement une part de son travail au patron. Que signifient v ?ritablement les droits de l’homme dans une soci ?t ?, sans le droit fondamental de choisir la nature de la production, la qualit ? et la quantit ? selon les besoins du plus grand nombre ?
Le patron ne donne rien
Le patron ne donne rien, il laisse seulement, sous forme de salaire, l’ ?quivalent d’une partie de la valeur de la production totale effectu ?e.
Le salaire n’est en fait qu’une partie pay ?e du travail fourni par le salari ?.
Il faut savoir que dans la r ?alit ?, un patron ne paie ni salaires, ni cotisations sociales, ni investissements, puisque tout est r ?cup ?r ? au moment de la vente. Ce sont les travailleurs, du balayeur ? l’ing ?nieur, qui donnent une part de leur travail au patron. Et c’est dans la valeur de la production effectu ?e pendant ce travail gratuit que l’employeur r ?alise les b ?n ?fices.
Une fois que, par la vente, le patron a r ?cup ?r ? ses investissements, ses cotisations, il lui reste le profit, en quelque sorte, son salaire ? lui.
La monnaie, comme un voile qui rend invisible
le travail gratuit
Dans cette affaire, la monnaie joue un r ?le essentiel, celui de masquer la r ?alit ? de l’exploitation. Le serf, sans avoir ? r ?fl ?chir trop longtemps, se rendait bien compte qu’il travaillait gratuitement, la moiti ? du temps, sur les terres du seigneur. II se rendait bien compte qu’il donnait, en nature, la moiti ? de ce qu’il produisait ? son ma ?tre.
Dans l’entreprise capitaliste, le salari ? a l’illusion de travailler pour lui-m ?me.
Si un seigneur f ?odal, un propri ?taire d’esclaves revenaient aujourd’hui, ils seraient stup ?faits de voir tous ces gens se levant, le matin, prendre le bus, la voiture, le m ?tro pour arriver ? l’heure ? leur entreprise.
Etonn ?s de voir une foule de gens travailler en partie gratuitement, et docilement, sans aucune contrainte apparente, sans menace, sans gardes, sans fouet.
Ils seraient sid ?r ?s de ne jamais voir dans les manifestations, des banderoles remettant en question le salariat...
La monnaie n’est pas une richesse, elle n’en est que la mesure
La bourgeoisie, au XVIIIe, a r ?alis ? un fantastique coup de pub qui, deux cents ans apr ?s, continue d’anesth ?sier quasiment toutes les consciences : proclamer ? la fois les droits de l’homme, tout en refusant le premier des droits, celui d’avoir la libert ? de produire biens et services selon les besoins.., il fallait le faire.
Faire croire ? l’abolition des privil ?ges, alors qu’ ?tait maintenu, pour la bourgeoisie bancaire, le droit de vendre une monnaie dont la cr ?ation, ? partir de rien, ne co ?te quasiment aucun travail, ?a aussi, il fallait l’oser l
Un privil ?ge qui perdure, et qui nous oblige d’abord ? produire pour obtenir un revenu permettant de consommer des richesses produites ailleurs que dans les banques.
La monnaie n’ ?tant que la mesure des richesses, n’est pas intrins ?quement une richesse. Seule l’avidit ? des banquiers ? faire des profits ? partir du travail gratuit du plus grand nombre nous fait croire que la monnaie est une richesse.
Les int ?r ?ts, un « imp ?t » priv ? qui n’est pas redistribu ?
Les banquiers ont eu le culot de transformer un instrument de mesure des richesses et de paiement, en une marchandise, s’autorisant ainsi ? pr ?lever des int ?r ?ts proportionnels aux biens et services ?chang ?s.
L’Etat a le droit de pr ?lever des taxes proportionnelles aux produits consomm ?s. Des taxes, comme la TVA, alimentent le budget de l’Etat et sont donc redistribu ?es.
L’Etat aurait-il seul ce droit ? Eh bien non, les banquiers agissent ainsi depuis le Moyen- ?ge, mais, eux, ils ne redistribuent pas ? la collectivit ?, sans que jamais, ou presque, on ait os ? contester ce privil ?ge.
Arme de domination massive, la monnaie payante est telle, qu’il faut d’abord produire pour payer le banquier, puis apr ?s, et seulement apr ?s, vivre ou survivre avec ce qui reste. Une foule de petits paysans ou artisans ind ?pendants sont expropri ?s de leurs moyens de production. Des petits producteurs sont r ?duits ? la mis ?re des bidonvilles, ou au salariat, par l’obligation qui leur est faite d’utiliser une monnaie payante pour consommer.
Toute utilisation d’une autre monnaie traditionnelle non payante devient ill ?gale consid ?r ?e comme criminelle passible de la peine de mort.
De la violence de l’ ?p ?e ? celle de la monnaie
La- monnaie, formidable invention pour pacifier les ?changes (payer, de pacare, en latin, faire la paix) a ?t ? transform ?e en une arme de la guerre de tous contre tous, le remboursement des int ?r ?ts nous contraignant ? d ?vaster la plan ?te, ? produire pour produire, afin de justifier la croissance de la monnaie en circulation.
Le salari ? est soumis ? la double peine : travail gratuit obligatoire pour le banquier et pour l’employeur
Croire aux droits de l’homme dans la soci ?t ? salariale, c’est croire ? l’ ?galit ? dans une relation ma ?tre-serviteur, c’est croire aux vertus de l’Amour dans un bordel.
Une revendication d’ ?ducation populaire :
pour tout produit, indiquer la part de travail gratuit fourni par les salari ?s.
De m ?me que, sur les ?tiquettes, est indiqu ?e la composition des produits que nous achetons dans les magasins, nous devons obtenir que soient rendues publiques les conditions de fabrication et, notamment, la part de travail gratuit contenu dans chaque produit, au Sud, comme au Nord.
Proposition de campagne pour l’association ATTAC :
– Que l’Etat se r ?approprie le droit de cr ?ation mon ?taire, pour une monnaie sans int ?r ?ts.
– Que la tra ?abilit ? du travail gratuit fourni par les salari ?s apparaisse sur tous les produits.

