Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Texte seul |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Châteaubriant > Echos > Echos 2001 > Insécurité : l’homme

Insécurité : l’homme

Page1927 -

(écrit le 21 novembre 2001)

C’était un mardi d’octobre 2001, le 9 exactement, vers 20h45. Nous n’avions pas encore changé d’heure. Il faisait presque nuit. La dame (nous l’appellerons ainsi) se trouvait en haut de la rue Denieul et Gastineau, avec ses deux garçons de 7 et 11 ans. Elle était éclairée d’une lampe de poche. « Restez sur le côté, attendez que je vous fasse signe de passer » leur dit-elle en s’engageant sur le passage piétons. Rétrospectivement, elle se dit qu’elle a bien fait car il aurait pu y avoir 3 victimes au lieu d’une.

Vol plané

A-t-elle vu la voiture arriver ? Elle ne le sait plus, mais de toutes façons « l’homme » au volant l’a chopée à la jambe droite (= fracture du péroné). Le choc a été si violent qu’elle a « volé » et s’est retrouvée au milieu de la route, assez près du trottoir qu’elle venait de quitter pour traverser. Le bassin et spécialement le côté gauche ont porté durement. Le plus jeune de ses fils a couru vers elle, l’autre a couru après la voiture qui s’est arrêtée plus loin. Le gamin a demandé d’appeler l’hôpital. L’homme est alors venu vers elle : « levez-vous » lui a-t-il dit. La dame était choquée, elle avait mal, elle savait qu’avec un tel vol plané il y avait des risques pour sa colonne vertébrale et qu’il valait mieux ne pas se relever n’importe comment.

Levez-vous

« Levez-vous » lui a redit l’homme, sans appeler les pompiers sur son portable, « et ne vous affolez pas ». C’est un passant qui a appelé les pompiers. Une autre personne de passage s’apprêtait à retourner sur son lieu de travail pour en faire autant.

Les pompiers sont arrivés, ont pris la dame en charge. Les gendarmes étaient là aussi : ils ont effectué un « dépistage » : « C’est bon » ont-ils dit.

Entre-temps l’homme a appelé d’un portable (« je ne sais pas qui » dit la dame), pour dire qu’il avait un pépin. « Peu après j’ai aperçu des gens de la municipalité sur le trottoir et j’ai eu l’humour de penser que je n’étais pas populaire à ce point pour faire déplacer ces gens pour mon accident. En fait ils n’étaient pas venus pour moi mais pour l’homme. Ca je l’ai compris plus tard » raconte la dame.

Ce soir-là une passante, connue de la dame, a embarqué les deux garçons pour la nuit chez elle à Rougé et les a ramenés le lendemain matin pour l’heure de l’école.

La dame a été admise aux urgences puis en médecine interne, et elle est sortie le mercredi après-midi.

Collier cervical, botte plâtrée transformée en attelle de la jambe, douleurs dorsales multiples, énorme hématome côté gauche, cannes anglaises, fauteuil roulant ...Très pratique quand on habite une vieille maison avec des marches et un étage. « Ma fille qui est à l’école à Nantes me cuisine des petits plats pour une partie de la semaine, et fait le ménage pendant le week-end. Mon fils aîné, avant de partir au collège, prépare mon petit déjeuner et fait le plus urgent. Des collègues ou amies viennent m’aider pour diverses choses, même la dame de la laverie a proposé de venir chercher mon linge. On s’organise comme on peut dans ces moments-là ».

L’inconnu

« L’homme », qu’elle ne connaissait pas, est venu prendre de ses nouvelles le vendredi matin. Il s’est présenté comme celui qui l’avait renversée « Il avait l’air bien ennuyé, pour un peu c’est moi qui lui aurais remonté le moral ». En repartant l’homme lui a dit : « si vous avez besoin pour vos courses ou autre chose, n’hésitez pas ». « Mais je ne connaissais ni son nom ni son numéro de téléphone » dit-elle.

La dame est allée voir un chirurgien pour connaître l’étendue exacte des dégâts car sur ce genre de blessures : colonne, bassin, cervicales, il faut être sérieux. Et ce n’est que le 24 octobre qu’elle a déposé plainte pour blessures involontaires aggravées et appris officiellement qui était « l’homme »

Le silence

Le temps a passé, les bruits ont couru, que l’homme avait eu un accident au volant d’une voiture de la ville, que c’était ici ou là à Châteaubriant, accident matériel sans plus, il y avait des rumeurs, sans plus de précisions.

C’est par hasard que la dame a rencontré un journaliste local le 30 octobre 2001. « Votre journal ne relate pas tous les faits divers » - lui dit-elle. Et lui de répondre : « Si personne ne nous informe, nous ne nous ne pouvons pas deviner ! ». Curieusement la presse locale avait été tenue dans l’ignorance de cette affaire. Parce que « l’homme » est adjoint au maire, chargé de la sécurité et qu’il avait 1,24 g d’alcool ?

Du côté de la mairie, silence radio, silence téléphone. Le mardi 13 novembre la dame est allée voir le Maire pour lui faire savoir dans quelle situation elle se trouvait et ce qu’elle vivait depuis 5 semaines, considérant qu’il y avait eu un manque d’élémentaire sympathie à son égard. Le maire lui a dit avoir fait prendre de ses nouvelles. Elle aurait aimé qu’elles soient prises directement auprès d’elle.

Voilà donc cette histoire. La dame est bien consciente qu’un accident peut arriver à tout le monde et elle n’en veut pas à cet homme qui ne sort pas grandi de cette affaire, la municipalité non plus d’ailleurs.

Les journaux Ouest-France et Presse-Océan ont relaté l’affaire, un mois après l’accident, avec parution le même jour (1) (voir aussi La Mée du 14 novembre 2001). Ces articles ont fait du bruit. Pour se défendre, les amis de « l’homme » et de la municipalité ont dit que la dame était « communiste ». Ainsi elle a changé de statut, de victime elle est devenue « communiste », elle n’aurait pas dû porter plainte sans doute ? Elle aurait dû accepter de n’avoir aucun recours si des séquelles persistent suite à ses blessures . Elle aurait dû, sans doute, garder secrète cette histoire ?

« Ne mélangeons pas la politique avec les droits du citoyen. Ils sont les mêmes pour tous » conclut-elle.

Témoignage recueilli par B.Poiraud

voir page suivante : échos de 2002


NOTES:

(1) Dans une grande ville, la presse est plus libre de raconter une affaire. Mais dans une petite ville, surtout quand la municipalité est sur les dents, la liberté de la presse se trouve réduite ipso facto.