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Accueil > Thèmes généraux > Condition ouvrière et/ou salariale > La CGT en grève contre les ordonnances

La CGT en grève contre les ordonnances

Ecrit le 20 septembre 2017

La première des manifestations contre les ordonnances modifiant le code du Travail a eu lieu le 12 octobre 2017. A Châteaubriant, il y a eu plus de manifestants que d’habitude, 250 à 300, à l’appel de la CGT et de certains syndicats FO. Serge Adry a commencé par un appel à la solidarité vis-à-vis des personnes frappées, aux Caraïbes, par le cyclone Irma. Puis Régis Guyomarch a expliqué l’enjeu de la manifestation :

Bonjour à toutes et à tous,
Vous l’avez constaté comme moi : rien de nouveau sous le soleil libéral.

Les ordonnances annoncées fin août sont conformes à ce que nous craignions et en droite ligne de ce que nous vivons comme régressions depuis maintenant quelques décennies.

Une nouvelle fois, ce sont les salariés, retraités et privés d’emploi qui paieront le prix fort pour contenter l’appétit jamais rassasié du patronat et des actionnaires.

 L’argent ne manque pas

Rappelons, ici mais surtout auprès des salariés, que l’argent ne manque pas dans ce pays, mais qu’il est injustement capté par quelques-uns : les 10 premières fortunes de France ont ainsi augmenté leur patrimoine de plus de 35 % en 2016. Le capital cumulé des 500 premières fortunes, toujours en France en 2016, représente 570 milliards d’euros, soit 1,5 fois le budget de l’Etat. Les entreprises du CAC 40 ont, elles, distribué 55,7 milliards d’euros en dividendes et rachats d’actions. Ajoutez à cela la fraude des entreprises aux cotisations sociales estimée entre 20 et 25 milliards d’euros, ainsi que l’évasion fiscale estimée entre 40 et 60 milliards d’euros par an.

Un gouvernement, réellement au service du peuple, aurait, devant ces chiffres hallucinants, tout mis en œuvre pour récupérer cet argent si nécessaire au bon fonctionnement de notre société. Mais apparemment, les larmes de crocodile d’un Gattaz pèsent plus que la misère et la précarité de millions de familles.

Et, cerise sur le gattaz, plusieurs autres milliards vont être offerts sur un plateau au patronat, au travers d’une pérennisation des exonérations de cotisations sociales (transformation du CICE), de la baisse des impôts sur les sociétés et la réduction de l’assiette fiscale de l’impôt sur la fortune qui ne concernera plus que le patrimoine immobilier.

Nombreux, malheureusement, sont ceux qui se laissent encore duper par le discours du coût du travail, de la crise, des sacrifices nécessaires. Plus nombreux encore sont ceux qui pensent que, quelle que soit la couleur politique du pouvoir, personne ne pourra rien changer. Il est de notre devoir de rappeler les faits, de rappeler l’histoire des conquêtes sociales pour que chacune et chacun dans ce pays ouvre les yeux sur les mensonges d’Etat et les supercheries patronales. La CGT, principale force de progrès, a cette responsabilité de donner espoir et méthode pour que cessent enfin ces décennies de régressions. Si j’insiste sur ce point avant d’aborder le cœur de l’attaque sur le code du travail, c’est qu’il me semble illusoire de penser que nous gagnerons la bataille si nous la prenons de manière compartimentée, réforme après réforme, chacun cloisonné dans son secteur professionnel selon le contenu de la réforme.

 Changement de société

Car Macron est tout sauf idiot. C’est un changement profond de la société qu’il est en train d’opérer, une « transformation » comme il le dit.

Parallèlement à cette loi travail XXL, de nombreux dossiers aux enjeux considérables sont ouverts :
- c’est la poursuite de l’austérité pour les services publics et les fonctionnaires avec 120 000 suppressions d’emploi, le gel du point d’indice, le rétablissement du jour de carence et c’est donc par ricochet une baisse drastique de l’offre de services publics pour les citoyens.
- c’est la diète pour les collectivités territoriales, qui, avec les baisses de dotations et la réduction de leur possibilité de lever l’impôt, n’auront bientôt plus les moyens que d’obéir aux injonctions étatiques, privant ainsi les citoyens d’un lieu de démocratie de proximité et de services publics au plus près de leur quotidien.
- C’est l’attaque sur le logement avec un premier coin enfoncé sur la baisse de l’APL.
- c’est la poursuite de l’ouverture à la concurrence, notamment dans le secteur ferroviaire.

- c’est l’atteinte aux libertés individuelles et collectives avec la loi anti-terrorisme, pérennisation cachée de l’Etat d’urgence.
- ce sont les attaques déjà débutées sur l’une de nos plus belles conquêtes : la protection sociale avec, déjà, la suppression des cotisations maladie et chômage, l’étatisation rampante via l’augmentation de la CSG, mais aussi les réformes à venir sur l’assurance chômage et les retraites, qui sera, celle-ci aussi, certainement une réforme profonde amorçant la retraite par points et ouvrant la porte tout grande aux assurances privées.

Vous voyez déjà l’étendue du désastre social qui se profile et qui risquerait d’anéantir durablement les principaux acquis du CNR (Conseil National de la Résistance), comme en rêvait un certain Denis Kessler, n°2 du Medef en son temps.

Alors ce n’est pas juste d’une énième réforme dont nous devons discuter mais bien d’un profond changement de société qui s’opère au profit de celles et ceux qui, déjà, se gavent sur notre dos. La CGT a un tout autre projet, prenant pour base la solidarité et la juste répartition des richesses créées. (…)

 Ordonnances

Le 1er sinistre, a dévoilé fin août le contenu de la loi travail XXL. Cinq ordonnances contenant 36 mesures confirmant nos craintes et la nécessité de nous mobiliser. En voici les principales :

- Sur les licenciements : hausse de l’indemnité légale de 5 % (1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté contre 1/5 auparavant) [et encore, c’est pas sûr !]
- Instauration d’un dispositif de rupture conventionnelle collective, autant dire un PSE plus sécurisé pour les employeurs
- Prise en compte uniquement du périmètre national pour les licenciements économiques (donc les multinationales n’auront plus qu’à organiser le déficit de leur établissement français comme elles savent le faire par des jeux comptables),
- Délais de recours aux Prud’hommes limité à 1 an.
- Indemnités pour licenciement abusif limitées à 3 mois de salaires jusqu’à 2 ans d’ancienneté. En-dessous de 2 ans, c’est un mois. Pour 30 ans d’ancienneté, c’est 20 mois maxi. Cela permettra à l’employeur de provisionner un licenciement et amortir par l’embauche d’un jeune aux mêmes qualifications mais moins payé car en début de carrière
- Possibilité de négocier sans syndicat dans les entreprises de moins de 20 salariés pour tout ce qui ne relève pas de la branche. Un vote à la majorité suffira pour valider un accord. Les entreprises de 20 à 50 salariés pourront elles aussi négocier avec un délégué du personnel non mandaté par une organisation syndicale.
- Dans les entreprises de plus de 50 salariés, fusion par accord d’entreprise des DP, CE, CHSCT dans un Comité Social et Economique (CSE) dont on ne connaît pas encore les moyens alloués et les prérogatives précises. On sait que ce comité pourra solliciter des expertises mais moyennant une participation financière de 20 %
- Le refus d’un salarié de se soumettre à un accord collectif vaudra licenciement sans possibilité de bénéficier d’un CSP. En revanche, 100 heures seront créditées sur son compte personnel de formation.
- Le champ des négociations est élargi dans les entreprises et dans les branches.
Les entreprises pourront notamment négocier la nature et le montant des primes (fixé avant par la branche ; primes pouvant représenter un quart du salaire dans certaines boîtes), les congés maternité…Les branches pourront négocier les caractéristiques des CDD (durée, nombre de renouvellement… prévu par la loi auparavant) et instaurer des CDI de Chantiers ou d’opération.

Voilà quelques-unes des mesures qui, comme nous l’avions annoncé, amplifient l’inversement de la hiérarchie des normes et la destruction du principe de faveur, facilite les licenciements, réduit les droits et les capacités de défense des salariés. Ces ordonnances seront adoptées au Conseil des Ministres du 22 septembre, signées par Macron et seront immédiatement applicables. D’ici à 3 mois, elles devront être ratifiées par le Parlement pour prendre valeur de loi.

 Rapport de forces

Il s’agit maintenant de construire un rapport de force susceptible de mettre en échec ces ordonnances. Malgré la confiance affichée par Macron et son gouvernement, la partie n’est pas forcément gagnée pour eux. Macron sait que la situation est fragile. Par ailleurs, un récent sondage montre que plus de 60 % des Français ne soutiennent pas cette réforme. Côté syndical, nous savons que nous pourrons compter sur une unité identique, au moins en Loire-Atlantique, à celle de la loi travail 1re du nom, à savoir CGT / FSU / Solidaires / Unef et… FO qui, contrairement à la position de Mailly, considère cette réforme dans la même veine que ce pourquoi ils se sont battus à nos côtés l’an dernier.

Comme vous avez pu le voir, trois manifestations ont lieu en Loire-Atlantique , ce 12 septembre, à Nantes,St Nazaire, Châteaubriant .
Des préavis ou des appels à la grève ont été déposés dans l’ensemble des secteurs professionnels.
ON NE LACHE RIEN .
Régis Guyomarch – CGT


 Les manifs à venir

Lundi 18 septembre : Les chauffeurs routiers coupent le contact : La CFDT-transports et la CFTC-transports lancent le mouvement contre la réforme du Code du travail. Les deux syndicats du secteur routier estiment que « cette branche qui compte 670 000 salariés sera la première victime de cette réforme. »

Jeudi 21 septembre : Solidaires et la CGT main dans la main pour demander le retrait des ordonnances.
Rendez-vous 11 h devant la mairie de Châteaubriant.

Samedi 23 septembre : L’appel de la France insoumise, avec Jean Luc Mélenchon

Lundi 25 septembre : Les routiers de retour, cette fois avec la CGT et FO pour une grève reconductible. Blocage des dépôts de carburants, peut-être.