Ecrit le 31 octobre 2018
La pauvret ? continue d’augmenter
s’il n’y a pas d’« ?explosion de la mis ?re ? », « ?la pauvret ? ne diminue plus en France ? ? ». Bien au contraire. c’est le constat fait par l’Observatoire des in ?galit ?s dans son premier rapport sur la pauvret ?, publi ? le 17 octobre 2018, dans lequel il s’inqui ?te de la forte proportion des familles monoparentales et des jeunes qui y sont repr ?sent ?s mais aussi de la persistance du ch ?mage ?lev ?.
Taclant notamment le Plan pauvret ? pr ?sent ? en septembre par le gouvernement : qui serait « ?une bonne illustration de politique qui, mesurant mal l’ampleur des difficult ?s, ne se dote pas des moyens ? la hauteur ? ? » - , le pr ?sident de l’Observatoire des in ?galit ?s, Noam Leandri, rappelle que, depuis dix ans (entre 2006 et 2016), « ?le nombre de personnes qui vivent sous le seuil de pauvret ? en France a augment ? de 628 000, de 4,4 millions ? 5 millions » (sur la base d’un seuil de pauvret ? situ ? ? la moiti ? du revenu m ?dian, soit 855 euros par mois).
Le taux de pauvret ? est ainsi pass ? de 7,3 ?% ? 8 ?% de l’ensemble de la population, avec une augmentation du nombre de m ?nages allocataires du RSA de 380 000, sur la m ?me p ?riode. c’est un « ?retournement significatif », expliquent les auteurs du rapport car « ?il s’inscrit dans une histoire longue de diminution du taux de pauvret ?, particuli ?rement marqu ?e dans les ann ?es 1970 et 1980 ? ».
Des « ?signes d’am ?lioration » sont toutefois ? mettre en avant m ?me s’ils doivent ?tre « ?mesur ?s ». Entre 2013 et 2016, le taux de pauvret ? s’est stabilis ? alors que le nombre de pauvres a baiss ? de 100 000 de 2011 ? 2016, mais l’Observatoire met en garde face ? la « ?phase d’incertitude ? » dans laquelle nous entrons avec une « ?croissance atone ? ? ».
Pas d’appauvrissement massif, mais un d ?crochage du niveau de vie. « ?Ce qui se passe n’est pas un appauvrissement massif des plus pauvres, mais une augmentation du nombre de personnes qui d ?crochent du niveau de vie des classes moyennes. Ces milieux les plus modestes acc ?dent de moins en moins aux standards de vie, et en particulier de consommation, qui sont les plus courants », indiquent les auteurs du rapport.
Mais qui sont les pauvres en France ? L’Observatoire en fait un portrait tr ?s complet : 25 ?% vivent dans une famille monoparentale, 67 ?% ont au plus un CAP, 35 ?% ont moins de 20 ans et 67 ?% habitent dans les grandes villes et leurs banlieues.
Ce qui fait dire aux auteurs du rapport que la pauvret ? « ?ne frappe pas au hasard », ceux-ci d ?taillant leurs observations : plus d’un enfant sur dix vit sous le seuil de pauvret ? « ?du fait des bas revenus de ses parents », 11,8 ?% des jeunes adultes de 20 ? 29 ans sont touch ?s, « ?souvent les peu dipl ?m ?s en difficult ? d’insertion professionnelle ? ? », les personnes vivant dans un m ?nage immigr ? sont consid ?r ?es comme tel 3,5 fois plus que les non-immigr ?s tandis qu’ouvriers et employ ?s repr ?sentent ? eux seuls pr ?s de 80 ?% des personnes pauvres. Les auteurs du rapport pointent ?galement le taux de pauvret ? des employ ?s qui est 4,5 fois plus ?lev ? que celui des cadres sup ?rieurs, celui-ci touche 22 ?% des personnels des services aux particuliers (femmes de m ?nage notamment) alors que celui des non-dipl ?m ?s est trois fois sup ?rieur ? celui des dipl ?m ?s d’un bac + 2.
« ?l’augmentation du ch ?mage, l’extension des contrats pr ?caires et du temps partiel subi, l’alternance entre p ?riodes d’emploi et de ch ?mage ont fait le lit de la pauvret ? pour une minorit ? de la population, qui subit comme une double peine, ? la fois la privation mat ?rielle et les exigences de flexibilit ? des mieux install ?s ? ? », analysent les auteurs du rapport. Ainsi, « ?7,6 ?% de la population ? ? » d ?clare, par exemple, « ?ne pas pouvoir s’acheter une deuxi ?me paire de chaussures faute de moyens », « ?4,8 millions de personnes ont d ? faire appel ? l’aide alimentaire en 2015 ? ? » et « ?pr ?s de quatre millions de personnes sont mal log ?es ? ? ».
Et l’Observatoire de rappeler que le mod ?le social fran ?ais « fonctionne » et que, ?paraphrasant le pr ?sident de la R ?publique, « ?l’on en a d’ailleurs pour notre pognon ? ? ». « ?Notre syst ?me d ?velopp ? de prestations sociales et familiales, auquel il faut ajouter notamment le r ?le fondamental de l’habitat social et des services publics gratuits, permet ? beaucoup de personnes tr ?s modestes d’ ?viter la mis ?re et la rue ? ? », selon l’Observatoire qui souligne que « ?la France est l’un des pays d’Europe qui a le taux de grande pauvret ? le plus bas ».
Les personnes qui se sentent pauvres sont, bien plus souvent que celles qui ne se sentent pas pauvres, titulaires au plus d’un CAP ou d’un BEP. Leur appr ?ciation de leur situation personnelle converge : elles jugent plus souvent que leur situation est pire que celle de leurs parents au m ?me ?ge, elles envisagent plus souvent leur avenir avec pessimisme et se sentent moins fr ?quemment « bien int ?gr ?es » ? la soci ?t ? fran ?aise. Enfin, elles sont plus nombreuses ? estimer que la soci ?t ? est plut ?t injuste ou que la coh ?sion sociale est tr ?s faible en France aujourd’hui.

